Deux héros accueillis sous les ovations du Centre Bell.
Deux joueurs de talent arrivés à Montréal avec l’espoir de relancer une histoire qui ne demandait qu’à exploser.
Deux passages marqués par des difficultés personnelles et des absences qui ont complètement changé leur carrière.
Puis un numéro.
Le 92.

Difficile de ne pas sourire devant une pareille coïncidence, mais l’histoire de Jonathan Drouin et celle de Patrik Laine possèdent assez de ressemblances pour donner des frissons aux plus superstitieux des partisans du Canadien.
Drouin débarque à Montréal à l’été 2017 dans une ambiance qu’on a rarement vue pour une acquisition du CH.
Marc Bergevin vient de sacrifier Mikhail Sergachev pour ramener au Québec le troisième choix au total du repêchage de 2013.
Le petit gars de Sainte-Agathe arrive avec une réputation immense, bâtie dans le junior et confirmée par certains moments électrisants avec le Lightning de Tampa Bay.
Montréal tombe immédiatement en amour.
Les partisans voient déjà le Québécois devenir une vedette offensive dans l’uniforme bleu-blanc-rouge.
Drouin reçoit toute l’affection du marché, mais également toutes ses attentes. Son talent n’a jamais été remis en question.
Le reste de l’histoire, malheureusement, prendra une direction beaucoup plus difficile.
Après des saisons de 46 et 53 points, son passage avec le Canadien commence à dérailler.
Les blessures compliquent son parcours et, au printemps 2021, Drouin quitte l’entourage de l’équipe pour prendre soin de sa santé mentale.
Il expliquera plus tard avoir vécu avec de l’anxiété et de l’insomnie, une période profondément difficile qui dépassait largement le hockey.
Le rêve montréalais ne s’est jamais réellement remis sur les rails.
Quelques années plus tard, Patrik Laine entre au Centre Bell avec le même numéro dans le dos… et une ovation qui rappelle étrangement celle réservée à Drouin.
Le Finlandais n’est pourtant pas Québécois.
Son lien avec Montréal n’existe pratiquement pas avant son acquisition.
Les partisans connaissent toutefois son histoire, son talent et ses difficultés.
Deuxième choix au total en 2016, auteur de 44 buts à seulement 19 ans, Laine possède ce genre de lancer qui permet de rêver très vite.
Son arrivée devient une fête.
La vidéo de sa présentation au Centre Bell fait le tour des réseaux sociaux.
Laine sourit. La foule rugit.
Après des années compliquées à Columbus et un passage par le programme d’aide aux joueurs de la LNH et de l’AJLNH, Montréal veut croire qu’elle sera l’endroit où le Finlandais retrouvera le plaisir de jouer.
Encore une fois, le scénario rêvé ne survivra pas.
Laine marque 20 buts en 52 matchs lors de sa première saison avec le Canadien, mais les blessures reviennent constamment dans la discussion.
La campagne suivante tourne au désastre avec seulement cinq rencontres disputées, aucun but et une mention d’aide.
Son passage à Montréal se termine avec une impression d’inachevé qui ressemble étrangement à celle laissée par Drouin.
Les histoires personnelles des deux hommes ne sont évidemment pas identiques et personne ne devrait prétendre connaître la nature exacte de ce que Laine a traversé.
La santé mentale demeure d’ailleurs le parallèle le plus délicat entre les deux hommes.
Jonathan Drouin a parlé ouvertement de l’anxiété et de l’insomnie qui l’ont poussé à s’éloigner du hockey en 2021, tandis que Patrik Laine est lui aussi passé par le programme d’aide aux joueurs de la LNH et de l’AJLNH quelques années plus tard.
Les raisons, les parcours et les souffrances ne peuvent évidemment pas être placés dans le même panier, mais Montréal aura vu deux attaquants immensément talentueux porter le 92 au moment où leur carrière était fragilisée par des enjeux dépassant largement une feuille de statistiques.
Une coïncidence qui devient difficile à ignorer lorsqu’on raconte l’histoire de ce fameux numéro.
Avant eux, un seul autre joueur avait porté ce numéro dans un match de saison régulière avec le Canadien : Steve Ott.
Disons simplement que la comparaison s’arrête assez rapidement.
Ott est arrivé à Montréal en fin de carrière en 2017 et a disputé 11 matchs de saison régulière avec le CH.
Aucun but, une passe et 17 minutes de punition.
L’agitateur n’était certainement pas venu au Québec pour devenir le prochain Guy Lafleur. Son rôle consistait surtout à déranger, frapper et rendre les soirées désagréables aux adversaires.
Même lui n’aura pas gardé le 92 très longtemps.
Voilà donc Kent Hughes averti.
Le Canadien a retiré plusieurs numéros au fil de sa glorieuse histoire pour honorer ses plus grandes légendes.
Le 92, lui, pourrait presque mériter le traitement inverse.
Pas de bannière au plafond du Centre Bell… simplement un petit cadenas dans le vestiaire pour éviter qu’un autre attaquant talentueux décide de tenter sa chance.
Jonathan Drouin était censé devenir une vedette à Montréal. Patrik Laine devait y relancer sa carrière.
Les deux ont été accueillis comme des héros, les deux possédaient un talent offensif reconnu partout dans la LNH et les deux ont vécu des passages beaucoup plus difficiles que prévu sous le regard constant du marché montréalais.
Le prochain joueur qui demandera le 92 au Canadien devrait peut-être recevoir une petite visite de Kent Hughes avant même que son chandail soit imprimé.
À Montréal, certaines histoires finissent par devenir des légendes.
Celle du 92 commence plutôt à ressembler à une malédiction.
Misère…
