Prolongation olympique.
10 minutes.
3 contre 3.
Tout l’espace du monde.
Et dans les gradins, une caméra qui ne ment pas.
Le plan serré sur Bill Guerin en disait plus long que n’importe quelle statistique.
Regard figé. Mâchoire crispée. Yeux qui calculent trop vite.
Pas le visage d’un homme confiant. Le visage d’un homme qui sait que la prochaine séquence peut lui exploser en pleine figure.
Parce que la question flottait dans l’air.
Même le commentateur de CBC l’a lancée, sans détour :
« Dans une situation comme celle-là, est-ce que vous n’aimeriez pas avoir Cole Caufield à votre disposition, lui qui est le meneur de la LNH pour les buts en prolongation cette année? »
Cole Caufield est le meneur chez les marqueurs en prolongation dans la LNH cette saison. pic.twitter.com/dZDVOn3IWC
— Andre Soueidan (@dedeswedan) February 18, 2026
Silence.
Ouch.
Les Américains venaient de voir la Suède revenir dans le match.
1-0 USA. Gestion prudente. Tentative de fermer le jeu. Puis boom ... Mika Zibanejad égalise. Les vieux renards suédois n’étaient pas venus admirer le paysage.
Et soudainement, tout était possible.
Ce n’est pas une critique gratuite. Ce n’est pas un délire de partisan montréalais.
C’est une réalité froide : Cole Caufield est le meilleur marqueur en prolongation 3 contre 3 de toute la Ligue nationale cette saison.
Dans un tournoi où le format prévoit justement des prolongations 3 contre 3.
Comment expliques-tu ça?
Comment justifies-tu l’absence d’un spécialiste quand le tournoi te place exactement dans son terrain de jeu?
Sur la glace, les Américains tournaient.
Sur le banc, la tension montait.
Dans les yeux de Guerin, on lisait la projection du désastre.
Parce que s’ils perdaient, la narrative devenait incontrôlable.
On ne parle plus de système.
On ne parle plus de profondeur.
On ne parle plus de leadership.
On parle d’une erreur de construction.
Caufield n’est pas un joueur périphérique.
C’est un sniper qui adore les espaces, qui vit pour les tirs de réception en transition, qui comprend le rythme du 3 contre 3 comme peu d’attaquants le font.
Dans ce format-là, un demi-mètre d’espace, c’est un but.
Pendant que les Américains hésitaient entre contrôle et prudence, l’absence devenait lourde. Presque tangible. Comme un vide stratégique.
Et ce qui rend la scène encore plus lourde, c’est le contexte.
On a donné le “C” à Auston Matthews.
On a construit l’équipe autour de gabarit et de centres dominants.
On a voulu une formation structurée, disciplinée, responsable.
Mais le 3 contre 3 olympique ne récompense pas la discipline.
Il récompense l’instinct.
Pendant quelques longues minutes, la Suède dictait le tempo. Les Américains subissaient. Chaque perte de rondelle devenait un frisson.
Et la caméra revenait encore sur Guerin.
Un directeur général qui, à cet instant précis, devait sentir la tempête approcher.
Les réseaux sociaux étaient déjà prêts.
Les analystes aussi.
Les fans américains, impatients, auraient sauté dessus.
Puis Quinn Hughes a décidé d’effacer la catastrophe.
Accélération.
Feinte intérieure.
Trois attaquants déjoués.
Gardien battu du revers, dans la partie supérieure.
Un but d’élite.
Un but qui sauve un tournoi.
Un but qui sauve surtout une décision.
Parce que si Hughes ne marque pas, l’histoire aujourd’hui est différente.
On parle d’élimination.
On parle d’un choix incompréhensible.
On parle d’un sniper laissé à la maison pendant que le tournoi se joue exactement dans son format de prédilection.
Les Américains passent.
Score final : 2-1 en prolongation.
Soulagement.
Mais la question ne disparaît pas.
Elle reste suspendue.
Dans un tournoi où chaque détail peut coûter une médaille, peut-on vraiment se permettre d’écarter le meilleur buteur en prolongation de la LNH?
Guerin a parié sur une identité.
Il a laissé de côté une arme.
Hier soir, il a frôlé la déflagration.
Et même si Quinn Hughes a fermé la porte, une chose est certaine : pendant ces dix minutes de chaos contrôlé, Cole Caufield n’était pas sur la glace.
Mais il était partout ailleurs.
Dans le regard du DG.
Dans le commentaire de CBC.
Dans la tête de tous ceux qui savaient que ce scénario-là était écrit d’avance.
La demi-finale arrive vite.
Et si ça retourne en prolongation?
Cette fois, peut-être que le hockey ne pardonnera pas.
Parce que certaines absences ne se voient pas sur la feuille de match.
Elles se lisent dans les yeux.
Ouch...
