Revanche à Montréal: Jeff Gorton assomme son ennemi

Revanche à Montréal: Jeff Gorton assomme son ennemi

Par David Garel le 2026-01-14

À Montréal, Jeff Gorton peut savourer sa revanche.

Le président du CH a nourri cinq années de frustration, d’humiliation publique et de trahison personnelle. La scène qui se déroule actuellement à New York est tellement catastrophique qu'on se dit que le karma a puni le DG Chris Drury... pour avoir planté un couteau dans le dos de Gorton.

Parce que tout ce qui arrive aux Rangers de New York aujourd’hui trouve sa racine en mai 2021. Le congédiement de Jeff Gorton, aussi brutal qu’injustifiable sportivement, avait choqué la LNH.

L’équipe était jeune, talentueuse, en pleine ascension. La reconstruction était pratiquement terminée. La vieille garde avait été sacrifiée intelligemment, transformée en choix et en espoirs. Artemi Panarin, Adam Fox, Igor Shesterkin, K’Andre Miller, Mike Zibanejad : le noyau était en place, même si on s'est trompé au repêchage avec Alexis Lafrenière, Kaapo Kakko et Vitali Kravtsov.

Gorton n’a jamais été congédié pour son travail. Il a été sacrifié politiquement car son adjoint Drury l'a trahi.

Selon plusieurs informations qui ont circulé à l’époque dans les cercles médiatiques et exécutifs de la LNH, Drury aurait rencontré le propriétaire James Dolan en coulisses, plaidant pour une approche plus dure, plus autoritaire, plus axée sur la “culture” et la “robustesse”.

Il s'est positionné comme l’alternative à Gorton, au moment précis où Dolan cherchait un coupable.

Une trahison pure et simple. Et depuis ce jour-là, la relation entre les deux hommes est morte, enterrée, irrécupérable.

Le plus fou dans tout ça: Drury a hérité d’une équipe déjà construite par Gorton. Et avec cette équipe-là, les Rangers ont atteint le carré d’as en 2022 et en 2024. Mais dès que Drury a commencé à laisser sa véritable empreinte, tout s’est effondré. Lentement d’abord. Puis violemment.

Aujourd’hui, New York est dans la merde. Pas une petite passe difficile. Une vraie descente aux enfers. Après la dégelée de 8-4 contre les Sénateurs à la maison, les Rangers sont derniers dans l’Association de l’Est.

8 points à combler, 7 équipes à dépasser, une seule victoire à leurs neuf derniers matchs.

27 accordés en 4 rencontres. Une foule en colère, humiliée, qui a scandé sans détour au Madison Square Garden : « Fire Drury ». Ce n’est plus une critique médiatique. C’est un rejet populaire.

Et comment en est-on arrivé là? Par une série de décisions catastrophiques, déconnectées, autoritaires. Drury a mal géré ses vétérans. Barclay Goodrow, Jacob Trouba, Chris Kreider : tous sont partis dans un climat toxique, pour des retours dérisoires.

Kaapo Kakko, abandonné, échangé pour un défenseur marginal (Will Borgen), s’épanouit maintenant ailleurs. Filip Chytil et un choix de premier tour sacrifiés pour J.T. Miller, 33 ans, 8 millions par année jusqu’en 2029, 24 points en 38 matchs. Une bombe à retardement.

Puis est venu l’été dernier. L’échange de K’Andre Miller, 25 ans, pour faire de la place à Vladislav Gavrikov, 30 ans, à qui Drury a offert sept ans à 7 millions par saison.

Une décision à court terme, lourde, rigide, qui a vidé la ligne bleue de toute créativité derrière Adam Fox. Aujourd’hui, Fox est blessé. Shesterkin aussi. Et sans eux, tout s’écroule.

À l’attaque, le portrait est tout aussi sombre. Panarin aura 35 ans à l’automne et deviendra libre comme l’air. Zibanejad, Trocheck, Miller : tous vieillissent, tous sont chers, tous sont protégés par des clauses de non-mouvement.

Alexis Lafrenière, sixième saison, toujours pas débloqué. Gabriel Perreault? Un seul véritable espoir de premier plan. Un. Et c’est tout.

La soirée de mercredi a été le point de non-retour. Défaite de 8-4 contre Ottawa. Quatre buts concédés en première période. Jonathan Quick chassé après six buts sur 17 tirs lors de son 800e départ en carrière. Des huées. Des chants.

Une organisation à genoux. Même le nouvel entraîneur Mike Sullivan n’y peut rien. Le vestiaire est brisé. Les décisions de Drury sont contestées. Son leadership est rejeté. Et à New York, quand la foule tourne le dos à un dirigeant, l’issue est presque toujours la même.

Oui, Chris Drury va être congédié. Ce n’est plus une hypothèse. C’est une trajectoire.

Et pendant ce temps-là, Jeff Gorton regarde tout ça de Montréal, installé solidement dans son rôle de président des opérations hockey du Canadiens de Montréal, l'équipe de l'heure dans la LNH.

Lui qui a bâti cette équipe new-yorkaise sans jamais pouvoir en récolter les fruits. Lui qui a été jeté sous l’autobus par un collègue en qui il avait confiance. Lui qui, aujourd’hui, voit celui qui l’a poignardé sombrer publiquement, méthodiquement, irréversiblement.

C’est une revanche sans mot, sans déclaration, sans triomphalisme. La plus cruelle de toutes. Celle où le temps fait le travail. Celle où les faits parlent. Celle où l’histoire remet chacun à sa place.

Le karma existe.

Jeff Gorton vient d'assommer son ennemi...