Pitié pour le frère de Nick Suzuki: il perd un oeil et Montréal l'attend

Pitié pour le frère de Nick Suzuki: il perd un oeil et Montréal l'attend

David Garel
Le 2026-06-09

Le nom de Ryan Suzuki circule maintenant autour des Canadiens de Montréal.

Hum. Si on est honnête et sans pitié, c’est le genre de dossier qui fait davantage appel à l’émotion qu’à la logique hockey.

Mais justement, le Québec a pitié du frère de Nick Suùuki.

L’idée est simple. Ryan Suzuki sera joueur autonome et certains commencent à croire que le Canadien pourrait lui tendre la main.

Au pire pour le Rocket de Laval. Au mieux pour jouer au "flop" qui fait la navette entre Montréal et le 450.

L’argument est facile à comprendre : il est le frère du capitaine des Canadiens de Montréal, et plusieurs estiment qu’il serait intéressant de réunir les deux frères au sein de la même organisation.

C’est d’ailleurs ce qui alimente la discussion depuis quelques jours. Certains y voient une façon de faire plaisir à Nick Suzuki, qui est devenu le visage de la concession. D’autres croient qu’après tout ce que Ryan a traversé, il mériterait peut-être une nouvelle chance dans un environnement différent.

Parce que ce qu’il a vécu est loin d’être banal.

En 2019, alors qu’il évoluait dans la Ligue de l’Ontario, sa carrière a basculé lorsqu’un bâton adverse l’a atteint directement à l’œil. Les conséquences ont été dramatiques et permanentes.

Ryan Suzuki avait lui-même raconté l’ampleur du cauchemar.

“Ma vie a changé à tout jamais.”

“Je dois maintenant vivre avec un angle mort dans mon œil lorsque je regarde devant moi.”

“Les dommages à ma rétine sont permanents. Ils ne pourront jamais être réparés.”

"J'ai dû dormir assis pendant des semaines parce les médecins ne voulaient pas que le sang s'accumule dans mon oeil et empire la situation."

"Je dois maintenant jouer de façon différente. Avec un handicap pour la vie".

Ouch.

Et quand il réalise qu'il a trop parlé et qu'on pourrait penser qu'il est trop risque de signer un joueur à un oeil, il ajoute:

"Au moins, ma vision périphérique est inacte".

Ce n’est pas seulement l’histoire d’un espoir qui n’a pas atteint son plein potentiel.

C’est l’histoire d’un jeune joueur dont la carrière a été bouleversée par un accident absolument terrible.

Depuis ce moment, les blessures se sont multipliées. Une saison de 26 matchs. Une autre de 34. Une autre de 50. Des absences répétées. Des reculs constants dans son développement.

Malgré tout, il n’a jamais abandonné.

Cette saison, il a retrouvé une certaine stabilité avec les Wolves de Chicago. Il a amassé 48 points en 66 matchs et il connaît de très bonnes séries éliminatoires dans la Ligue américaine. (13 points en 16 matchs)

C’est ce qui explique pourquoi son nom revient soudainement dans les discussions.

Mais il faut quand même séparer l’émotion de la réalité.

Car lorsqu’on regarde froidement son parcours, Ryan Suzuki demeure un joueur qui n’a disputé que deux matchs dans la Ligue nationale à l’âge de 25 ans.

Pendant ce temps, il a passé plus de 300 rencontres dans la Ligue américaine.

Ce n’est pas un jeune espoir en pleine ascension.

Ce n’est pas un futur centre de deuxième trio.

Ce n’est même pas un joueur de 4e trio ou un réserviste établi dans la Ligue nationale.

Signer Ryan Suzuki pour le Rocket de Laval? Pourquoi pas.

Lui donner une occasion de relancer sa carrière dans la même organisation que son frère? C’est une discussion raisonnable.

Mais présenter cette acquisition comme une solution pour les Canadiens de Montréal devient beaucoup plus difficile à défendre.

Au fond, tout le dossier repose sur une question assez simple.

Est-ce qu’on veut Ryan Suzuki parce qu’il est réellement la meilleure option disponible?

Ou est-ce qu’on veut Ryan Suzuki parce qu’il s’appelle Suzuki?

Ou parce qu'on a pitié de sa carrière?

Si son nom de famille était différent, on ne parlerait pas de lui aujourd’hui.

La réalité est parfois cruelle.

Nick Suzuki est devenu l’un des meilleurs capitaines de la Ligue nationale.

Ryan Suzuki, lui, tente encore de trouver sa place dans le hockey professionnel après avoir vu sa carrière dérailler à la suite d’un accident qui a changé sa vie.

C’est une histoire humaine touchante.

Mais les Canadiens de Montréal devront décider si c’est aussi une histoire hockey qui mérite réellement un nouveau chapitre.

Car la pitié ne mène à rien dans le sport professionnel.