Brendan Gallagher a-t-il perdu le contact avec la réalité? C’est la question qui vient spontanément à l’esprit après avoir lu son entrevue avec Marc-Antoine Godin, de Radio-Canada.
Le pauvre a tout perdu sur la glace. Et à l’écouter parler, on se demande s’il a perdu la raison.
Le vétéran de 34 ans, qui porte maintenant l’uniforme des Canucks de Vancouver après avoir passé 14 saisons à Montréal, parle de son avenir avec une confiance qui contraste violemment avec ce qu’il montre sur la patinoire.
Gallagher veut donner raison aux dirigeants qui l’ont accueilli, il veut démontrer qu’ils ont fait le bon choix en allant le chercher et il refuse de considérer cette aventure comme le dernier chapitre de sa carrière.
Tout cela serait admirable si son rendement suivait. Or, après 11 matchs, il n’a qu’une maigre passe, affiche un différentiel de -4 et a même été envoyé dans les gradins. À un moment donné, il faut regarder la réalité en face.
Le plus malaisant dans cette histoire, ce n’est pas que Gallagher refuse d’annoncer sa retraite. Un joueur professionnel a parfaitement le droit de croire en lui jusqu’au bout.
C’est plutôt le décalage entre son discours et la situation dans laquelle il se trouve. Il n’est plus le petit attaquant énergique qui terrorisait les défenseurs devant le filet avec le Canadien, ni ce joueur capable de transformer chaque présence en bataille personnelle et de déranger les adversaires pendant 60 minutes.
Son jeu est celui d’un vieillard qui ne peut plus suivre, sa production offensive s’est effondrée et son entraîneur l’a déjà jugé suffisamment nuisible pour le retirer de la formation et l’envoyer dans les gradins.
Là, on l’a pris en pitié et placé sur le 2e trio avec Marco Rossi et Jake DeBrusk pour le relancer. Mais le malaise est encore plus évident tellement il n’est pas à sa place.
Toujours à bout de souffle, toujours plié en deux au banc, on a mal quand on le regarde s’enfoncer un peu plus profondément dans le trou du joueur fini.
Malgré tout, Gallagher parle comme s’il lui suffisait de continuer à travailler pour convaincre une équipe de lui offrir une nouvelle chance en 2027-2028.
Dans son entrevue avec Radio-Canada, Gallagher affirme qu’il ne cherche pas à prouver qu’il a encore sa place dans la LNH.
Il explique plutôt qu’il sait quel genre de joueur il est et qu’il veut récompenser les Canucks de lui avoir fait confiance.
Il se dit reconnaissant envers l’organisation de Vancouver, insiste sur sa volonté de donner le meilleur de lui-même et répète qu’il est entièrement investi dans cette nouvelle aventure.
Il refuse de se laisser distraire par les facteurs qui pourraient ébranler sa confiance, même s’il sait très bien que le Canadien n’était plus capable de le supporter.
Gallagher affirme également qu’il apprécie le style de jeu des Canucks, qui correspond davantage à ce qu’il a connu pendant ses meilleures années à Montréal.
Il parle d’un hockey simple, fondé sur les tirs au filet, la présence devant le gardien adverse et la pression exercée sur les défenseurs.
Selon lui, ce style lui convient mieux que certaines des exigences qu’il devait respecter sous Martin St-Louis.
Même qu’il critique le système de son ancien coach, basé sur la possession de rondelle.
Son père, Ian Gallagher, explique d’ailleurs que l’échec avant et la récupération de la rondelle constituaient les fondements du jeu de son fils, alors que le système du Canadien privilégiait davantage la possession en oubliant les forces de son fils.
Hum. Même son père perd tout bon sens en prenant son fils… en pitié…
Voilà donc une partie du malaise : Gallagher revient sur son passage à Montréal en expliquant que le système de Martin St-Louis ne correspondait pas à ses qualités.
Son père envoie aussi St-Louis sous l’autobus. Leur message est clair : Gallagher a perdu la confiance de son entraîneur à Montréal gratuitement et déborde maintenant de confiance afin de la regagner à Vancouver.
Sauf que les résultats sont encore plus honteux à Vancouver.
Une passe en 11 matchs. Un différentiel de -4. Une présence dans les gradins où il a fait la « baboune ». On a même parlé de tension entre lui et le nouvel entraîneur-chef, Manny Malhotra.
Voilà le bilan d’un vétéran qui parle comme s’il était la 8e merveille du monde.
Les Canucks ne peuvent pas se contenter de son expérience et de son leadership si son rendement sur la glace devient un problème.
Surtout s’il boude quand on l’envoie dans les gradins.
Dans une équipe en reconstruction, chaque place dans l’alignement compte. Les jeunes joueurs ont besoin de temps de glace, et un vétéran doit démontrer qu’il apporte suffisamment pour justifier le rôle qu’on lui confie.
Gallagher parle beaucoup pour un « has-been » qui semble sur le point de s’évanouir lorsqu’il rentre au banc tellement il cherche son souffle.
Gallagher a pourtant été placé dans des conditions favorables pour retrouver son jeu. Le fait que Vancouver lui donne un bonbon en l’utilisant sur le deuxième trio avec Marco Rossi et Jake DeBrusk crée la colère chez les fans des Canucks.
Lorsqu’un joueur de 34 ans ne produit pratiquement rien et qu’on le prend en pitié, alors qu’on devrait faire jouer les jeunes, on peut comprendre les fans des Canucks d’en avoir marre.
Le plus triste, c’est que Gallagher explique avoir toujours été motivé par le désir de donner raison à ceux qui ont cru en lui.
Il insiste sur son engagement envers Vancouver et veut participer au développement des jeunes joueurs. Il jure que son entraîneur, Manny Malhotra, apprécie son courage, sa ténacité et sa capacité à montrer l’exemple.
Le directeur général Ryan Johnson considère également que son expérience peut aider les jeunes à traverser les périodes difficiles.
Ces qualités ont une valeur. Personne ne peut effacer les années pendant lesquelles Gallagher s’est battu pour le Canadien, ni les sacrifices qu’il a consentis pour jouer malgré les blessures.
Mais le hockey professionnel n’est pas une cérémonie de reconnaissance pour services rendus. Les souvenirs ne donnent pas droit à une place dans l’alignement, et un contrat ne se gagne pas uniquement avec du leadership dans le vestiaire.
Gallagher est persuadé qu’il va signer un nouveau contrat cet été.
L’entrevue de Radio-Canada donne presque l’impression que Gallagher mendie un nouveau travail aux Canucks.
Comme s’il pensait que la pitié est un sentiment… payant…
