Perte de 3 milliards de dollars: Pierre-Karl Péladeau et Julie Snyder enterrent les Nordiques

Perte de 3 milliards de dollars: Pierre-Karl Péladeau et Julie Snyder enterrent les Nordiques

David Garel
Le 2026-07-11

Trois milliards de dollars.

C’est le chiffre qui hantera longtemps Pierre Karl Péladeau chaque fois que Gary Bettman parlera d’expansion.

En 2016, la LNH demandait environ 500 millions de dollars américains pour une franchise d’expansion. Aujourd’hui, Gary Bettman annonce qu’une éventuelle nouvelle équipe au Texas nécessiterait un investissement total d’environ 3,5 milliards de dollars américains, incluant les frais d’expansion et la construction d’un nouvel amphithéâtre.

Le monde a complètement changé.

Ce qui semblait être une somme astronomique il y a dix ans paraît aujourd’hui presque modeste lorsqu’on regarde l’explosion de la valeur des franchises de la LNH.

Et c’est précisément ce qui rend le dossier des Nordiques encore plus douloureux.

À l’époque, Québec possédait un amphithéâtre flambant neuf. Une base de partisans exceptionnelle. Une passion reconnue partout dans le hockey. Plusieurs croyaient que le retour des Nordiques n’était plus qu’une question de temps.

Mais cette équipe n’est jamais arrivée.

Gary Bettman l’a répété à plusieurs reprises au fil des ans : aucune demande officielle complète n’a finalement été déposée pour obtenir une franchise d’expansion à Québec.

Pendant ce temps, Vegas est entrée dans la LNH.

Puis Seattle.

Aujourd’hui, Houston ou Austin pourraient devenir la 33e concession.

Et Québec regarde encore le train passer.

En 2017, la franchise de Vegas est entrée dans la ligue avec des frais d’expansion de 500 millions de dollars.

Aujourd’hui, les Golden Knights figurent parmi les organisations les plus valorisées de la LNH.

La valeur moyenne des franchises continue d’exploser.

Les Maple Leafs dépassent maintenant les 4 milliards de dollars américains.

Le Canadien de Montréal est évalué autour de 3,4 milliards.

Les Oilers franchissent le cap des 3 milliards.

Même des marchés longtemps considérés comme secondaires ont vu leur valeur doubler ou tripler en quelques années.

La nouvelle annoncée cette semaine démontre que cette inflation est loin d’être terminée.

Lorsque Gary Bettman parle désormais d’un projet évalué à 3,5 milliards de dollars, il envoie un message extrêmement clair.

Entrer dans la LNH coûte maintenant plusieurs fois plus cher qu’à l’époque où Québec avait sa meilleure occasion.

Pierre LeBrun l’avait d’ailleurs résumé sans détour : Québec avait sa fenêtre au moment de l’expansion de Vegas. Cette occasion ne s’est jamais représentée.

Le contexte économique explique aussi pourquoi.

Rogers a signé un contrat national de 11 milliards de dollars avec la LNH.

Les revenus télé explosent.

Les plafonds salariaux augmentent.

Les investisseurs institutionnels voient désormais une équipe de la LNH comme un actif extrêmement rentable.

Les propriétaires ne vendent presque plus.

Et lorsqu’une expansion devient possible, les prix atteignent des sommets historiques.

Pour Québec, le sentiment est inévitable.

La capitale possède toujours un amphithéâtre de calibre LNH.

Elle possède toujours des partisans passionnés.

Mais pendant que Houston, Austin, Atlanta et même l’Arizona reviennent dans les discussions, Québec demeure absente des conversations.

Voilà pourquoi cette annonce fait aussi mal.

Ce n’est pas seulement parce qu’une nouvelle équipe pourrait voir le jour au Texas.

C’est parce qu’elle rappelle qu’une fenêtre exceptionnelle s’est ouverte il y a près de dix ans… avant de se refermer.

Aujourd’hui, cette fenêtre vaut 3,5 milliards de dollars.

Et elle semble plus loin que jamais.

La vérité? Québec portera longtemps les cicatrices de la rupture entre Julie Snyder et Pierre Karl Péladeau.

Il existe des histoires d’amour qui se terminent dans la douleur. Et il existe aussi des séparations qui finissent par modifier le cours de l’histoire d’une ville. Pour bien des gens dans la capitale, le rêve de revoir les Nordiques a commencé à s’effondrer le jour où le couple formé par Julie Snyder et Pierre Karl Péladeau a éclaté.

Avec le recul, plusieurs considèrent que ce divorce a eu des répercussions qui dépassaient largement leur vie personnelle.

Julie Snyder incarnait la passion derrière le retour des Nordiques. Elle croyait profondément à ce projet, le défendait publiquement et contribuait à maintenir la pression afin que le dossier demeure vivant.

À cette époque, Québec baignait toujours dans la nostalgie des grandes années des Nordiques. Julie Snyder voyait dans la construction du Centre Vidéotron une occasion unique de ramener la LNH dans la capitale. Québecor multipliait les investissements, TVA Sports venait de naître et Régis Labeaume faisait du retour des Nordiques l’un de ses grands objectifs.

La série Montréal-Québec présentée pendant le lock-out avait d’ailleurs nourri cette ferveur populaire. Les cotes d’écoute étaient exceptionnelles et toute la province se prenait à rêver.

Jeff Fillion a d’ailleurs raconté qu’au cours d’une discussion avec Régis Labeaume, ce dernier aurait résumé la situation en une phrase restée célèbre : « Les Nordiques, c’était la bébelle à Julie. »

Elle était celle qui entretenait les discussions, alimentait l’enthousiasme, mobilisait les décideurs et gardait vivant le rêve du retour de la LNH.

Lorsque le couple s’est séparé, plusieurs ont eu l’impression que cette énergie s’était dissipée.

Les priorités de Pierre Karl Péladeau ont aussitôt changé. Ses activités se sont concentrées sur la politique, les télécommunications et Québecor, pendant que le dossier des Nordiques était éliminé, par vengeance contre son ex-femme.

Pendant longtemps, plusieurs amateurs ont reproché à Gary Bettman d’avoir fermé la porte à Québec.

Mais c'est Péladeau qui a fermé les lumières du projet.

Après leur séparation, leur conflit s’est transporté sur plusieurs fronts.

Les procédures judiciaires, les poursuites, les tensions publiques et les épisodes très médiatisés ont progressivement remplacé l’image du couple qui rêvait de ramener les Nordiques.

Le projet s’est retrouvé enseveli sous ces affrontements.

L’homme d’affaires Luc Poirier est ensuite devenu l’un des rares entrepreneurs à parler ouvertement d’un éventuel retour de la LNH dans la capitale.

Il a déjà indiqué qu’il avait été prêt à investir des centaines de millions de dollars afin d’amener une équipe à Québec.

Il a toutefois également expliqué qu’il est extrêmement difficile de concrétiser un tel projet sans contrôler l’amphithéâtre.

Or, le Centre Vidéotron demeure entre les mains de Québecor.

Tant que cette réalité ne change pas, plusieurs croient qu’il sera pratiquement impossible de relancer sérieusement le dossier.

Luc Poirier a lui-même laissé entendre que faire affaire avec Pierre Karl Péladeau n’était pas une démarche simple.

Résultat : chacun demeure sur sa position.

Julie Snyder poursuit aujourd’hui sa carrière de son côté.

Luc Poirier continue d’entretenir l’espoir.

Pierre Karl Péladeau conserve le contrôle de l’amphithéâtre.

Les Nordiques sont morts à jamais.

Péladeau a perdu... 3 milliards de dollars...