Perte de patience: Kent Hughes répond à ses détracteurs

Perte de patience: Kent Hughes répond à ses détracteurs

David Garel
Le 2026-07-02

Kent Hughes répond enfin à ses détracteurs. Mais derrière son discours rassurant, une question commence sérieusement à faire jaser : est-il en train de s’enfermer lui-même dans un coin?

Pendant que la LNH explosait de tous les côtés le 1er juillet, que les millions pleuvaient et que les équipes de l’Association de l’Est amélioraient leur formation à coups de signatures et de transactions, le Canadien de Montréal est demeuré immobile.

À l’exception du coup de maître qu’a représenté la prolongation de contrat d’Ivan Demidov, Kent Hughes n’a rien ajouté de majeur à son alignement.

Les critiques se sont immédiatement multipliées.

Et cette fois, le directeur général n’a pas passé par quatre chemins pour répondre.

Le message était clair.

Le Canadien ne bougera pas simplement pour calmer les réseaux sociaux ou donner l’impression qu’il agit.

« Nous ne prendrons pas des décisions stupides qui pourraient apaiser la passion de nos partisans à court terme pour qu’ils nous demandent, un an plus tard, dans quoi on les a embarqués. »

Une réplique cinglante à tous ceux qui réclament une grosse transaction ou une grosse signature depuis des semaines.

Il y avait aussi quelque chose de différent dans le ton de Kent Hughes. Habituellement imperturbable devant les médias, le directeur général du Canadien a laissé paraître une perte de patience face aux critiques répétées entourant son inaction.

Il en a assez qu’on mesure son travail uniquement au nombre de signatures ou de transactions. Pour une des premières fois depuis son arrivée à Montréal, on a senti un Kent Hughes un peu plus piqué au vif, déterminé à défendre publiquement sa vision et sa façon de bâtir une équipe aspirante à la Coupe Stanley.

Kent Hughes est critiqué de partout.

Mais il refuse de sacrifier son plan simplement parce que le marché est en ébullition.

Il est convaincu qu’un mauvais contrat peut faire beaucoup plus de dommages qu’une journée des agents libres tranquille.

Le problème?

Pendant que Montréal demeure patient, les autres avancent.

Les Panthers continuent d’empiler les gros noms.

Le Lightning vient d’ajouter John Carlson à une brigade défensive déjà redoutable.

Les Maple Leafs ont complètement transformé leur équipe depuis l’arrivée de John Chayka avec, entre autres, Sergei Bobrovsky, Darren Raddysh, Emil Andrae, Gavin McKenna, Colton Sissons, Jack Roslovic et Teddy Blueger.

La division Atlantique n’attend personne.

Et c’est exactement ce qui inquiète plusieurs partisans.

Le Canadien possède aujourd’hui un noyau jeune exceptionnel.

Mais un noyau prometteur ne garantit absolument rien.

Encore faut-il réussir à bâtir la bonne équipe autour de lui.

Mais Hughes refuse toujours de casser sa structure salariale.

Selon lui, il serait incohérent d’aller offrir un contrat complètement démesuré à un joueur de l’extérieur alors que ses propres vedettes ont accepté de laisser de l’argent sur la table.

« Nous ne prendrons pas des décisions stupides qui pourraient apaiser la passion de nos partisans à court terme pour qu’ils nous demandent, un an plus tard, dans quoi on les a embarqués ».

Parions que justement, ses vedettes voudraient avoir de l'aide à l'attaque et sur le côté droit de la défense, peu importe le salaire consenti.

On comprend que le message envoyé au vestiaire est simple.

Tout le monde doit embarquer dans le même projet.

Tout le monde doit faire certains sacrifices.

Et cette philosophie vient justement d’être récompensée par Ivan Demidov, qui aurait pu profiter de l’explosion du plafond salarial.

Au lieu de ça, il a accepté un contrat de huit ans d’une valeur annuelle de 9,15 millions de dollars, une véritable aubaine.

Quand on voit certains contrats distribués depuis quelques jours, il devient presque impossible de croire qu’un joueur du talent de Demidov coûtera moins de 10 millions par saison pendant huit ans.

Voilà pourquoi plusieurs considèrent déjà cette signature comme la plus importante de toute la journée des agents libres.

Mais cette signature crée aussi une immense responsabilité.

Kent Hughes ne peut plus utiliser l’excuse du plafond salarial.

Il dispose d’une marge de manœuvre exceptionnelle.

Son noyau est signé à des prix extrêmement compétitifs.

Ses jeunes vedettes lui ont permis de conserver une flexibilité financière que plusieurs organisations lui envient.

La balle est maintenant dans son camp.

C’est à lui de transformer cette flexibilité en équipe aspirante à la Coupe Stanley.

Mais... il ne fait rien...

Il a répété que son objectif était d’offrir à ses jeunes joueurs la meilleure chance possible de gagner.

Pas seulement cette saison.

Pendant plusieurs années.

Voilà pourquoi il refuse de céder à la panique.

Il préfère attendre le bon joueur que signer le mauvais.

Sur papier, le raisonnement est logique.

Mais la réalité de la LNH est parfois beaucoup plus cruelle.

Les occasions de mettre la main sur un véritable joueur d’impact ne se présentent pas tous les jours.

Et surtout, les prix ne redeviendront pas raisonnables dans un an. Ça va continuer d'exploser.

Kent Hughes est en train de négocier comme si le plafond salarial était celui d’il y a trois ans?

Montréal continue de vouloir convaincre les joueurs avec une ancienne réalité financière.

Cette stratégie a fonctionné avec ses propres joueurs.

Elle fonctionne parce que Suzuki, Caufield, Slafkovský, Hutson et Demidov croient profondément au projet du Canadien.

Mais fonctionnera-t-elle avec les joueurs provenant des autres organisations?

Impossible.

Un vétéran établi n’a pas envie de faire un rabais.

Il regardera simplement ailleurs.

Et c’est exactement ce qui est arrivé à plusieurs dossiers cet été.

Le danger n’est donc pas seulement de manquer un joueur.

Le danger est de voir le Canadien devenir spectateur pendant que tous ses rivaux continuent de se renforcer.

Cela dit, Hughes a aussi rappelé une chose importante.

Le marché n’est pas terminé.

Les directeurs généraux continuent de discuter.

Les téléphones continuent de sonner.

Les transactions importantes surviennent maintenant tout au long de l’été.

Le DG du Canadien demeure convaincu que le bon moment finira par arriver.

Il ne sait simplement pas quand.

C’est maintenant le pari de toute une organisation.

Si Kent Hughes finit par trouver le joueur capable de compléter son noyau sans compromettre l’avenir, tout le monde applaudira sa patience.

Mais si, encore une fois, les Panthers, le Lightning et les Maple Leafs prennent un pas d’avance pendant que Montréal attend le scénario parfait, les critiques risquent de devenir beaucoup plus difficiles à faire taire.

À notre tour d'envoyer un message au DG.

Avec la signature historique d’Ivan Demidov, les excuses viennent de disparaître.

Les jeunes vedettes du Canadien ont accepté de croire au projet.

À Kent Hughes, maintenant, de leur rendre la pareille.