Pensées pour Renaud Lavoie: le Québec sous le choc

Pensées pour Renaud Lavoie: le Québec sous le choc

David Garel
Le 2026-08-12

Une véritable onde de choc vient de traverser le monde médiatique québécois.

Renaud Lavoie ne sera pas de retour à BPM Sports la saison prochaine. La nouvelle est d’autant plus difficile à encaisser que, selon les informations que nous avons obtenues, son segment du matin figurait parmi les rendez-vous les plus écoutés de la station.

Les deux parties n’ont simplement pas réussi à s’entendre sur les conditions financières. (voir tous les détails du conflit financier après son message)

Selon nos informations, l’impasse se jouait sur une différence d’environ 100 $ par jour. Une somme qui peut paraître minime lorsqu’on la regarde isolément, mais qui devient lourde de conséquences lorsqu’elle entraîne la perte d’un talent aussi identifié à la station.

C’est précisément ce qui rend cette décision aussi difficile à comprendre. BPM Sports cherche à réduire ses dépenses, c’est une réalité. La station a accumulé des pertes importantes au fil des dernières années et Arsenal Média, sous la direction de Sylvain Chamberland, aura justement comme immense défi de ramener l’entreprise vers la rentabilité.

Mais dans une entreprise médiatique, couper un collaborateur reconnu pour économiser quelques centaines de dollars par mois peut aussi coûter beaucoup plus cher en audience, en crédibilité et en fidélité des auditeurs.

Renaud Lavoie n’était pas simplement un collaborateur de plus dans une grille de programmation. Il était devenu une véritable signature de BPM Sports.

Sa chronique du matin possédait une valeur particulière parce qu’il apportait quelque chose que peu de gens pouvaient offrir : l’accès quotidien au monde du Canadien, une connaissance directe des joueurs, des entraîneurs et des coulisses de la LNH, mais surtout une capacité à raconter ce qui se passait autour de l’équipe avec une expérience accumulée au fil des années.

Il faut aussi rappeler les efforts qu’il consentait pour être au rendez-vous. Lorsque le Canadien était sur la route, Renaud pouvait se retrouver dans l’Ouest canadien ou en Californie, avec des horaires complètement décalés, et malgré tout se lever aux petites heures du matin pour participer à son segment.

Pendant que plusieurs dormaient encore, lui était déjà debout pour rejoindre les auditeurs de BPM Sports. Ce genre de disponibilité, cette régularité et cette discipline ont une valeur.

Un bon segment de radio ne se résume pas à quelques minutes devant un microphone. Derrière chaque intervention, il y a des années de contacts, de connaissances, de préparation et d’expérience.

Et c’est justement pour cette raison que son départ représente un risque majeur.

BPM Sports traversait déjà une période de transformation profonde la saison dernière. Martin Lemay est parti. Tony Marinaro est parti. Mathias Brunet et Simon « Snake » Boisvert ont déplacé leur balado vers un autre environnement. Arnaud Gascon-Nadon et l’équipe de La Ligne des Mêlés ont également quitté la station dans un contexte de conflit judiciaire. Maintenant, c’est Renaud Lavoie qui disparaît de la grille.

À force de retirer des morceaux importants, il faut éventuellement se demander ce qu’il reste de l’identité originale de la station.

Lors de notre entrevue exclusive avec Sylvain Chamberland, nous avions découvert un homme qui connaissait remarquablement bien son sport, mais aussi l’industrie médiatique.

Pendant près de deux heures, il nous avait parlé de l’avenir de BPM Sports, de la place du Canadien, des droits de diffusion, du numérique, de YouTube, des balados et de la nécessité de bâtir une véritable marque sportive québécoise.

Il avait une vision.

Il ne parlait pas uniquement de sauver une fréquence FM. Il parlait de créer un écosystème. Une marque capable de rejoindre les amateurs à la radio, sur le web, sur YouTube et sur les différentes plateformes numériques.

Dans cet état d'esprit, laisser partir Renaud Lavoie pour une centaine de dollars par semaine est une grave erreur selon nous.

Chamberland veut couper dans le gras, oui. Mais il devra également savoir reconnaître les éléments qui donnent une valeur réelle à la station. Et Renaud Lavoie en faisait clairement partie.

Nous sommes tristes.

Tristes pour Renaud Lavoie, qui quitte avec énormément de classe.

Tristes pour les auditeurs de BPM Sports.

Du côté des auditeurs, ça sent la frustration à plein nez.

Car ils ne calculent pas le coût d’un chroniqueur à la semaine. Ils calculent ce qu’ils perdent à leur radio du matin.

Et ils perdent une voix qu’ils avaient l’habitude d’entendre régulièrement.

La station avait besoin de stabilité. Elle perd plutôt une autre figure connue.

On peut comprendre la logique économique. On peut aussi comprendre la nécessité pour une entreprise qui perd de l’argent de réduire ses coûts. Mais il faut également comprendre que toutes les économies ne se valent pas.

Économiser 100 $ par jour sur un collaborateur peu connu n’a pas le même impact que perdre un nom qui possède déjà une relation établie avec des milliers d’auditeurs.

Renaud Lavoie avait cette relation.

Et il l’avait construite au fil du temps.

Son départ est d’autant plus triste lorsqu’on se rappelle ce qu’il venait de traverser. Il y a quelques mois, le journaliste a été frappé par un grave problème de santé et avait révélé avoir subi deux AVC.

L’épisode avait bouleversé le monde du hockey québécois. Il avait alors raconté l’importance d’avoir obtenu rapidement des soins médicaux et avait insisté sur la nécessité de prendre au sérieux les signes d’urgence.

Aujourd’hui, après cette épreuve, le voir annoncer qu’il quitte encore une fois BPM Sports ajoute forcément une dimension humaine à cette histoire et rend son départ encore plus difficile à accepter pour ceux qui l’apprécient.

Pour Martin Tremblay et Sylvain Chamberland, le défi sera colossal. Ils devront reconstruire une station qui a perdu plusieurs de ses personnalités les plus identifiées tout en essayant de réduire ses coûts.

Ils devront trouver le juste équilibre entre économie et qualité, entre réduction des dépenses et investissement dans les talents capables de faire revenir les auditeurs.

Car perdre Renaud Lavoie pour une différence de 100 $ par jour pourrait éventuellement être considéré comme une économie beaucoup plus coûteuse qu’elle ne le paraît aujourd’hui.

Une chose est certaine : son départ laissera un vide.

Aujourd’hui, il part avec élégance.

Et le Québec risque de réaliser très rapidement ce qu’elle vient de perdre.