Ouch. Martin St-Louis vient de frapper Martin McGuire verbalement,
Le point de presse à l’hôtel à Minneapolis, a mal tourné. Rarement l’entraîneur-chef du Canadien aura paru aussi fermé, aussi tranchant, aussi impatient face aux questions. Et rarement le malaise aura été aussi évident.
Tout commence avec une question pourtant légitime de Martin McGuire, dans le contexte actuel où Jakub Dobeš enchaîne les départs et s’impose comme le gardien numéro un de facto. McGuire demande simplement :
« Tu remets Dobeš devant le filet ce soir. Penses-tu que son jeu est peut-être un peu plus rassurant ? Dans ses récents succès, dans ses victoires, pour ses coéquipiers autour de lui, les rondelles qui apparaissent à ses pieds… est-ce que tu as vu un changement chez lui ? »
La réponse de St-Louis est sèche, minimale, presque coupée au couteau :
« Je ne sais pas s’il y a un changement, mais comme il est sur une bonne séquence, on va voir. On va laisser aller sa séquence. »
Déjà là, le ton est donné. Pas d’analyse. Pas de reconnaissance claire. Pas d’ouverture. Juste une phrase fonctionnelle, comme pour fermer la porte.
Mais McGuire insiste, doucement, de manière baveuse, en s’appuyant sur les propres propos passés de St-Louis, qui a souvent répété qu’il parlait peu à ses gardiens quand ça allait bien ou mal.
« Puis tu lui parles ? Tu ne lui parles pas, tu le laisses aller ? Tu dis souvent que tu ne parles pas beaucoup à tes gardiens de but, mais quand le gardien de but va bien, tu parles. »
C’est là que l’agacement se tranforme en mépris. St-Louis voit rouge.
« Je ne parle pas beaucoup de technique à mes gardiens. Mais ce n’est pas comme si je ne parle pas à mes gardiens. »
Le visage de St-Louis aurait pu enflammer McGuire tellement il y avait du feu dans ses yeux.
Voici l'extrait vidéo:
Cette réponse frappe de plein fouet un souvenir encore très frais dans l’esprit de tout le monde : Jakub Dobeš lui-même avait affirmé, il y a quelques semaines, qu’il n’avait jamais vraiment parlé de sa vie avec Martin St-Louis. Pas de relation privilégiée. Pas d’échanges personnels. Rien.
Et voilà que St-Louis, devant les micros, semble vouloir reprendre le contrôle du narratif. Dire, en substance : je ne parle peut-être pas technique, mais je parle. Point.
Sauf que le malaise est déjà installé.
Et il va empirer.
Quelques secondes plus tard, Patrick Friolet pose une question parfaitement banale, presque académique, sur la brigade défensive. I
ll mentionne que Renaud Lavoie faisait remarquer plus tôt les changements constants dans les duos, la polyvalence des défenseurs capables de jouer à gauche comme à droite, et demande simplement :
« Qu’est-ce que tu apprécies dans ta brigade défensive en ce moment ? »
La réponse de St-Louis est expéditive, froide, presque méprisante dans sa brièveté :
« Leurs intentions. »
Silence. Friolet tente de relancer, mais St-Louis coupe court :
« C’est pas mal ça. On a de bons défenseurs. Merci. Merci à vous. »
Fin de conférence. Rideau.
La scène est frappante. Le regard de St-Louis, sa posture, son ton : tout indique qu’il ne voulait plus être là. Qu’il ne voulait plus expliquer. Qu’il ne voulait surtout pas alimenter le débat qui enfle autour du filet du Canadien.
Et c’est précisément là que ça devient explosif.
Parce que cette rigidité arrive au pire moment possible. Au moment où Dobeš est en feu. Au moment où Montembeault est complètement écarté. Au moment où l’entraîneur est accusé, de plus en plus ouvertement, d’avoir mal géré son duo de gardiens en début de saison. Et surtout, au moment où les propos passés de Dobeš sur sa relation distante avec St-Louis refont surface.
Cette conférence de presse n’éteint rien. Elle rallume tout.
D'un coté, elle donne l’impression d’un entraîneur sur la défensive, irrité par des questions pourtant légitimes, incapable, ou refusant ’expliquer clairement ce qu’il voit, ce qu’il fait, ce qu’il assume. Elle renforce l’idée que St-Louis agit beaucoup, mais explique de moins en moins.
Et dans un marché comme Montréal, quand un entraîneur commence à fermer les portes au lieu de répondre, la tempête médiatique n’est jamais loin.
Mais de l'autre côté, tout le monde sait que St-Louis n'est pas capable de sentie Martin McGuire. Voilà pourquoi il n'a pas accepté que le journaliste tente de le ridiculiser.
Ce qui devait être une simple confirmation du départ de Jakub Dobeš devient alors autre chose : un nouvel épisode dans une relation de plus en plus tendue entre Martin St-Louis et les médias, sur fond d’un dossier de gardiens devenu brûlant.
Un peu plus et l'hôtel prenait feu au Minnesota...
