Ce soir, ce n’est pas juste un match entre le Canadien et les Islanders.
C’est un face-à-face chargé.
Un échange revisité en direct.
Un duel silencieux entre deux joueurs qui ont vu leur carrière bifurquer le même jour.
Emil Heineman revient à Montréal.
Lors de la pratique matinale du Canadien au Centre Bell, dans le corridor des visiteurs, Heineman a pris le temps de saluer plusieurs anciens coéquipiers, serrant des mains et échangeant quelques mots, un geste simple qui confirmait à quel point ce retour à Montréal comptait pour lui.
Bon matin, Heino!#GoHabsGo pic.twitter.com/xBnpkpjmq6
— Canadiens Montréal (@CanadiensMTL) February 26, 2026
Et il attendait ce moment.
Il l’a admis. Il l’avait encerclé au calendrier.
Deux saisons complètes dans l’organisation. Laval. Puis la LNH. Son premier match dans la grande ligue.
Ses premières séries.
La ville qui respire le hockey.
Une base de partisans qui l’adorait pour son énergie, son honnêteté, son intensité.
Et puis, l’appel.
Kent Hughes.
Échange.
Destination : New York.
En retour? Noah Dobson.
Un échange massif. Heineman. Deux choix de première ronde, 16e et 17e au total. Rien de symbolique. Rien de mineur. Pour aller chercher un défenseur droitier que Montréal voyait comme un pilier.
Ce soir, les deux morceaux majeurs de cette transaction se retrouvent.
Heineman, 58 matchs cette saison. 15 buts. 8 passes. 23 points. Toujours ce moteur. Toujours cette présence physique. Toujours cette capacité à déranger.
Et de l’autre côté, Dobson. 57 matchs. 10 buts. 28 passes. 38 points. Une influence grandissante. Une stabilité à droite que le Canadien cherchait depuis des années.
Au début, plusieurs croyaient que les Islanders avaient gagné l’échange.
Heineman avait explosé rapidement. Intensité. Production. Leadership. Pendant que Dobson, lui, semblait chercher son rythme à Montréal. Adaptation. Système. Pression.
Mais tranquillement, la balance a changé.
Dobson est devenu un joueur clé. Utilisé dans toutes les situations. Avantage numérique. Missions défensives. Matchups importants. Martin St-Louis lui donne confiance. Lui donne de la liberté. Lui donne un rôle clair.
Ce que Patrick Roy ne lui donnait pas toujours.
Parce qu’il ne faut pas l’oublier. Dobson n’était pas exactement le favori à Long Island. Les décisions de Roy. Les bancs écourtés. Les ajustements brusques. La gestion parfois rigide.
Ce soir, Dobson ne joue pas juste contre les Islanders.
Il joue devant Patrick Roy.
Et ça change tout.
Il veut prouver qu’il est plus que ce qu’on lui laissait être là-bas. Il veut montrer que dans un environnement où on lui fait confiance, il peut dominer. Qu’il peut être ce défenseur droitier complet, moderne, dynamique que Montréal imaginait en sacrifiant gros.
Parce que oui, pour obtenir un pilier à droite, ça fait mal au cœur.
Heineman faisait partie de l’ADN du vestiaire.
Fier de porter le chandail. Fier de jouer ici.
Beaucoup de partisans ont été déçus. Il représentait l’effort. La sincérité. Le joueur qui gagne ses minutes.
Mais rien n’est gratuit dans la vie.
Pour solidifier une ligne bleue pendant des années, il faut payer.
Et Montréal a payé.
De l’autre côté, Heineman aussi a des comptes à régler.
Avec Hughes.
Avec Gorton.
Avec l’organisation.
Il sait qu’il a été jugé échangeable. Il sait qu’on l’a vu comme une pièce. Une valeur. Un atout. Il veut rappeler qu’il n’était pas qu’un complément. Qu’il avait sa place. Qu’il aurait pu continuer ici.
Et il ne revient pas seul.
Il sera jumelé avec Jonathan Drouin et Calum Ritchie.
Parlons-en.
Drouin.
Ancien du Canadien.
Relation complexe avec Montréal.
Talent immense. Pression énorme. Départ difficile.
Ce soir, lui aussi revient avec quelque chose à prouver.
Un trio Drouin-Ritchie-Heineman, offensivement, ça peut faire mal.
Vitesse. Créativité. Tir.
Si Drouin joue libéré, sans le poids du marché montréalais, ça peut devenir explosif.
Et si Heineman marque ce soir?
Le Centre Bell va-t-il applaudir?
Probablement.
Parce qu’il n’y a pas d’amertume. Il y a du respect.
Mais pendant que l’émotion flotte, le hockey, lui, reste brutal.
Statistiquement, les deux joueurs ne se comparent pas directement.
Attaquant contre défenseur.
Rôles différents.
Missions différentes.
Mais stratégiquement?
Dobson répond à un besoin structurel historique. Un droitier capable de jouer 23-24 minutes. De générer de l’attaque. De stabiliser la transition.
Heineman apporte de l’énergie, de la production honnête, une constance appréciée.
Montréal a sacrifié deux premiers choix et un ailier apprécié pour bâtir à long terme.
Et ce soir, l’échange se rejoue sous les projecteurs.
Heineman veut rappeler ce que Montréal a perdu.
Dobson veut confirmer ce que Montréal a gagné.
Un match personnel.
Un verdict émotionnel.
Mais surtout, une preuve que dans la LNH, chaque transaction laisse des traces.
Et ce soir, ces traces patinent dans des directions opposées… sur la même glace.
À suivre...
