Propos insensés de Jakub Dobeš: Chantal Machabée coupe l'entrevue

Propos insensés de Jakub Dobeš: Chantal Machabée coupe l'entrevue

Par Nicolas Pérusse le 2026-01-13

Il y a des soirs où une organisation montre son vrai visage.

Et lundi soir, le Canadien de Montréal a montré une faille grave : il a laissé un jeune gardien vulnérable, frustré et clairement au bout du rouleau, affronter les médias dans un état émotionnel qui relevait davantage de l’abandon que de la gestion humaine.

Jakub Dobeš n’aurait jamais dû se retrouver là, seul, sans encadrement, à répondre à des questions qu’il n’était manifestement plus capable de supporter. Et le résultat a été aussi explosif que malaisant.

Dès les premiers mots, on a senti qu’il accumulait depuis longtemps. Il a dit, sans détour, qu'il trouverait ridicule d'être rétrogradé dans la ligue américaine :

« Si tu gagnes des matchs et c’est dur de me battre… Des gens peuvent penser que c’est mieux de m’envoyer avec le club-école, mais si je gagne des matchs… Tu peux regarder mes statistiques, ce que je ne fais pas, mais je trouve que j’ai une très bonne saison ».

« Si j’étais cédé, je ne comprendrais pas. Je ne prends pas ces décisions. J’ai prouvé que j’appartiens à la LNH. Si je continue de gagner, je serai ok. »

« J’ai gagné il y a deux semaines et je n’ai pas joué. Là, je gagne encore. Je ne sais vraiment pas. Je n’ai aucune réponse parce que je ne sais rien de ce qui se passe. »

Cette phrase, sortie d’un joueur encore essoufflé par l’effort, sonnait comme une gifle à l’organisation. Voilà pourquoi Chantal Machabée est arrivée en sauveuses pour couper l'entrevue.

Un gardien qui dit : je ne sais rien.

Un gardien qui dit : personne ne me parle.

Un gardien qui avoue : on ne m’explique absolument rien.

Puis est venue la bombe la plus surréaliste de la soirée. Quand un journaliste lui a demandé s’il avait discuté avec la direction, Dobeš a lâché, avec une amertume froide :

« Non. Je n’ai jamais parlé au management. Et aujourd’hui… aujourd’hui, j’ai parlé à Marty pour la première fois de ma vie. »

La première fois de sa vie.

Après des mois dans l’organisation.

Après un ménage à trois qui l’a épuisé.

Après des semaines sans jouer.

Comment peut-on laisser un jeune gardien de 24 ans révéler ça devant 30 caméras, sans supervision, alors que le club essaie désespérément de projeter l’image d’une équipe unie?

Mais Dobeš n’avait pas fini de vider son sac.

À un moment donné, avec une tristesse perceptible dans la voix, il a ajouté :

« Je ne comprends rien à ce qui se passe. J’aimerais pouvoir vous le dire, mais je ne comprends rien. Tout ce que j’ai, ce sont mes coéquipiers et mes fans. C’est tout ce que j’ai dans la vie. »

Et finalement, il a laissé tomber la phrase qui a confirmé qu’il se savait potentiellement sacrifié :

« En troisième période, je me suis dit : si c’est la fin pour moi, je vais tout donner et passer à autre chose. J’ai tout laissé sur la table. »

À cet instant précis, on a compris que la situation avait complètement dérapé.

Le malaise était total.

Les journalistes échangeaient des regards.

La salle devenait plus silencieuse à chaque phrase.

Et c’est là que Chantal Machabée a senti l’odeur de brûlé. Comme une mère qui protège un enfant en train de se mettre en danger, elle a brusquement coupé court à l’entrevue, remerciant tout le monde avant que Dobeš ne révèle encore plus d’éléments internes. Car oui, il allait en dire davantage. On le voyait dans ses yeux. La sol venait de céder sous ses pieds.

Ce moment rappelle d’ailleurs un précédent : lorsque Dobeš, plus tôt cette saison, avait éclaté en larmes après une défaite, incapable de gérer la tempête émotionnelle qui accompagnait ce fameux ménage à trois.

Cette fois, ce n’était plus des larmes, mais une colère froide, une lassitude, une incompréhension totale. Et surtout, une accusation envers ceux qui l’encadrent… ou plutôt qui ne l’encadrent pas.

Le Canadien a commis un grave manquement lundi soir : on ne laisse pas un joueur dans cet état devant les médias sans protection.

Surtout pas un gardien qui traverse une situation politique aussi tendue.

Surtout pas un jeune homme qui vient d’admettre qu’il ne parle ni au DG, ni au coach, et qu’il ne comprend absolument rien à son avenir.

Ce qui rend le tout encore plus irresponsable, c’est que la question fatale, « Comprendrais-tu d’être envoyé à Laval? », était évidemment prévisible.

Une question explosive et dangereuse.

Et le CH a laissé Dobeš y aller pareil.

Seul. À découvert.

Les propos étaient tellement explosifs que, quelques minutes plus tard, Martin St-Louis lui-même a dû jouer au pompier, en affirmant que « ce n’était pas une bonne question ».

Mais le mal était déjà fait. Le malaise ne venait pas de la question. Il venait de ce que Dobeš avait révélé, et surtout du fait que l’organisation n’avait rien prévu pour éviter cette scène.

Ce soir-là, Jakub Dobeš n’a pas simplement parlé. Il nous a confirmé que le lien entre lui et l'organisation était brisé.

Et le Canadien, qui tente de projeter un visage stable, a tout à coup semblé désorganisé, incohérent et incapable de gérer une situation humaine fondamentale.

Dans le fond, cette sortie n’était pas celle d’un gardien frustré : c’était le cri d’un joueur qui se sent abandonné.