Barry Trotz quittera Nashville par la petite porte. Pas celle des légendes. Pas celle de l’homme respecté qui a bâti une culture et laissé une organisation plus forte derrière lui. Non. Il part comme le directeur général qui a détruit en un an ce que vingt-cinq ans de patience avaient construit. Et c’est précisément ça, le drame.
Quand Barry Trotz est revenu à Nashville Predators comme DG, il portait une aura. Celle du bâtisseur originel en tant, du coach fondateur de la franchise, du champion de la Coupe Stanley à Washington.
On lui a donné les clés sans poser de questions. Trop de respect. Trop de nostalgie. Trop de confiance aveugle. Et Nashville l’a payé cher.
Très cher.
L’été 2024 restera comme le moment où Barry Trotz a perdu la tête. Un 1er juillet frénétique, presque paniqué, où le DG a tenté d’acheter une identité, une crédibilité et une fenêtre de compétition qui n’existaient tout simplement pas.
Plutôt que d’accepter que son équipe avait besoin de patience, de développement et de cohérence, Trotz a choisi la voie la plus dangereuse : celle du “on va régler ça maintenant, peu importe le prix”.
Steven Stamkos, Jonathan Marchessault et Brady Skjei débarquent à Nashville à coups de millions. Des contrats lourds. Des années garanties. Des clauses de protection. Des engagements à long terme pour des joueurs qui n’étaient plus dans leur prime, mais déjà sur la pente descendante.
Sur papier, ça faisait du bruit. Dans la réalité, ça a fait un trou.
Stamkos n’a jamais été le sauveur espéré. Marchessault, lui, est devenu le symbole parfait de cette gestion aveugle : un joueur de caractère, certes, mais aussi un ailier vieillissant à 5,5 millions par saison jusqu’en 2029, avec une clause de non-mouvement qui ligote complètement l’organisation.
Skjei? Un autre contrat massif pour un défenseur solide… mais incapable à lui seul de transformer une brigade défensive mal construite.
Et pendant que Trotz empilait les contrats, la structure de l’équipe s’effondrait. Aucun équilibre. Aucun plan clair. Aucun alignement logique entre les vétérans surpayés et les jeunes qui auraient dû prendre le relais. Nashville s’est retrouvée trop vieille pour reconstruire, trop faible pour gagner, trop chère pour bouger.
Le pire? Les résultats ont été catastrophiques. Pas de séries. Pas de progression. Pas d’identité. Une équipe molle, sans mordant, sans urgence, sans direction. Exactement ce qu’on obtient quand un DG confond expérience et leadership, renommée et impact réel.
Dans les coulisses de la ligue, le verdict est brutal. On n’ose pas toujours le dire publiquement, mais entre dirigeants, le mot circule : l’un des pires mandats de DG de l’histoire moderne de la LNH. Pas parce que Trotz est incompétent. Mais parce qu’il a été dangereusement convaincu d’avoir raison.
Et aujourd’hui, il part.
Il quitte son poste sans avoir corrigé quoi que ce soit. Il laisse derrière lui une masse salariale plombée, des contrats quasi impossibles à échanger, et une organisation forcée de réparer pendant des années ses décisions précipitées.
Nashville devra soit manger du salaire, soit patienter longtemps, soit accepter de perdre des actifs pour se débarrasser de ces erreurs.
Barry Trotz restera dans l’histoire comme un immense entraîneur, un homme respecté derrière un banc, un leader de vestiaire hors pair. Mais comme directeur général? Un échec total. Une expérience qui n’aurait jamais dû durer aussi longtemps.
Il a voulu aller trop vite. Il a voulu forcer la fenêtre. Il a cru que le passé garantissait l’avenir. Et au final, il a laissé une équipe sans cap, sans flexibilité et sans espoir immédiat.
C’est ça, la honte.
Pas d’avoir essayé.
Mais d’avoir refusé d’écouter la réalité.
Et à Nashville, on va mettre longtemps à s’en remettre.
