Martin St-Louis est en train d’oublier la méritocratie, ce principe qu’il défend pourtant lorsqu’il est question de distribuer le temps de glace aux joueurs du Canadien de Montréal.
Zachary Bolduc fait exactement ce qu’un entraîneur demande à un jeune attaquant : il produit, il joue de façon responsable et il profite des occasions qui se présentent à lui. Malgré ce départ réussi, son utilisation ne change pratiquement pas, tandis que certaines décisions de St-Louis soulèvent des questions.
Après trois buts en trois matchs, dont une rencontre de deux buts, Bolduc mérite qu’on lui donne davantage de responsabilités. Pourtant, le Québécois continue d’évoluer sur un troisième trio avec Phillip Danault et Alexandre Texier. Pendant ce temps, d’autres attaquants obtiennent des occasions que ses performances devraient lui permettre de convoiter.
Le problème ne se limite pas au temps de glace à cinq contre cinq. Le jeu de puissance représente également une occasion que Montréal devrait saisir pour donner plus de place à Bolduc.
La première unité est composée de Nick Suzuki, Cole Caufield, Lane Hutson, Chris Kreider et Juraj Slafkovsky. Or, le Canadien éprouve des difficultés avec l’avantage numérique depuis le début de la saison. Dans les premiers matchs, l’équipe n’avait réussi qu’un seul but en 13 occasions. Contre Nashville, jeudi, elle a été blanchie en trois tentatives.

Pendant ce temps, Bolduc a déjà démontré qu’il pouvait contribuer sur le jeu de puissance. Il a notamment inscrit un but important dans cette situation contre la Caroline et fait partie de la deuxième unité. Avec Ivan Demidov absent pour une période estimée de deux à quatre semaines, une place pourrait pourtant être disponible sur le premier groupe.
Pourquoi ne pas lui donner sa chance à la place de Slafkovsky?
Le Slovaque connaît un début de saison plus difficile, tandis que Bolduc transforme ses occasions en production offensive. Une promotion temporaire permettrait à l’entraîneur d’évaluer ce que le jeune attaquant peut accomplir avec les meilleurs éléments de l’équipe. Suzuki, Caufield, Hutson et Kreider auraient alors un joueur capable de se déplacer efficacement et de conclure les occasions.
Les statistiques à cinq contre cinq renforcent d’ailleurs l’argument en faveur de Bolduc. Selon les données rapportées par Dany Dubé, le Québécois affiche un différentiel de +2 dans cette situation, avec deux buts marqués et aucun accordé lorsque celui-ci se trouve sur la glace. Il fait partie des joueurs efficaces de Montréal, même si son utilisation demeure limitée.
Bolduc joue en moyenne un peu plus de 12 minutes par rencontre, dont environ 11 minutes et 50 secondes à cinq contre cinq. Il ne bénéficie pas non plus d’une grande proportion de départs en zone offensive. Malgré ces conditions, il trouve le moyen de contribuer.
St-Louis reconnaît lui-même les progrès de son attaquant. Il estime que Bolduc joue de façon plus complète, touche davantage la rondelle et contrôle mieux sa vitesse. L’entraîneur rappelle toutefois que le joueur doit continuer à convaincre le personnel d’entraîneurs qu’il mérite plus de temps de glace.
Cette logique peut se défendre, mais elle doit fonctionner dans les deux sens. Si Bolduc répond aux attentes, marque des buts et joue un hockey responsable, il doit pouvoir récolter les bénéfices de ses efforts. Autrement, le discours sur la méritocratie perd une partie de sa crédibilité.
Le Canadien a accordé à Bolduc une prolongation de contrat de quatre ans d’une valeur de 16,8 millions de dollars cet été. L’organisation croit donc suffisamment en son potentiel pour lui confier un engagement important.
Personne ne peut affirmer que Bolduc a officiellement perdu patience. Cependant, son rendement rend la question inévitable : combien de temps devra-t-il encore attendre avant d’obtenir une véritable chance sur la première unité?
Pour le moment, St-Louis a les cartes en main. Une promotion de Bolduc permettrait de récompenser sa production tout en tentant de relancer un jeu de puissance qui en a besoin. À force de demander à ses joueurs de mériter leur place, l’entraîneur devra aussi démontrer qu’il applique cette règle à ses propres décisions.
Misère...
