Juraj Slafkovský vient de répondre à tous ceux qui pensent que les joueurs du Canadien vont finir par être jaloux.
Car il y a une théorie qui revient constamment lorsqu’on parle des contrats du Canadien : à force de signer des joueurs à des montants inférieurs à leur valeur future, Kent Hughes finirait nécessairement par créer de l'envie dans son propre vestiaire.
Les joueurs regarderaient autour d’eux, verraient des collègues gagner 13, 15 ou 18 millions de dollars ailleurs et commenceraient à se demander pourquoi eux ont accepté moins.
Mais Juraj Slafkovský vient d'envoyer promener ceux qui le traitent de jaloux. Pour lui, le salaire n’est tout simplement pas le centre de la conversation dans le vestiaire du Canadien.
Slafkovský a été interrogé sur les joueurs de Montréal qui acceptent des contrats favorables à l’équipe dans le but de gagner ensemble. Sa réponse est extrêmement claire :
« Ce n’est pas vraiment une question d’argent pour personne là-bas, à Montréal. Nous avons tous le même objectif dans cette équipe. Personne ne se soucie vraiment de l’argent à ce stade-ci. »
Puis il ajoute quelque chose d’encore plus cinglant :
« Je veux dire, tous les contrats que les gars ont, ou même celui que j’ai personnellement, ont déjà suffisamment facilité notre vie. Personne n’a vraiment besoin de plus que ça. »
Voilà la phrase qui devrait être placardée dans le vestiaire.
Parce que Slafkovský ne prétend pas que l’argent ne compte pas. Il ne dit pas qu’un joueur professionnel de hockey devrait refuser un meilleur salaire par principe.
Il dit quelque chose de beaucoup plus simple : à un certain niveau de richesse, la différence entre être hyper riche et être encore plus extrêmement riche ne représente plus nécessairement la même chose que gagner une Coupe Stanley. Et pour lui, le choix est devenu évident.
« Nous préférerions simplement nous concentrer sur le fait d’accumuler ces bagues de la Coupe Stanley, parce que c’est un chiffre beaucoup plus important, et je ne pense pas qu’aucune somme d’argent puisse surpasser ça. »
C’est une réponse qui fait directement mal à tous ceux qui annoncent depuis des mois que le Canadien est en train de créer une bombe à retardement avec ses contrats.
Oui, Ivan Demidov a signé à 9,15 millions $. Oui, Slafkovský est à 7,6 millions $. Oui, Lane Hutson est maintenant lié à Montréal à 8,85 millions $. Oui, Nick Suzuki demeure sous les 8 millions $. Et oui, certains de ces joueurs pourraient éventuellement valoir beaucoup plus sur le marché.
Mais le principe de Hughes n’est pas de convaincre ses vedettes qu’elles valent moins. Il tente de convaincre une génération complète de joueurs qu’il existe quelque chose qui vaut davantage que le maximum possible sur leur prochain relevé bancaire.
Et Slafkovský vient de dire publiquement qu’il embarque dans cette philosophie.
C’est d’autant plus intéressant lorsqu’on revient à l’argument des taxes. On entend depuis des années que Montréal serait désavantagée parce que les joueurs y paient énormément d’impôt.
C’est vrai que la fiscalité québécoise est élevée et qu’un joueur qui gagne plusieurs millions de dollars voit une partie considérable de son revenu partir en impôts. Il serait ridicule de prétendre le contraire.
Mais transformer cette réalité en explication universelle pour tous les contrats de la LNH est beaucoup trop simpliste. Un joueur ne choisit pas une équipe uniquement en regardant le montant net qui lui reste après impôts.
Il choisit également son rôle, la qualité de vie, l’organisation, ses coéquipiers, les chances de gagner, son environnement familial et, dans le cas de Montréal, une expérience hockey qui n’existe pratiquement nulle part ailleurs.
Slafkovský l’a déjà expliqué avec une franchise sans pitié :
« Il y a de tout à Montréal. Du bon hockey, de bons fans, de bons restaurants et j’habite un bel appartement. Il ne m’en faut pas beaucoup plus. »
Sans oublier qu'il est tombé amoureux.
Pour un jeune homme qui gagne plusieurs millions de dollars par année, c’est difficile d’imaginer une meilleure réponse à ceux qui prétendent que Montréal doit nécessairement surpayer ses joueurs pour les retenir.
Il parle au nom d’un groupe. Il dit que « nous avons tous le même objectif ». Cette phrase est probablement la plus importante de toutes. Le véritable pari de Kent Hughes est là : réussir à créer un vestiaire dans lequel les joueurs comprennent que leur valeur individuelle est importante, mais que leur fenêtre collective l’est encore davantage.
Si Demidov accepte moins que ce qu’il pourrait éventuellement obtenir sur le marché, si Hutson fait la même chose, si Slafkovský accepte un contrat qui devient rapidement avantageux pour Montréal, chacun d’eux fait un sacrifice relatif. Mais chacun bénéficie également du sacrifice des autres.
C’est exactement le contraire d’un vestiaire où chacun cherche à battre le record du joueur précédent.
Et Slafkovský vient de tuer l’argument selon lequel tous ces joueurs vont automatiquement se réveiller un matin en se disant qu’ils se sont fait avoir.
« Personne ne se soucie vraiment de l’argent à ce stade-ci », dit-il.
Lorsqu’un joueur signe à plusieurs millions de dollars par année, il sécurise sa famille, son avenir et celui de plusieurs générations. La prochaine tranche de quelques millions peut être importante financièrement, évidemment, mais elle ne change pas nécessairement sa vie de la même manière que son premier contrat majeur.
La Coupe, elle, change tout.
Slaf veut des bagues au lieu des millions.
Chapeau à la chambre du CH.
Car un directeur général peut contrôler les contrats. Il peut contrôler les échanges. Il peut gérer la masse salariale. Mais il ne peut pas décider de l’état d’esprit de 23 joueurs. Si ses jeunes vedettes commencent à comprendre que leur avantage individuel dépend aussi de la capacité de l’organisation à bâtir une équipe dominante, alors le système fonctionne.
Kent Hughes a gagné la loterie...
