Pensée pour Milan Lucic : le drame de Claude Lemieux revient hanter la LNH

Pensée pour Milan Lucic : le drame de Claude Lemieux revient hanter la LNH

André Soueidan
Le 2026-06-07
lnh milan lucic

Quelque chose de lourd flotte toujours autour des vieux hommes forts quand vient le temps d’accrocher les patins.

Des gars bâtis pour encaisser, frapper, intimider, protéger leurs coéquipiers… puis soudainement, un matin, le téléphone arrête de sonner, l’adrénaline disparaît et le hockey ne peut plus cacher les blessures invisibles accumulées pendant vingt ans.

Milan Lucic a officiellement annoncé sa retraite dimanche matin.

Une carrière de 1177 matchs dans la LNH. Une Coupe Stanley à Boston.

Des batailles mythiques. Des séries éliminatoires où son nom suffisait à faire changer le ton d’une série entière.

Et malgré toute la controverse qui a fini par salir les dernières années de son parcours, une drôle d’émotion accompagne cette annonce.

Parce qu’au-delà du personnage intimidant… il reste un être humain qu’il faudra surveiller.

Le parallèle avec Claude Lemieux fait froid dans le dos ces temps-ci.

Toute la planète hockey a été secouée récemment en voyant l’ancien guerrier sombrer publiquement dans une situation extrêmement inquiétante.

Des images troublantes. Une famille inquiète. Puis cette décision bouleversante de remettre son cerveau à la science pour aider à mieux comprendre les dégâts causés par les années de hockey violent et les commotions répétées.

Et c’est là que plusieurs pensent immédiatement à des gars comme Lucic.

Pas parce qu’on veut le condamner. Pas parce qu’on veut prédire une tragédie. Exactement le contraire.

Parce qu’on espère sincèrement qu’il va bien.

Parce que quand tu regardes les dernières années de Milan Lucic, difficile de ne pas voir un homme qui semblait parfois perdu à travers tout ce qu’il avait été obligé de devenir pour survivre dans cette ligue.

L’arrestation pour violence conjugale à Boston en 2023 a complètement changé la perception publique autour de lui.

Selon le rapport policier, sa femme avait affirmé qu’il avait tenté de l’étrangler lors d’une dispute alors qu’il semblait intoxiqué.

Les accusations ont éventuellement été abandonnées après le refus de témoigner, mais le mal était fait.

Le nom de Milan Lucic venait d’être associé à quelque chose de beaucoup plus sombre que le hockey.

Quelques semaines plus tard, il entrait dans le programme d’aide de la LNH.

Et honnêtement… plusieurs anciens joueurs ont probablement vu un miroir inquiétant dans cette histoire-là.

Parce que Lucic n’était pas un joueur ordinaire. C’était une machine de collisions. Un train sur patins. Un gars qui a passé sa carrière à donner et recevoir des coups de camion dans la tête et dans le haut du corps.

On parle d’un joueur qui a vécu les séries éliminatoires les plus sauvages de l’ère moderne avec Boston.

Les guerres contre Montréal. Les affrontements avec Mike Komisarek. Les mêlées monstrueuses contre les Flyers, Vancouver et Tampa Bay.

Le Centre Bell le détestait profondément.

Et en même temps… Montréal respectait ce joueur-là plus qu’il voulait l’admettre.

Combien de fois les partisans du Canadien ont-ils rêvé secrètement d’avoir un Lucic dans leur uniforme?

Un monstre capable de protéger ses vedettes, renverser un match avec une mise en échec et terroriser l’adversaire juste par sa présence.

À son sommet, Milan Lucic représentait exactement ce que plusieurs vieux amateurs de hockey considéraient comme “du vrai hockey”.

Mais le problème avec ces gars-là, c’est qu’on réalise souvent les dégâts beaucoup trop tard.

Quand la carrière ralentit.

Quand les douleurs deviennent permanentes.

Quand le cerveau n’est plus constamment anesthésié par l’intensité du calendrier de la LNH.

Et c’est probablement pour ça que cette retraite provoque autant de malaise.

Pas à cause de ses statistiques.

Pas à cause de sa Coupe Stanley.

À cause de tout ce qu’on ne voit pas.

Claude Lemieux a ouvert une porte extrêmement difficile dans les dernières semaines.

Une porte où le hockey commence enfin à regarder les conséquences humaines derrière les hommes forts que les foules encourageaient autrefois comme des gladiateurs modernes.

Lucic arrive maintenant à cette même étape de vie.

38 ans.

Le corps détruit.

Une réputation abîmée.

Une carrière qui se termine loin des projecteurs glorieux qu’il méritait probablement à Boston.

Et malgré tout ce qu’on peut penser de lui, malgré les erreurs, malgré les dérapages, personne ne devrait souhaiter voir un autre ancien guerrier perdre le combat contre lui-même une fois les lumières éteintes.

Parce qu’à travers toute cette violence, tous ces coups à la tête et tous ces rôles imposés par une autre époque du hockey… plusieurs de ces gars-là ont payé un prix que personne ne comprenait vraiment dans le temps.

Aujourd’hui, on commence enfin à le comprendre.

Et c’est précisément pour ça qu’au moment où Milan Lucic quitte officiellement la LNH… plusieurs ont soudainement une pensée beaucoup plus humaine que hockey.

Ouf…