Jeff Gorton a peut-être voulu calmer le jeu avant le repêchage. Pourtant, entre les lignes, son message raconte exactement l’inverse. Pour moi, cette sortie publique ressemble surtout à une organisation qui tente de garder toutes les portes ouvertes parce qu’elle réalise que son plan A est en train de partir en fumée.
Depuis plusieurs semaines, le Canadien poursuit pratiquement tous les gros centres disponibles sur le marché. Robert Thomas n’est jamais devenu disponible. Nico Hischier devrait finalement poursuivre sa carrière au New Jersey. Dylan Larkin ne semble toujours pas emballé à l’idée de venir jouer à Montréal. Mason McTavish a trop de drapeaux rouges, Anaheim continue de réclamer une fortune et la compétition est féroce.
Pendant ce temps, les équipes de l'est multiplient les offensives pendant que le Canadien regarde le marché exploser.
Jeff Gorton a beau répéter que l’organisation ne veut pas réagir sous la pression, ses propres commentaires démontrent qu’à l’interne, toutes les possibilités sont maintenant envisagées. Lorsqu’on lui a demandé si Michael Hage retournerait au Michigan, sa réponse était loin d’être catégorique.
Plus encore, il a annoncé l'impossible: Hage pourrait être au camp d'entrainement en septembre prochain... en tant que 2e centre...
« Nous avons beaucoup parlé avec Michael. Il nous a dit qu’il aimerait retourner à l’université et, jusqu’à maintenant, nous avons respecté cette décision. Mais nous lui avons aussi demandé de prendre son temps. L’été est encore long. Beaucoup de choses peuvent arriver. »
« Beaucoup de choses peuvent arriver. »
Pourquoi laisser cette porte ouverte si le plan est déjà établi? Pourquoi inviter publiquement Michael Hage à réfléchir de nouveau si tout est réglé depuis des semaines?
La réponse paraît évidente. Le Canadien ne sait toujours pas qui sera son deuxième centre lorsque la prochaine saison débutera.
Gorton est même allé encore plus loin.
« Peut-être que nous allons ajouter des joueurs. Peut-être que nous n’en ajouterons pas. Peut-être qu’il arrivera quelque chose qui vous fera changer d’idée. Peut-être qu’il arrivera quelque chose à Michigan qui vous fera changer d’idée. Nous avons donc laissé cette porte ouverte. Nous allons continuer de parler avec Michael. »
Le président des Canadiens demande directement à son meilleur espoir de ne fermer aucune porte.
Si Kent Hughes réussit finalement à mettre la main sur un véritable deuxième centre, Michael Hage pourra probablement poursuivre tranquillement son développement universitaire.
Mais si toutes les portes continuent de se fermer une à une sur le marché des transactions, Montréal pourrait soudainement avoir besoin de lui beaucoup plus rapidement que prévu.
La phrase suivante confirme d’ailleurs que rien n’est décidé.
« Nous allons respecter son opinion. S’il décide de changer d’idée, nous serons ouverts à cette discussion. Et s’il décide de rester à Michigan, nous allons également le soutenir. »
Ce n’est plus un plan arrêté.
C’est un plan de secours.
Depuis quelques jours, le Canadien voit les transactions s’enchaîner partout dans la LNH. Les prix montent. Les vendeurs contrôlent complètement le marché. Jeff Gorton lui-même l’a reconnu.
« Il y a beaucoup plus d’acheteurs que de vendeurs. Le marché est très intense. Nous faisons nos appels et nous analysons énormément de scénarios. Nous verrons ce qui arrivera. »
Voilà la réalité actuelle.
Le Canadien téléphone partout, explore tous les dossiers, cherche encore.
Et surtout, le Canadien n’a toujours pas trouvé.
Bien sûr, Gorton affirme publiquement qu’il ne ressent aucune pression.
« Ce n’est pas une bonne stratégie de simplement réagir parce que les autres équipes bougent. Nous allons continuer de prendre des décisions calculées, comme nous l’avons toujours fait. Oui, nous voulons améliorer notre équipe. Oui, nous analysons plusieurs dossiers. Mais nous ne ressentons aucune pression de faire quelque chose qui ne correspond pas à notre plan. »
C’est exactement ce qu’un dirigeant doit dire devant les médias.
Mais les gestes racontent parfois une autre histoire.
Lorsque ton meilleur espoir hésite entre la NCAA et la LNH, tu ne lui demandes pas de reconsidérer sa décision si tu es convaincu d’avoir réglé ton problème au centre.
Tu le fais uniquement parce que tu veux conserver une solution de rechange parce que tu te fais brûler sur le marché des transactions.
Et c’est précisément ce que Gorton vient de faire.
Il a laissé la porte grande ouverte.
L’autre passage qui enflamme le Québec concerne la banque d’espoirs du Canadien.
« Selon les conversations que nous avons avec les autres équipes, nous savons qu’elles considèrent que nous possédons beaucoup de bons jeunes joueurs. Notre téléphone sonne, et c’est toujours une bonne chose. »
Cette déclaration confirme qu'autant du côté des espoirs (Alexander Zharovsky, Bryce Pickford, Alexander Zharovsky) et des joueurs établis (Kaiden Guhle, Kirby Dach, Oliver Kapanen, Kirby Dach, Alex Newhook) sont au cœur de nombreuses discussions partout dans la LNH. Les autres directeurs généraux appellent Montréal parce qu’ils savent que le Canadien possède des actifs recherchés.
Mais malgré tous ces appels, malgré toutes ces discussions, malgré un marché qui bouge à une vitesse folle, Kent Hughes n’a toujours pas trouvé son fameux deuxième centre.
Gorton a conclu avec une phrase qui résume parfaitement la situation.
« J’ai le sentiment que le marché peut nous offrir ce que nous recherchons. Il existe des opportunités. Nous verrons simplement si la chimie sera au rendez-vous entre les équipes pour conclure une transaction. »
Cette phrase respire l’incertitude.
Il y a des opportunités.
Il y a des discussions.
Mais il n’y a toujours pas d’entente.
Voilà pourquoi cette sortie de Jeff Gorton est beaucoup plus importante qu’elle n’en a l’air. Derrière les formules prudentes et les réponses diplomatiques, le président des opérations hockey vient essentiellement de confirmer que le Canadien prépare déjà son plan B.
Si Kent Hughes revient bredouille de ce marché des transactions complètement déchaîné, Michael Hage pourrait finalement devenir une option beaucoup plus sérieuse que prévu pour amorcer la saison à Montréal.
Il y a quelques semaines encore, son retour au Michigan semblait pratiquement acquis.
Aujourd’hui, Jeff Gorton lui-même vient de reconnaître publiquement que tout peut encore changer.
Et dans les circonstances actuelles, ce revirement en dit probablement beaucoup plus sur les inquiétudes du Canadien que sur celles de Michael Hage.
