Michel Bergeron doit s’excuser. Pas à demi-mot. Pas avec une pirouette. Pas avec une phrase noyée dans un monologue à la télévision.
Il doit s’excuser clairement, publiquement, sans détour. Parce que toute la saga Nick Suzuki vient de lui exploser au visage.
Pendant près de deux ans, Michel Bergeron s’est acharné sur Nick Suzuki avec une constance presque obsessionnelle.
Ce n’était plus de l’analyse. C’était une croisade. Une vendetta médiatique. Suzuki n’était pas un vrai capitaine. Suzuki n’était pas assez passionné. Suzuki n’était pas un guerrier. Suzuki ne parlait pas français. Suzuki manquait de courage. Suzuki manquait de respect envers le Canada. Et surtout, surtout, Suzuki allait payer.
Bergeron l’avait juré à qui voulait l’entendre : Nick Suzuki ne ferait jamais Équipe Canada. Selon lui, Hockey Canada n’oublie pas. Hockey Canada punit. Hockey Canada règle ses comptes. Et Suzuki, parce qu’il avait refusé le Championnat du monde en 2024 puis encore en 2025, allait être rayé de la carte.
« Fatigué de quoi? », lançait Bergeron avec mépris sur les ondes de TVA Sports.
« Quand je pense à Sidney Crosby, qui irait au Championnat du monde même s’il était brûlé, et que Suzuki, lui, est fatigué… est-ce qu’il y a quelque chose que je ne comprends pas? »
Ce n’était pas une question. C’était un procès.
Le moment où tout a dérapé, celui où Bergeron a perdu la ligne du respect, c’est l’épisode de la chambre d’hôtel. La fameuse chambre à 4000 dollars la nuit au luxueux Amanera, en République dominicaine, où Suzuki avait décidé d'amener sa blonde pour la demander en mariage, au lieu d'aller au championnat du monde.
Bergeron n’a pas seulement critiqué le choix de Suzuki de ne pas aller représenter son pays. Il a attaqué son mode de vie.
Dans sa tête, l’image était impardonnable : pendant que le Canada joue pour l’unifolié, Nick Suzuki se repose dans un palace tropical.
Et pour Bergeron, le crime était aggravé par un détail qui l’a rendu fou : les images publiées par la conjointe de Suzuki, Caitlin Fitzgerald. Piscine privée. Vue sur l’océan. Luxe assumé. Aucune discrétion. Aux yeux du Tigre, c’était une provocation.
Bergeron a vu ça comme une provocation. Il a même laissé entendre que Suzuki se moquait du public, parlant d’un joueur qui « se dit fatigué » mais qui trouve l’énergie pour vivre comme un milliardaire.
Ce que Bergeron n’a jamais voulu reconnaître, c’est que ce voyage avait une raison profondément personnelle : Suzuki y a demandé sa conjointe en fiançailles. Un moment intime, fondateur, loin du hockey.
Mais pour Bergeron, ça n’excusait rien. Dans son esprit, aucun anneau, aucun mariage, aucune vie privée ne justifiait de refuser l’appel du Canada. À ce moment précis, il n’analysait plus un joueur : il jugeait un homme.
À partir de ce moment-là, Bergeron n’a plus lâché. Il a lié ce voyage à tout le reste : l’absence aux Mondiaux, le fait qu'il ne parle pas français, le leadership qu’il jugeait déficient. Il a même laissé entendre que Suzuki n’avait pas l’étoffe morale pour représenter le Canada.
Sauf que la réalité vient de le gifler en plein visage.
Nick Suzuki a été sélectionné pour les Jeux olympiques de Milan-Cortina.
Les dirigeants canadiens ont expliqué pourquoi. Ils ont vanté son intelligence, Sa polyvalence, son jeu de 200 pieds, sa capacité à gérer la pression d’un marché comme Montréal.
Doug Armstrong a même souligné que la pression d’être capitaine du Canadien est supérieure à presque tout ce qu’un joueur peut vivre ailleurs.
Exactement l’inverse de ce que Bergeron martelait.
Même le dossier du français, autre obsession de Bergeron, est ridicule. Suzuki continue ses cours. Il progresse. De toute façon, il n’a jamais promis de devenir parfaitement bilingue en deux saisons, mais il n’a jamais refusé l’effort non plus.
À plusieurs reprises, Bergeron a remis en doute la légitimité de Nick Suzuki comme capitaine du Canadien. Bergeron a clamé qu’à Montréal, « le capitaine doit être capable de s’adresser aux partisans en français », laissant entendre que Suzuki ne remplissait pas ce critère fondamental.
Il a aussi soutenu qu’après plusieurs années dans le marché montréalais, l’excuse de la difficulté linguistique ne tenait plus, insinuant que l’effort n’était pas réel ou suffisant.
Dans une de ses sorties les plus dures, il a carrément affirmé qu’un capitaine incapable de communiquer naturellement avec les médias francophones ne pouvait pas incarner pleinement l’identité du Canadien.
Bergeron a même opposé Suzuki à d’anciens leaders du CH, rappelant que « dans son temps, les capitaines faisaient l’effort de parler aux gens d’ici », peu importe leur origine.
Le plus cruel pour Bergeron, c’est que Suzuki n’a jamais répondu. Pas une flèche. Pas une sortie médiatique. Il a encaissé. Il a joué. Il a produit. Il a mené son équipe. Il a terminé parmi les meilleurs pointeurs canadiens. Et il a laissé les faits parler.
Aujourd’hui, la seule issue honorable pour Michel Bergeron, c’est l’excuse. Pas parce que Nick Suzuki en a besoin. Mais parce que Bergeron, lui, en a besoin.
Parce que continuer comme si rien ne s’était passé, c’est refuser la réalité. C’est nier les faits. C’est s’enfermer dans un personnage qui attaque toujours… mais qui ne reconnaît jamais ses erreurs.
Michel Bergeron, pour une fois, doit déposer les armes.
S’excuser n’enlèverait rien à sa carrière.
Mais refuser de le faire enlèverait le peu de crédibilité qui lui reste dans ce dossier tellement ses propos étaient révoltants.
Le hockey a tranché.
Hockey Canada a tranché.
Les Olympiques ont tranché.
À ton tour, Michel.
