Jacob Fowler a peut-être tout perdu hier soir
Le jeune qui semblait déjà lancé vers un destin glorieux, vers un rôle de futur numéro un à Montréal dès cette année, se heurte pour la première fois à la dure réalité de la LNH.
Hier soir, ce fut exactement ce moment pour Jacob Fowler. Et le choc a été brutal dans la défaite de 5-3 contre les Sabres:
Ce n’est pas simplement la défaite. Ce n’est pas seulement ce taux d’efficacité de ,846, qui fait tache dans une séquence déjà chancelante où Fowler n’a qu’un seul match au-dessus de ,900 à ses cinq derniers départs.
Ce n’est pas seulement ce deuxième but de Shane Doan, un tir d'un angle difficile qui a traversé un gardien qui, soudainement, ne ressemblait plus du tout au prodige sûr de lui qui a ébloui Montréal en décembre.
Josh Doan goes absolute top bunk up close 🔥 pic.twitter.com/OoWsnxbiZg
— Spittin' Chiclets (@spittinchiclets) January 16, 2026
Martin Biron, un ancien gardien devenu analyste respecté, a été le premier à briser le vernis : Fowler avait l’air « minuscule » dans son filet.
Sur le but de Doan, il apparaît effectivement tout petit.
Denis Gauthier et Stéphane Leroux ont renchéri dans l'Antichambre en qualifiant cette séquence de « mauvais but ».
La hiérarchie, hier soir, a tremblé pour la première fois.
Montréal s’était convaincu que le ménage à trois finirait par s’éclaircir de lui-même. Fowler, considéré comme l’avenir incontestable, avait, croit-on, supplanté Dobeš dans les plans immédiats.
Montembeault, malgré ses hauts et ses bas, venait de retrouver un semblant de stabilité. Tout semblait pointer vers cette solution simple : Fowler reste, Dobeš descend, Montembeault survit.
Et puis hier, tout a éclaté.
Le problème, ce n’est pas qu’un gardien de 21 ans ait un mauvais match. C’est beaucoup plus profond et beaucoup plus inquiétant.
Derrière les portes closes, plusieurs commencent à se poser la question qu’on croyait enterrée : et si ce gabarit de 6 pi 1 devenait un enjeu réel quand la pression monte ?
On l’a vu : dans un filet où chaque pouce compte, Fowler semblait rapetisser sous le poids du match. Ce n’était pas une impression isolée : même les observateurs les plus bienveillants l’ont dit à voix haute.
Hier, pour la première fois, le mot Laval a été prononcé sérieusement autour de Fowler.
Pas parce qu’il est mauvais.
Pas parce qu’il a régressé.
Mais parce qu’un phénomène typiquement montréalais vient d’apparaître : on l’a trop vite placé au centre d’un plan qui n’est peut-être pas encore le sien.
Et il y a un élément que personne n’ignore dans le vestiaire : la pause des Olympiques approche.
Selon ce qui circule, le CH va renvoyer Fowler dans la AHL pour lui donner des départs consécutifs et aller participer au match des étoiles de la ligue américaine.
On protège un état d’esprit. On reconstruit un détail technique. On éloigne la pression d’un marché qui peut avaler un gardien.
Hier, Montréal a enfin vu ce que signifie brûler les étapes.
Car dans cette équation désormais instable, Jakub Dobeš, lui, gagne. Peu importe la manière, peu importe les critiques, peu importe les angles douteux ou les séquences incohérentes, il gagne.
Depuis la montée de Fowler, il a gagné plus à lui seul que Montembeault et Fowler réunis. Et dans une ligue de résultats, dans un ménage à trois qui agonise, ça compte.
Et pendant que Fowler subissait la pire soirée de son jeune parcours, le Canadien réalisait peut-être que son timing n’est pas encore celui d’un numéro un.
Dany Dubé l’avait pourtant annoncé, presqu’en prophète, il y a une semaine :
Fowler n’est pas un gardien normal.
Il n’est pas construit comme les autres.
Et s’il échoue, c’est parce que le CH n’aura pas su le protéger.
Hier, cette phrase a pris un autre sens.
Parce que ce n’est plus seulement une question de talent.
Ce n’est plus seulement une question d’avenir.
C’est maintenant une question de gestion.
Fowler vient peut-être de perdre la bataille pour rester à Montréal cette saison.
La direction se défendra de le dire publiquement, mais à l’interne, ça commence à bouger: le CH pourrait très bien décider que le meilleur endroit pour Fowler, ce n’est pas Montréal en février… mais Laval, loin de la tempête, loin des projecteurs, loin de cette impression tenace qu’il doit déjà sauver une franchise.
Parce que Montréal n’a pas seulement perdu un match hier.
Elle a perdu une illusion.
Et Fowler, malgré son génie, malgré son potentiel, malgré tout ce qu’il deviendra un jour, a peut-être fait comprendre au club que le futur doit encore attendre un peu.
