Nikita Kucherov pourrait devenir l’un des plus grands joueurs à porter le chandail du Canadien de Montréal depuis des décennies.
Il pourrait débarquer avec ses trois trophées Art Ross, ses deux trophées Hart, ses deux trophées Ted Lindsay et une production offensive qui le place parmi les attaquants les plus dominants de sa génération. Il pourrait jouer avec Ivan Demidov, retrouver Martin St-Louis et donner au Canadien une véritable arme pour gagner la Coupe Stanley.
Mais au Québec, avant même qu’une transaction soit conclue, plusieurs ont déjà sorti le marteau.
La réaction des médias québécois à la demande de transaction du Russe a été tellement sévère. Il ne s’agit pas simplement de soulever des questions sur son caractère ou sur ses exigences contractuelles.
Renaud Lavoie et Dany Dubé ont carrément remis en question le genre de joueur que Montréal devrait vouloir accueillir dans son vestiaire. On dirait presque que Kucherov doit passer un examen de personnalité avant d’avoir le droit de jouer au hockey à Montréal.
Mais on doit avouer que ça fait de la bonne TV!
Renaud Lavoie a été cinglant sur le plateau de TVA Sports. Le journaliste n’a pas caché qu’il gardait une rancune envers l’attaquant du Lightning depuis la finale de la Coupe Stanley de 2021, lorsque Kucherov s’était moqué des partisans montréalais après la victoire du Canadien.
« Je comprends que tout le monde est excité, tout le monde trouve ça extraordinaire, Nikita Kucherov, mais dites-vous une affaire. Si lui débarque avec le Canadien, il va y avoir un méchant problème. Pas parce que ce n’est pas un bon joueur, mais à cause de la façon dont il s’est moqué des partisans des Canadiens en finale de la Coupe, il y a quelques années. Moi, encore aujourd’hui, je l’ai sur le cœur. »
Lavoie ne s’est pas arrêté là. Lorsque Maxim Lapierre et Antoine Roussel ont tenté de défendre le droit d’un joueur de s’exprimer, le journaliste a insisté sur la différence entre donner son opinion et insulter les partisans.
« Il a exprimé et insulté. Il a exprimé et insulté. Ce sont deux choses complètement différentes. »
On doit avouer que Renaud a un point.
Puis il a ramené les commentaires de Kucherov contre les partisans qui célébraient la seule victoire du Canadien en finale. Pour Lavoie, Montréal ne devrait tout simplement pas accueillir un joueur qui a déjà traité ses partisans d’imbéciles.
« Tu veux vraiment quelqu’un dans ton équipe qui vient te traiter d’imbécile? »
Sa position est claire comme de l'eau de roche : peu importe le talent du Russe, il ne veut pas de cette attitude dans le vestiaire du Canadien.
Dany Dubé est même allé plus loin sur les ondes de Cogeco, en traitant Kucherov d'homme à "cash". L’analyste a notamment ramené la discussion vers les motivations financières de Kucherov.
L'argent est au cœur de son départ de Tampa Bay. Le dossier lui inspire une méfiance évidente. On parle d’un joueur qui souhaite obtenir un contrat dans les mêmes eaux que celui de Kirill Kaprizov, autour de 17 millions de dollars par saison, et qui aurait été profondément frustré par la lenteur des négociations avec le Lightning.
Kucherov aurait même affirmé à des proches qu'il était prêt à donner un "rabais" à Tampa Bay, alors qu'il est en droit de demander 20 M$ par année.
Dubé a remis en question cette dimension financière et le risque de miser sur un joueur dont les priorités pourraient sont davantage liées à l’argent qu’au projet sportif.
Dans cette lecture, les exigences de Kucherov deviennent un signal d’alarme pour une organisation qui doit protéger la culture de son vestiaire.
Et surtout la culture des sous-payés mise en place par Kent Hughes.
Mais attention. Il faut aussi regarder ce que Kucherov a réellement accompli sur la glace.
L’attaquant russe appartient à un groupe extrêmement sélect dans l’histoire de la LNH. Comme l’a rappelé Dubé, il fait partie des 18 joueurs ayant disputé au moins 600 matchs dans la ligue tout en maintenant une moyenne d’au moins un point par rencontre. Ce n’est pas un joueur qui a connu deux ou trois saisons extraordinaires avant de disparaître. C’est une machine offensive qui a produit année après année au plus haut niveau.
Ce sont les statistiques d’un joueur exceptionnel, pas celles d’un simple mercenaire qui cherche le plus gros chèque possible.
Elliotte Friedman a d’ailleurs apporté un élément important à la discussion. Selon les informations qu’il a recueillies auprès de personnes proches du dossier, Kucherov aurait été profondément insulté par le déroulement des négociations avec Tampa Bay.
Le problème ne serait pas uniquement le montant proposé, mais aussi le manque de progression et le rythme des discussions. Friedman a décrit un joueur extrêmement fier, déterminé, qui prend les choses personnellement.
« Une fois que ce gars-là prend une décision, il est extrêmement difficile, sinon impossible, de lui faire changer d’idée », a rapporté l’informateur après avoir consulté plusieurs personnes qui connaissent le Russe.
Voilà une nuance importante. Kucherov ne serait pas simplement en train de courir après un contrat plus payant. Il aurait eu le sentiment que Tampa Bay ne le traitait pas à la hauteur de ce qu’il représente pour l’organisation.
Ouch.
Et surtout, il ne faut pas oublier que le Canadien pourrait avoir besoin exactement de ce genre de personnalité.
Un joueur de 120 ou 130 points ne devient pas soudainement inutile parce qu’il possède un caractère difficile. Les grandes équipes ont souvent dû apprendre à composer avec des vedettes exigeantes, émotives et parfois provocatrices.
C’est précisément ce que Maxim Lapierre a tenté d’expliquer en évoquant Dennis Rodman et les Bulls de Chicago.
« À un moment donné, tu ne gagnes pas une Coupe Stanley juste avec des curés. À un moment donné, ça prend des joueurs qui sont en dehors de la boîte. »
Venant de l'un des joueurs les plus baveux de l'histoire de la LNH, on se dit que "Lappy" veut plus d'arrogance dans la chambre du CH.
Selon lui, Montréal a besoin de talent d’élite. Le Canadien possède une jeune équipe prometteuse, mais ajouter un attaquant du calibre de Kucherov, méchant et arrogant, pourrait rendre ce équipe moins "soft".
Et il y a un autre élément que les critiques oublient : Kucherov veut venir à Montréal. La présence de Martin St-Louis, d’Ivan Demidov et de son agent Dan Milstein représente le cocktail parfait.
Si le Russe voit le Canadien comme une destination où il peut gagner, pourquoi l’organisation devrait-elle fermer la porte avant même d’avoir étudié le dossier?
Renaud Lavoie a le cœur les insultes de 2021. Dany Dubé est dégoûté de par désir de l'argent du Russe.
Mais au bout du compte, Montréal ne cherche pas à recruter un nouveau meilleur ami pour ses partisans. Le Canadien cherche à gagner la Coupe Stanley.
Et si Nikita Kucherov peut rapprocher cette organisation de son objectif, Kent Hughes serait irresponsable de ne pas au moins considérer la possibilité.
Au moins, il ne méprise pas Montréal et le Québec comme Dylan Larkin.
Les médias québécois lui barrent la route.
On réclame des vedettes, on veut des joueurs capables de faire la différence dans les grands moments, puis lorsqu’une véritable superstar devient potentiellement disponible, on commence à expliquer pourquoi son caractère serait un problème.
À un moment donné, il faudra choisir : veut-on gagner avec les meilleurs joueurs de hockey ou veut-on simplement remplir le vestiaire de joueurs qui ne dérangent personne?
