Salaire de Martin St-Louis: des chiffres indécents

Salaire de Martin St-Louis: des chiffres indécents

David Garel
Le 2026-06-01

Martin St-Louis va faire sauter la banque. Mais le mérite-t-il?

La question est dure. Elle va déranger plusieurs partisans du Canadien de Montréal. Elle risque aussi de déranger Martin St-Louis lui-même. Pourtant, après ce qu'on vient de voir contre les Hurricanes de la Caroline, elle mérite d'être posée.

Car pendant que les joueurs faisaient leurs valises après une élimination sans appel, pendant que les partisans tentaient encore de comprendre comment une équipe capable d'éliminer le Lightning de Tampa Bay et les Sabres de Buffalo avait pu se faire étouffer à ce point en finale d'association, une autre réalité commence déjà à circuler dans les coulisses de la Ligue nationale.

Martin St-Louis pourrait bientôt devenir l'entraîneur le mieux payé du hockey professionnel.

Ouch.

Personne ne conteste ce que St-Louis a accompli depuis son arrivée derrière le banc du Canadien. Lorsqu'il a accepté le poste en février 2022, le club était un désastre. L'organisation sortait d'une saison cauchemardesque.

Les Canadiens de Montréal occupaient les bas-fonds du classement. Personne ne parlait de séries éliminatoires. Personne ne parlait de finale d'association. Personne ne parlait d'un avenir brillant.

Aujourd'hui, la réalité est complètement différente.

Nick Suzuki est devenu un véritable capitaine numéro un. Cole Caufield s'est imposé comme un marqueur élite. Juraj Slafkovsky a finalement commencé à justifier son statut de premier choix au total. Lane Hutson est déjà l'un des défenseurs les plus excitants de toute la Ligue nationale. Ivan Demidov a déjà l'étiquette d'un futur joueur de concession.

Le Canadien a retrouvé sa pertinence.

Martin St-Louis mérite une énorme partie du crédit.

C'est précisément ce qui rend le dossier salarial aussi explosif.

Lorsqu'il a été embauché, son premier contrat de trois ans lui rapportait environ 2,9 millions de dollars par saison. (3 ans) À l'époque, personne ne trouvait ça exagéré. Il arrivait sans expérience derrière un banc de la LNH. Il apprenait le métier. Il grandissait avec son équipe.

Puis est venue la prolongation.

Le Canadien lui a offert une nouvelle entente qui portait son salaire annuel à 5 millions de dollars par année jusqu'en 2027.

D'un seul coup, Martin St-Louis est entré dans le club très fermé des entraîneurs les mieux rémunérés du hockey.

Selon ce qui circule, sa prochaine entente pourrait approcher les 7 de dollars par année.

Pour mettre les choses en perspective, Mike Sullivan fait un peu plus de six millions de dollars par année à New York. Jon Cooper tourne autour de 5,3 millions. Jared Bednar se situe sous la barre des cinq millions au Colorado..

Ce sont pourtant des entraîneurs qui possèdent quelque chose que Martin St-Louis ne possède pas encore.

Une Coupe Stanley et de la vraie expérience de coach.

Rob Brind'Amour, lui... empoche un peu moins de 2 M$ par année. Ouch.

Personne ne remet en question sa valeur comme motivateur. Personne ne remet en question son influence sur les jeunes joueurs. Personne ne remet en question sa capacité à créer une culture de travail saine.

La question est différente.

Est-ce qu'un entraîneur qui vient d'être complètement dominé tactiquement par Rod Brind'Amour mérite déjà un salaire supérieur à plusieurs entraîneurs champions?

Pendant cinq matchs, la Caroline a dicté le rythme de la série. Les Hurricanes contrôlaient les sorties de zone. Les Hurricanes contrôlaient les entrées de zone. Les Hurricanes forçaient les revirements. Les Hurricanes imposaient leur échec avant. Les Hurricanes neutralisaient les unités spéciales montréalaises.

Et pendant ce temps, le Canadien ne changeait pratiquement rien.

Les mêmes trios.

Les mêmes paires défensives.

Les mêmes décisions.

Les mêmes problèmes.

Arber Xhekaj regardait les matchs dans les gradins alors que l'équipe manquait de robustesse. Brendan Gallagher demeurait spectateur pendant qu'on cherchait du caractère et de l'énergie. Les ajustements se faisaient attendre. Les réponses ne venaient jamais.

Rod Brind'Amour avait toujours un coup d'avance.

C'est ce qui dérange.

Lorsque tu gagnes trois millions par année, les partisans acceptent plus facilement les erreurs d'apprentissage.

Lorsque tu en gagnes cinq.

Lorsque tu t'apprêtes peut-être à en gagner sept.

Les attentes changent.

Le développement des jeunes joueurs ne suffit plus.

Les résultats deviennent obligatoires.

Cette série contre la Caroline a laissé plusieurs questions sans réponse. Pourquoi le Canadien a-t-il semblé incapable de modifier son approche alors que son système ne fonctionnait plus?

Pourquoi avoir refusé de brasser l'alignement alors que plusieurs joueurs semblaient épuisés? Pourquoi avoir continué à emprunter exactement le même chemin alors que la série glissait tranquillement vers une élimination inévitable?

Ce sont des questions parfaitement légitimes lorsqu'on parle d'un entraîneur qui pourrait bientôt devenir l'un des mieux payés du sport.

Et ce n'est même pas la seule dimension du dossier.

Martin St-Louis n'est pas simplement un entraîneur de hockey.

C'est aussi un homme d'affaires extrêmement prospère.

Sa carrière de joueur lui a permis d'empocher 55 millions de dollars américains en salaires.

Ses investissements lui ont permis de bâtir un patrimoine impressionnant. Son implication dans plusieurs entreprises, notamment Seven7, une firme d’investissement orientée vers les entreprises sportives et technologiques à fort potentiel.

Cette entreprise, dont il est le cofondateur, vaudrait 40 millions US en ce moment.St-Louis a aussi investi dans CCM Hockey. (ses parts vaudraient plus de 30 millions US). On parle d'un patrimoine personnel dépassant les 250 millions de dollars.

C'est pourquoi l'argent n'est même plus le véritable sujet.

Le sujet, c'est la pression qui accompagne cet argent.

Plus le salaire de coach grimpe, plus le niveau d'exigence grimpe avec lui.

Pendant plusieurs années, Martin St-Louis a bénéficié d'un immense capital de sympathie. Ancien joueur sous-estimé. Québécois. Membre du Temple de la renommée. Père de famille. Leader inspirant.

Tout cela demeure vrai.

Mais le hockey est un sport cruel.

À un certain moment, les émotions disparaissent et seuls les résultats demeurent.

La bonne nouvelle pour Martin St-Louis, c'est que son histoire n'est pas terminée.

Le Lightning de Tampa Bay a perdu avant de gagner.

Les Panthers de la Floride ont perdu avant de gagner.

Les Hurricanes de la Caroline ont perdu avant de gagner.

Chaque grande équipe traverse une humiliation avant de franchir le dernier obstacle.

Le Canadien peut encore suivre ce chemin.

Mais si Martin St-Louis veut réellement justifier un salaire de cinq, six ou même sept millions de dollars par année, il devra démontrer l'an prochain qu'il a appris quelque chose de cette série.

Car développer des joueurs te permet d'obtenir une augmentation.

Gagner des séries te permet d'obtenir le respect.

Gagner la Coupe Stanley te permet de rejoindre les légendes.