Le monde du hockey est sous le choc. Un choc immense, brutal, difficile à comprendre. Jeudi, l’Association des anciens joueurs de la LNH a annoncé le décès de Claude Lemieux à l’âge de 60 ans, plongeant une génération entière de partisans dans une tristesse profonde.
Pendant plusieurs heures, les circonstances entourant sa mort sont demeurées inconnues. Puis, le média américain TMZ Sports a rapporté que l’ancien attaquant aurait lui-même mis fin à ses jours, une information qui provoque une onde de choc encore plus lourde à travers le Québec et le monde du hockey.
Tout le monde pensait qu'il était l'homme le plus heureux au monde. Beau bonhomme, en "shape" comme jamais pour un homme de 60 ans, une belle femme Deborah et quatre magnifiques enfants... persone n'aurait pu croire qu'il allait mettre fin à ses jours.
La santé mentale se vit souvent en silence et en cachette. Nous sommes sans mot.
Au-delà du joueur polarisant, du compétiteur féroce et du provocateur que plusieurs adversaires détestaient affronter, Claude Lemieux représentait une époque. Une identité. Une intensité rare. Un homme qui semblait plus grand que nature sur une patinoire, bâti pour les plus grands moments, façonné pour les séries éliminatoires et incapable de reculer devant qui que ce soit.
Et c’est peut-être ce qui rend le tout encore plus difficile à encaisser.
Il y a à peine quelques jours, lundi soir, Claude Lemieux était au Centre Bell. Il avait porté le flambeau lors de la cérémonie d’avant-match du troisième duel de la finale de l’Est entre les Canadiens de Montréal et les Hurricanes de la Caroline.
Il souriait. Il saluait la foule. Il incarnait encore ce lien puissant entre les glorieux souvenirs du Tricolore et le présent d’une organisation qui n’oubliera jamais ce qu’il a représenté.
Personne ne pouvait imaginer qu’il s’agirait d’une des dernières images publiques de l’un des plus grands compétiteurs de l’histoire de la LNH.
Au fond, c'est comme s'il est venu nous dire au revoir... pour une dernière fois. Il savait qu'il allait s'enlever la vie quelques jours plus tard.
Selon les informations rapportées par TMZ Sports, Claude Lemieux aurait été retrouvé à l’entreprise familiale de meubles après que ses proches se soient inquiétés de son absence.
TMZ affirme qu’il laisse derrière lui sa femme Deborah et leurs quatre enfants. À l’heure actuelle, les autorités et la famille n’ont pas publié davantage d’informations publiquement sur les circonstances du décès.
Une chose demeure certaine : le vide laissé est immense.
Dans un communiqué, le commissaire de la LNH, Gary Bettman, a salué la mémoire d’un joueur d’exception.
“La Ligue nationale de hockey pleure le décès de Claude Lemieux, un quadruple vainqueur de la Coupe Stanley et l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du hockey dans des matchs où l’enjeu est important.”
Difficile de trouver des mots plus justes.
Claude Lemieux n’était pas seulement un gagnant. Il était un joueur des grandes occasions. Né à Buckingham, au Québec, il avait été repêché par les Canadiens de Montréal au deuxième tour, 26e au total, en 1983. Trois ans plus tard, il soulevait déjà la Coupe Stanley avec les Canadiens de Montréal, dans cette conquête de 1986 qui demeure gravée dans la mémoire collective.
Mais ce n’était que le début.
Lemieux allait remporter trois autres Coupes Stanley, avec les Devils du New Jersey en 1995, l’Avalanche du Colorado en 1996, puis encore avec les Devils en 2000. En 1995, il atteignait le sommet individuel en remportant le trophée Conn-Smythe, remis au joueur le plus utile des séries éliminatoires.
Sa feuille de route impressionne encore aujourd’hui : 1215 matchs dans la LNH sur 21 saisons, 379 buts, 786 points et 1777 minutes de pénalité. Pourtant, ses statistiques les plus incroyables viennent des séries éliminatoires, là où les légendes se construisent réellement. Claude Lemieux y totalisait 80 buts et 78 passes en 234 rencontres.
Quand la pression montait, lui aussi.
Jean Perron, qui dirigeait les Canadiens de Montréal lors de la Coupe Stanley de 1986, n’a pas hésité à rappeler ce qui rendait Lemieux unique.
“Ç’a été un de mes bons joueurs, il a marqué la Ligue nationale.”
Puis il a ajouté une phrase qui résume peut-être mieux que tout le reste l’essence du joueur.
“C’était un gars des grandes occasions. Si vous vouliez un but important, c’était le gars qu’on envoyait sur la patinoire.”
Impossible de ne pas repenser à ce fameux but en prolongation contre les Whalers de Hartford lors du septième match en 1986, un moment immortalisé dans l’histoire des Canadiens de Montréal.
Jean Perron le reconnaissait lui-même : oui, Claude Lemieux pouvait être dérangeant. Oui, il était un agitateur redoutable. Mais derrière cette réputation se cachait un joueur d’élite, capable de changer l’issue d’une série à lui seul.
Même ceux qui l’ont affronté n’avaient que du respect.
Enrico Ciccone, ancien joueur de la LNH et aujourd’hui député de Marquette, a livré un témoignage particulièrement marquant.
“Il a été l’un des plus grands compétiteurs que la LNH a connus.”
Une phrase lourde de sens venant d’un homme qui s’est battu contre lui sur la glace.
“Malgré le fait qu’il était sûrement le plus détestable sur la patinoire, tout le monde voulait l’avoir dans son équipe.”
Ciccone a aussi confié avoir vu Lemieux il y a seulement quelques jours au Centre Bell.
“C’était un gars qui était bâti dans le roc. La vie est fragile.”
Même les personnes qui semblent les plus fortes peuvent traverser des combats invisibles.
Du côté des Canadiens de Montréal, Geoff Molson a lui aussi réagi avec émotion.
“Aujourd’hui est une journée sombre pour la famille des Canadiens et pour la grande communauté du hockey.”
Molson a décrit Lemieux comme un joueur courageux, hargneux, infatigable, un homme qui incarnait “l’essence même d’un Canadien de Montréal”.
Au Québec, les hommages se sont multipliés rapidement. Christine Fréchette a parlé d’“une figure marquante de notre hockey” dont le décès semble d’autant plus bouleversant qu’il paraissait encore si présent, quelques jours auparavant, au Centre Bell.
Paul St-Pierre Plamondon a salué un homme qui aura marqué toute une génération, tandis que Charles Milliard a rappelé sa passion, son intensité et son immense amour du hockey.
Après sa carrière, Claude Lemieux n’avait jamais complètement quitté le sport. Il était devenu agent de joueurs, représentant notamment Frederik Andersen, Timo Meier et Moritz Seider. Même à distance de la glace, il demeurait connecté au hockey, à son évolution et à sa nouvelle génération.
Aujourd’hui, ce n’est pas seulement un ancien champion qui disparaît. C’est une partie importante de l’histoire du hockey québécois qui s’éteint.
L’homme qui agaçait, dérangeait, frappait les nerfs des adversaires, mais qui se levait toujours lorsque tout était en jeu.
L’homme des grands matchs.
L’homme des quatre Coupes Stanley.
Et surtout, un père, un mari, un proche, dont la disparition laisse une douleur immense derrière elle.
Si toi ou quelqu’un que tu connais traverse une période très difficile ou est en crise, de l’aide existe. Au Canada, tu peux appeler ou texter le 988 pour parler à quelqu’un, à toute heure.
