Pensées pour Brendan Gallagher: la retraite pour sauver sa dignité

Pensées pour Brendan Gallagher: la retraite pour sauver sa dignité

Par David Garel le 2026-02-01

Il y a un moment, dans la vie d’un joueur, où la question n’est plus de savoir s’il peut encore jouer, mais s’il doit encore le faire...

Et c’est exactement là que se retrouve Brendan Gallagher aujourd’hui. Pas dans le débat émotif, pas dans la nostalgie, pas dans le respect aveugle, mais dans une zone beaucoup plus inconfortable, beaucoup plus adulte : celle de la dignité.

Tout le monde autour du Canadien le voit. Les partisans. Les médias. Les coéquipiers, même s’ils ne le diront jamais publiquement.

Gallagher ne peut plus suivre le rythme de la LNH moderne, et encore moins celui d’une équipe qui accélère, qui rajeunit, qui ajoute du talent et qui vise désormais quelque chose de sérieux.

Le garder « par respect » pour ensuite l’asseoir dans les gradins, l’exposer au ridicule, l’utiliser à contresens sur une deuxième vague d’avantage numérique ou l’alterner comme un figurant à l’entraînement, ce n’est pas de l’honneur. C’est une lente humiliation.

La réalité contractuelle est pourtant claire et connue de tous. Il reste une saison à son entente, avec un salaire réel d’environ 4 millions de dollars, et un impact de 6,5 M$ sur la masse.

On sait aussi, et ce n’est un secret pour personne dans le milieu, que Gallagher n’est pas dans une situation personnelle qui l’oblige à s’accrocher à chaque dollar coûte que coûte.

Il est marié, solidement entouré, et n’a pas à prouver qu’il « survit » financièrement. La question n’est donc pas économique. Elle est symbolique.

Est-ce qu’il aura le guts, le courage, l’intelligence émotionnelle de dire : ça suffit? De comprendre que continuer ainsi ne l’aide pas, n’aide pas l’équipe, et n’aide surtout pas l’image qu’il laissera derrière lui?

Parce que ce qui s’en vient est encore plus cruel : Alex Newhook va revenir, d’autres jeunes poussent, la congestion va empirer, et Gallagher ne peut pas être aligné l’an prochain sans que ça devienne une distraction permanente, un malaise quotidien, une gestion impossible pour Martin St-Louis.

Il n’y a que trois issues, et toutes sont connues. La première, la pire : le garder « par respect », mais ne plus l’habiller. C’est le scénario le plus lâche, celui qui ne sert personne. La deuxième : un rachat, froid, mathématique, légal, qui ferait mal symboliquement mais qui serait au moins cohérent sportivement.

Et la troisième, celle qui demande le plus de courage, c’est que Gallagher prenne lui-même la décision. Qu’il protège son héritage. Qu’il transforme la fin en passage, pas en chute. Qu’il aide le Canadien autrement, dans un rôle de développement, de transmission, de culture, comme d’autres avant lui l’ont fait.

Parce que Brendan Gallagher mérite mieux que de devenir un problème de gestion. Il mérite de rester ce qu’il a toujours été : un joueur respecté.

Mais ce respect-là, aujourd’hui, ne viendra pas d’un autre but chanceux ou d’une autre saison pénible de trop. Il viendra d’un choix difficile. D’un choix digne.

Il arrive un moment, dans toute carrière professionnelle, où la vérité cesse d’être négociable. Brendan Gallagher a passé plus d’une décennie à repousser cette ligne invisible par la force du caractère, par une capacité presque surnaturelle à jouer au-delà de ses limites physiques, mais cette vérité n’est plus abstraite : elle est visible, mesurable, documentée.

Les blessures s’accumulent, les entraînements lui échappent, le coup de patin n’ouvre plus rien, et même Martin St-Louis peine à masquer un malaise devenu collectif. Le corps de Gallagher lâche. Pas graduellement. Pas symboliquement. Il lâche pour de bon, et toute la ville le voit.

À Brossard, l’image est devenue difficile à regarder. Gallagher est essoufflé après quelques répétitions, ses présences sont courtes, ses changements sont laborieux, et ses retours au banc se font penché vers l’avant, les mains sur les genoux, comme un athlète qui lutte contre son propre système respiratoire.

Les médias traditionnels, longtemps protecteurs, ont cessé de contourner le sujet. Ils écrivent désormais noir sur blanc ce que tout le monde voit depuis des semaines : il n’y a plus de jus dans le réservoir.

Contre Buffalo, c’était gênant. Une présence fantôme de 10 minuites dans un match à haute intensité, comme si le hockey avançait sans lui.

Ce qui rend la situation encore plus inconfortable, c’est l’acharnement à vouloir lui donner des responsabilités qu’il n’a plus la capacité de remplir.

Le voir encore utilisé sur la deuxième unité d’avantage numérique est devenu un symbole du déni organisationnel. Ce n’est pas Gallagher qu’on blâme ici. C’est le club.

Forcer un vétéran vidé dans un rôle qui exige lecture, mobilité, rapidité d’exécution et présence constante, c’est prolonger artificiellement une illusion qui n’existe plus. Le guerrier est intact. Le véhicule est brisé.

L’élément qui change tout, c’est qu’il n’est plus prisonnier d’une réalité financière. Marié à Emma Fortin, héritière d’une famille influente du milieu des affaires québécois, Gallagher n’a pas besoin de son dernier 4 millions de dollars. Il aura gagné près de 70 M$ en carrière. Il n’a plus rien à prouver, ni sur la glace, ni ailleurs.

Il pourrait choisir de partir avec classe, entrer dans le développement des joueurs, transmettre ce qu’il a toujours incarné : la rigueur, la douleur acceptée, la culture du sacrifice.

Le Canadien lui trouverait un rôle en vingt-quatre heures. Ils lui doivent ça. Il lui reste une année de contrat. Mais il ne lui reste peut-être plus une année de hockey dans le corps.

La fin approche. Elle peut être pénible, ou elle peut être digne. À Gallagher de choisir entre l’argent… et la dignité.

Nos pensées sont avec lui... car le choix va lui briser le coeur... peu importe ce qu'il choisit...