Pensées pour Jean Perron et sa famille: il commet l'irréparable

Pensées pour Jean Perron et sa famille: il commet l'irréparable

David Garel
Le 2026-08-15

Jean Perron est devenu le personnage qu’on invite pour rire.

Tellement triste.

On ne semble plus l’inviter pour entendre l’entraîneur qui a dirigé Patrick Roy, Stéphane Richer, Mats Näslund, Guy Carbonneau, Claude Lemieux et Larry Robinson. On l’invite parce qu’on sait qu’il pourrait dire quelque chose d’imprévisible... et d'indécent...

Mais les deux dernières saisons... ont été celle de trop. Perron a été banni des ondes tellement il racontait des choses graves.

L’épisode de Patrik Laine est probablement l’un des exemples les plus cinglants.

À Radio X, Perron a été questionné sur Laine dans un contexte où l’animateur cherchait clairement une réaction. Perron a parlé d'un retard mental pour Patrik Laine.

Perron a ensuite tenté de préciser sa pensée, expliquant qu’il parlait plutôt de la dureté mentale nécessaire pour évoluer dans le hockey professionnel. Mais le premier extrait était déjà parti. Les réseaux sociaux avaient déjà choisi leur version de l’histoire.

Et depuis cette bourde il y a deux dans, sa vie médiatique s'est effondrée.

On ressort une phrase.

On découpe un extrait.

On le publie.

Les gens rient.

Puis Jean Perron revient quelques jours plus tard pour expliquer ce qu’il voulait réellement dire.

Le cycle recommence.

L’épisode de La Poche Bleue concernant Montréal comme « ville du péché » est encore plus embarrassant.

Perron avait lancé, comme avertissement à la femme d'Alexander Carrier, qui venait de se faire échanger à Montréal:

« Montréal, c’est la ville du péché, les boys. Tout le monde court après toi pour un autographe, puis ils sont prêts à vouloir te faire signer des autographes sur leurs boules, pis tout ce que tu veux. »

« Ça va être quoi ? C’est un beau grand garçon. Il va sortir après 11 heures, il ne va pas respecter le curfew. »

Ouch. Une sortie publique... irréparable...

C’est exactement le genre de sortie qui fait maintenant partie de l’image publique de Perron. Une émission de hockey qui aurait pu discuter de son expérience, de son époque, de ses connaissances, de la façon dont le hockey a changé se retrouve plutôt avec un extrait où l’ancien entraîneur parle des « boules » de femmes qui voudraient obtenir un autographe et d'un joueur qui va tromper sa femme.

Et évidemment, l’extrait circule partout.

C’est là que la situation devient particulièrement triste pour ses proches. Parce que derrière la vidéo qui fait rire les internautes, il y a un père, un mari, un grand-père et une famille qui doit regarder le nom de Jean Perron apparaître partout pour les mauvaises raisons.

Il y a une différence énorme entre rire d’une déclaration isolée et assister à la transformation progressive d’une personne en caricature.

Et cette transformation ne s’est pas produite en une seule journée.

Perron a également tenu des propos qui ont été largement critiqués concernant Ivan Demidov. Il a notamment déclaré :

« Il n'a pas d'affaire sur la première unité d’avantage numérique, c’est des insanités. »

Perron ne disait pas simplement qu’il préférait un autre joueur ou qu’il croyait que Demidov devait commencer sur la deuxième unité. Il qualifiait carrément d’insensée l’idée de placer le jeune attaquant sur la première vague.

Et cette sortie s’inscrivait dans une série de commentaires où Perron avait déjà été très critique envers Demidov. Il avait notamment parlé du jeune Russe comme d’un « étranger », une formulation qui avait fait énormément réagir, alors que Demidov était justement devenu l’un des joueurs les plus populaires auprès des partisans du Canadien.

Le problème n’est plus seulement ce que Jean Perron dit

Le problème, c’est devenu ce que les médias font de Jean Perron.

C’est probablement la partie la plus dérangeante de toute cette histoire.

Si Perron est invité parce qu’il a gagné une Coupe Stanley, qu’on lui pose des questions sérieuses sur la Coupe Stanley.

Si on veut entendre ses souvenirs de Patrick Roy, de Stéphane Richer, de Claude Lemieux ou de Larry Robinson, qu’on lui donne le temps de raconter ses souvenirs.

Si on veut comprendre comment fonctionnait le Canadien des années 1980, personne n’est mieux placé que les gens qui étaient là.

Mais si on l’invite principalement parce qu’on sait qu’il risque de sortir une phrase qui va devenir virale, alors on n’est plus dans le journalisme sportif. On est dans l’exploitation d’un personnage.

Il est devenu le clown de service.

Jean Perron perd.

Sa famille perd.

Le public ne gagne rien.

Et les plateformes obtiennent leurs clics.

Je ne prétendrai pas savoir ce qui se passe dans la vie privée de Jean Perron ni poser un diagnostic sur son état. Ce serait irresponsable. Mais lorsqu’une personne multiplie les déclarations confuses ou controversées en public, la bonne réaction n’est peut-être pas automatiquement de rire plus fort.

La bonne question pourrait être : est-ce vraiment encore pertinent de lui donner un micro sans encadrement?