Manque de respect: Stéphane Leroux enfonce Jakub Dobeš

Manque de respect: Stéphane Leroux enfonce Jakub Dobeš

Par David Garel le 2026-01-31

Il y a quelque chose de profondément malsain dans la façon dont Jakub Dobeš est traité en ce moment. Quelque chose qui dépasse l’analyse technique, qui dépasse même le débat normal autour d’un jeune gardien. On ne parle plus d’évaluer. On parle de ridiculiser, de dévaloriser, de refuser obstinément de reconnaître ce qui se passe sous nos yeux.

Parce que malgré les victoires, malgré la séquence, malgré le fait qu’il soit maintenant clairement le gardien numéro un par les gestes posés par l’organisation, Dobeš demeure “tout croche” dans la bouche de certains. Toujours tout croche. Inlassablement tout croche.

Et le plus troublant, c’est que cette étiquette est répétée par des voix qui ont un micro, une tribune, une influence. Stéphane Leroux, notamment, qui a lancé sans détour que Dobeš est « tout croche, mais il gagne ».

Le ton employé était sans classe : sur les ondes de Cogeco, Leroux s’est permis de se moquer de Dobeš, de sourire en parlant de son jeu « croche », comme si ses performances relevaient presque de la joke amusante.

Et c’est là que le malaise s’installe vraiment. Quand Maxime Talbot embarque ensuite dans la caricature, en ramenant l’image du gardien qui « fait l’ange sur la glace », cette posture presque moqueuse où l’on mime le gardien étendu, vulnérable, exposé, on ne parle plus de hockey : on parle d’un jeune joueur qu’on ridiculise publiquement.

L’“ange”, ce n’est pas une critique technique, c’est un symbole. Celui d’un gardien qu’on présente comme naïf, dépassé, chanceux plutôt que compétent.

Et quand ce genre de raccourci est répété dans le balado de Louis Morissette et ur RDS, avec rires et clins d’œil complices, il façonne la perception du public.

Peu importe les victoires, peu importe les arrêts-clés, l’image qui reste, c’est celle du gars dont on peut rire sans conséquences. C’est exactement là que le respect disparaît.

Comme si gagner était une parenthèse. Comme si c’était un détail secondaire. Comme si, dans la LNH, un gardien qui gagne régulièrement devait d’abord satisfaire à une esthétique idéale avant d’avoir droit au respect.

Le message est clair : on rit encore de lui.

On rit de ses déplacements.

On rit de son style.

On rit de sa façon d’arrêter la rondelle.

Et pendant ce temps-là, il gagne.

Ce qui choque, ce n’est pas qu’on dise que Dobeš n’est pas parfait. Aucun gardien ne l’est, surtout pas à son âge. Ce qui choque, c’est l’absence totale de nuance, l’incapacité chronique à faire évoluer le discours quand la réalité change.

On dirait que certains ont décidé, dès le départ, que Dobeš serait un gardien de bas-étage… et qu’aucune performance ne viendrait contredire ce verdict.

Même José Théodore, pourtant passé par toutes les tempêtes médiatiques possibles à Montréal, continue de l’enfoncer publiquement, de rappeler ses défauts, de souligner ce qui ne va pas, encore et encore.

Comme si le moindre arrêt spectaculaire était accidentel. Comme si la constance n’existait pas. Comme si le calme qu’il dégageait dans les moments chauds n’avait aucune valeur.

À un moment donné, il faut poser la vraie question : qu’est-ce que ça prend pour être respecté à Montréal quand tu ne corresponds pas au moule nostalgique?

Parce que ça devient évident. Dobeš n’est pas Carey Price. Il n’a pas la fluidité parfaite. Il n’a pas le silence majestueux. Il n’a pas cette posture quasi artistique qui rassurait les analystes avant même que la rondelle parte. Dobeš est plus brut. Plus anguleux. Plus imprévisible. Et visiblement, ça dérange.

Mais depuis quand le rôle d’un gardien est d’être beau à regarder?

Le rôle d’un gardien, c’est de donner une chance à son équipe de gagner. Et c’est exactement ce que fait Dobeš, soir après soir. Pas malgré son style, mais avec son style. Un style qui lui appartient, qui fonctionne pour lui, et qui, surtout, fonctionne pour le Canadien.

Ce qui devient franchement gênant, c’est le décalage entre le discours et les décisions de l’équipe. Pendant que certains continuent de le tourner en dérision, Martin St-Louis lui confie le filet. Encore. Et encore. Et encore. Trois départs de suite. Une confiance claire. Un message limpide à l’interne.

À l’externe, pourtant, on continue de faire comme si rien n’avait changé.

On parle de lui comme d’un gardien temporaire.

On analyse ses matchs comme s’il était constamment sur le point de s’effondrer.

On le compare, on le diminue, on le corrige à distance.

Et jamais, ou presque jamais, on ne s’arrête pour dire : il est en train de s’imposer.

Il y a quelque chose de cruel là-dedans. Parce que Dobeš n’a rien demandé. Il n’a pas réclamé le filet. Il n’a pas fait de vagues. Il a travaillé. Il a encaissé les critiques. Il a continué de jouer. Et il a répondu exactement de la seule façon qui compte dans cette ligue : par les résultats.

À force de répéter qu’il est “croche”, on finit par révéler autre chose. Pas ses limites à lui, mais les limites du regard qu’on porte sur les gardiens modernes. Tous ceux qui ne rentrent pas dans la vitrine idéalisée sont suspects. Tous ceux qui gagnent différemment doivent se justifier davantage.

La vérité, c’est que le respect ne vient pas toujours en même temps que la performance. Parfois, il arrive en retard. Très en retard. Et parfois, il n’arrive jamais.

Mais une chose est certaine : Jakub Dobeš n’a plus à demander la permission d’exister. Il est là. Il gagne. Et pendant qu’on continue de rire, de douter, de chipoter sur la forme, lui avance. Silencieux. Solide. Implacable.

La question n’est plus de savoir s’il est parfait.

La question est simple, et elle dérange :

Quand est-ce qu’on va enfin lui donner le respect qu’il a déjà gagné sur la glace?