Pauvre Éric Raymond.
Il reçoit des tomates en pleine figure.
Pendant que Jakub Dobeš est en train de s’imposer comme un gardien dominant, structuré, en contrôle, un autre nom disparaît tranquillement du portrait : Éric Raymond. Et plus les performances de Dobeš s’accumulent depuis le 28 janvier, plus la réalité devient impossible à ignorer.
Depuis le 28 janvier, date de la promotion de Marco Marciano, seulement 5 gardiens font mieux que Jakub Dobes en termes de buts sauvés.
— Nicolas Cloutier (@NCloutierTVA) March 28, 2026
Et sans tambour ni trompette, Dobes a dépassé Casseau jeudi soir 👇 https://t.co/I4cTlZeGt8
Avant l’arrivée de Marco Marciano, c’était la catastrophe. Dobeš était spectaculaire par moments, oui, mais constamment en déséquilibre.
Des déplacements trop larges, des glissades incontrôlées, un gardien qui sortait de son filet comme s’il cherchait la rondelle plutôt que de l’attendre.
C’est là que les critiques ont commencé à tomber. Maxime Talbot qui le ridiculise en parlant de « faire l’ange dans la neige », une image qui a collé à sa peau.
José Théodore qui doutait ouvertement de sa technique, de sa stabilité, de sa capacité à tenir le coup à long terme. Et pendant ce temps-là, Éric Raymond n’arrivait pas à corriger le problème.
C’est là que tout bascule.
Marco Marciano arrive, et en quelques semaines, tout change. Pas avec une révolution compliquée. Pas avec un discours psychologique. Avec du concret. Avec une structure claire. Il impose un cadre, littéralement.
Ce que Marco Marciano a changé chez Jakub Dobeš, ce n’est pas un détail, c’est une refonte complète de sa mécanique devant le filet, et surtout, une simplification radicale de son jeu.
Avant, Dobeš jouait en réaction. Il suivait la rondelle de façon excessive, surglissait constamment, se retrouvait hors position et devait compenser avec ses réflexes. Il était spectaculaire, mais inefficace sur la durée. Aujourd’hui, tout est inversé : il joue en contrôle.
La première correction majeure, c’est la gestion des déplacements latéraux. Avant, ses pushes étaient trop longs, trop explosifs, mal freinés. Il dépassait systématiquement son angle et ouvrait des espaces.
Marciano lui a imposé une limite claire : des déplacements plus courts, plus compacts, avec un point d’arrêt précis.
Ce fameux « carré de sable », c’est une zone de contrôle où chaque glissade doit se terminer. Résultat : Dobeš arrive sur ses angles sans se désaxer, ce qui lui permet de rester square au tireur beaucoup plus souvent.
Ensuite, il y a la gestion de la profondeur dans le filet. Avant, Dobeš avait tendance à attaquer trop loin, à sortir agressivement et à se faire battre sur des retours ou des jeux rapides latéraux.
Maintenant, il joue légèrement plus profond, mais surtout plus stable. Il ne flotte plus entre deux décisions. Il choisit sa position et il s’y tient. Ça change tout sur les séquences rapides, parce qu’il est déjà en place pour le deuxième effort.
Autre élément clé : le contrôle du bas du corps. Avant, ses jambes travaillaient en désordre, avec des ouvertures précoces du butterfly et des récupérations chaotiques.
Marciano a resserré tout ça. Les genoux descendent plus tard, les transitions sont plus propres, et surtout, les retours sur patins sont beaucoup plus rapides. Ça lui permet de rester vivant dans les séquences prolongées au lieu de se retrouver battu après un premier arrêt.
Le tracking de la rondelle a aussi été ajusté. Moins de mouvements inutiles avec la tête et le haut du corps, plus de patience. Il suit la rondelle sans la surjouer.
Ça paraît dans ses mains : moins de gestes paniqués, une mitaine plus stable, un bloqueur mieux positionné. Il donne moins de retours dangereux, parce qu’il absorbe davantage au lieu de simplement repousser.
Mais peut-être le changement le plus important, c’est la lecture du jeu. Avant, il anticipait mal les options, ce qui le mettait constamment en réaction. Aujourd’hui, il lit mieux les lignes de passe, il reconnaît plus vite les menaces, et ça lui permet d’arriver en position avant le tir, pas pendant.
Marciano n’a pas rendu Dobeš plus athlétique. Il l’a rendu plus efficace. Moins spectaculaire, mais beaucoup plus dominant. Et c’est exactement ça, la différence entre un gardien qui survit… et un gardien qui contrôle un match.
Les chiffres suivent immédiatement. Avant le 28 janvier, Dobeš était dans le bas du classement avec à peine 1,91 but sauvé au-dessus de la moyenne en plus de vingt départs.
Depuis l’arrivée de Marciano? 13,3 buts sauvés. Sixième dans toute la LNH sur cette période. Devant lui, des noms comme Ilya Sorokin, Jeremy Swayman, Logan Thompson. On ne parle plus d’un projet. On parle d’un gardien qui produit au niveau de l’élite.
Et c’est là que ça devient dur pour Éric Raymond.
Parce que ce genre de transformation aussi rapide, aussi visible, envoie un message brutal. Ça ne pardonne pas. Ça expose tout ce qui ne fonctionnait pas avant.
Son approche était davantage axée sur le mental, sur le ressenti, sur une forme de gestion plus psychologique. Mais le problème de Dobeš n’était pas là. C’était technique. Pur. Corrigible. Et ça, Raymond ne l’a jamais réglé.
Pire encore, plus les témoignages sortent, plus le portrait se précise. Une approche jugée rigide, « old school », où l’erreur était pointée du doigt plutôt que corrigée.
Des interventions dures, parfois humiliantes. Une manière de gérer qui pouvait briser plus qu’aider, surtout à une position aussi fragile mentalement que celle de gardien.
Regarde ce qui est arrivé à Samuel Montembeault. Un gardien qui, à un certain moment, donnait des performances honnêtes, mais qui a complètement perdu ses repères. Manque de confiance, hésitations, gestes techniques qui disparaissent. Ce n’est pas uniquement une question de talent. C’est aussi un environnement.
Et pendant ce temps, Dobeš, lui, vole des matchs. Il dépasse des records historiques chez les recrues. Il rejoint Carey Price dans certaines catégories. Il donne l’impression d’un gardien installé, solide, prêt pour les séries.
Il y a eu deux Dobeš cette saison. Celui d’avant Marciano… et celui d’après.
Et entre les deux, il y a une réalité qui fait mal.
Dans la LNH d’aujourd’hui, tu peux avoir de l’expérience, tu peux avoir des années derrière le banc, mais si tu ne corriges pas les bons détails, si tu ne comprends pas ce que ton gardien a vraiment besoin, tu te fais dépasser. Rapidement. Et quand les résultats explosent dès ton départ, la ligue prend des notes.
Les directeurs généraux voient ça.
Les agents voient ça.
Les gardiens voient ça.
Et dans un milieu aussi fermé, aussi connecté, une réputation comme celle-là ne disparaît pas.
C’est pour ça que la conclusion devient difficile à éviter. Ce n’est pas juste un entraîneur qui a perdu sa job. C’est un entraîneur dont le modèle ne fonctionne plus. Et avec ce qu’on voit aujourd’hui à Montréal, avec cette transformation aussi flagrante, aussi immédiate…
Il devient extrêmement difficile d’imaginer Éric Raymond retrouver un poste dans la LNH.
