La mort de Claude Lemieux par suicide continue de secouer le Québec du hockey comme une onde de choc impossible à absorber.
Parce qu’au-delà des statistiques, des quatre Coupes Stanley, des buts marqués dans les plus grands moments et de cette réputation de joueur détesté par les adversaires, Claude Lemieux faisait partie de cette génération de guerriers qui semblaient presque invincibles. Des hommes plus grands que nature. Des compétiteurs bâtis dans le roc.
Et c’est précisément ce qui rend la douleur encore plus difficile à comprendre aujourd’hui.
Lundi soir, il était encore là. Au Centre Bell. Fier. Présent. Souriant. Claude Lemieux avait porté le flambeau avant le troisième match de la finale de l’Association de l’Est entre les Canadiens de Montréal et les Hurricanes de la Caroline. Plusieurs anciens du Tricolore avaient partagé des moments avec lui dans le salon des anciens. Des discussions normales. Des rires. Des souvenirs.
Trois jours plus tard, ils apprenaient qu’il s'était enlevé la vie.
Le choc est total.
Parmi les plus bouleversés se trouve Patrice Brisebois, aujourd’hui président des Anciens Canadiens, qui peine encore à trouver les mots.
“Comment peut-on croiser un gars le lundi et apprendre qu’il est décédé trois jours plus tard ? C’est un choc. On a de la misère à comprendre.”
Rien ne semblait annoncer un tel drame. Brisebois raconte d’ailleurs un Claude Lemieux heureux d’être au Centre Bell, honoré d’avoir été choisi pour porter le flambeau devant les partisans des Canadiens de Montréal.
“Il était content d’être là, il était fier qu’on lui accorde cet honneur.”
Encore plus troublant : Lemieux avait même pris le temps de féliciter Brisebois pour sa récente nomination à la présidence des Anciens Canadiens. Une discussion banale, humaine et chaleureuse. Le genre d’échange qui semble normal sur le moment, mais qui devient bouleversant après coup.
Chris Nilan, lui aussi présent lundi soir aux côtés de Lemieux, est complètement ébranlé.
Les deux hommes avaient partagé quelque chose d’immense ensemble : la Coupe Stanley de 1986 avec les Canadiens de Montréal.
“On a eu une magnifique discussion. Je lui disais que je n’aurais pas cette bague autour du doigt sans lui. Je suis sous le choc, c’est triste.”
Dans la voix de Nilan, il y a beaucoup plus qu’une tristesse normale. Il y a cette incompréhension brutale qui frappe quand quelqu’un avec qui tu viens de rire, parler et revivre des souvenirs n’est soudainement plus là.
Nilan a aussi tenu à rappeler ce que plusieurs oublient parfois lorsqu’on parle de Claude Lemieux.
“On parle souvent de Patrick Roy, à juste titre, mais Claude avait été incroyable en 1986.”
Lors de ce parcours mythique vers la Coupe Stanley, Lemieux n’était qu’une recrue. Pourtant, il avait marqué 10 buts en seulement 20 matchs éliminatoires, s’imposant déjà comme un joueur des grandes occasions.
Impossible d’oublier ce but légendaire en prolongation du septième match contre les Whalers de Hartford, un moment gravé à jamais dans l’histoire des Canadiens de Montréal.
“C’était un ultime compétiteur en séries éliminatoires tout au long de sa carrière”, rappelle Nilan.
Même Patrice Brisebois, qui l’a surtout affronté comme adversaire dans la Ligue nationale après son échange aux Devils du New Jersey, ne cache pas le respect immense qu’il avait pour lui.
“Je ne mentirai pas, tout le monde détestait l’affronter. C’était difficile de jouer contre les Devils et ce l’était encore plus quand Claude était là.”
Claude Lemieux dérangeait. Frustrait. Jouait dans la tête des adversaires mieux que presque n’importe qui. Mais au moment de gagner, tout le monde le voulait dans son vestiaire.
“C’est inacceptable que ce gars-là ne soit pas au Temple de la renommée du hockey”, tranche Brisebois.
“C’était un gamer et il voulait faire la différence quand ça comptait le plus. C’est extraordinaire ce qu’il a fait durant sa carrière.”
Difficile d’argumenter contre ça.
Quatre Coupes Stanley. Un trophée Conn-Smythe remis au joueur le plus utile des séries en 1995. Des performances gigantesques quand la pression montait. Une carrière de 21 saisons dans la LNH avec les Canadiens de Montréal, les Devils du New Jersey, l’Avalanche du Colorado, les Coyotes de Phoenix, les Stars de Dallas et les Sharks de San José.
Mais aujourd’hui, les statistiques paraissent presque secondaires.
Parce qu’il y a la douleur humaine.
Et il y a surtout cette image impossible à sortir de la tête : Claude Lemieux au Centre Bell, il y a à peine quelques jours, devant une foule en délire.
Patrick Roy, lui aussi profondément secoué, est sorti de son silence avec énormément d’émotion. Selon des proches du dossier, l’ancien gardien légendaire était dévasté par la nouvelle et ne souhaitait pas être filmé ni accorder d’entrevue dans les heures suivant le drame tellement il est affecté.

Roy a toutefois tenu à rendre hommage à son ancien coéquipier dans un message empreint de tristesse.
“Je suis profondément attristé d’apprendre le décès de Claude Lemieux. Claude a été un coéquipier exceptionnel, un compétiteur féroce, un élément clé de plusieurs de nos plus grandes conquêtes et un joueur qui a marqué notre sport.”
Les deux hommes avaient vécu ensemble certains des moments les plus marquants de l’histoire des Canadiens de Montréal et du hockey québécois.
“Son intensité et sa détermination faisaient de lui un joueur respecté autant par ses coéquipiers que redouté par ses adversaires.”
“Nous avons partagé des moments inoubliables, des victoires mémorables et une passion commune pour le hockey.”

Aujourd’hui, le hockey perd un champion.
Le Québec perd une figure marquante de son histoire sportive.
Et surtout, une famille perd un père, un mari, un proche.
Pour ceux qui l’ont vu lundi soir, qui lui ont parlé, qui ont ri avec lui au Centre Bell sans savoir que ce serait la dernière fois, le choc semble encore impossible à accepter.
La vie est parfois d’une fragilité déchirante.
Si toi ou quelqu’un que tu connais traverse une période très difficile ou est en crise, de l’aide existe. Au Canada, tu peux appeler ou texter le 988 à toute heure pour parler à quelqu’un.
