Transaction de Jakub Dobeš: la Caroline va décider

Transaction de Jakub Dobeš: la Caroline va décider

Par David Garel le 2026-01-01

Ce soir est une montagne pour Jakub Dobeš.

Il y a parfois, dans le calendrier d’une saison de 82 matchs, des soirs qui pèsent plus lourd que d’autres, des soirs qui ressemblent à un simple arrêt de route sur un voyage après Noël mais qui, en réalité, redessinent les contours de carrières entières.

Et pour Jacob Dobeš, ce soir en Caroline s’annonce comme l’un de ces rendez-vous où la LNH, sans dire un mot, t’offre une chance… ou t’enlève un futur.

À première vue, ce n’est qu’un match. Le Canadien affronte les Hurricanes, un club talentueux, instable ces temps-ci, vulnérable même, avec des défaites accumulées et une confiance brisée. (4 défaites à leurs 6 derniers matchs).

Mike Matheson revient miraculeusement au jeu après le geste dangereux de Brad Marchand, Struble prend la place d’Engström, Martin St-Louis tente de gérer son monde, alors qu'il y a congestion partout.

Rien de très spectaculaire. Mais dans l’ombre, les projecteurs ne sont braqués ni sur Matheson ni sur l’adversaire, mais bien sur un gardien qui n’a pas touché au filet depuis une éternité et qui, soudainement, obtient un départ qui ressemble davantage à un examen final qu’à une simple rotation.

Jacob Dobeš ne joue pas un match de saison régulière : il joue pour son avenir.

Car dans la logique impitoyable du ménage à trois, où chaque décision devient un message politique, ce départ n’a rien d’un cadeau administratif. C’est un test. Et un test lourd.

Parce que Dobeš le sait, tout Montréal le sait : si ce soir il s’effondre, s’il choke sa vie, c’est peut-être lui qui redescend à Laval dès le retour du club. Pas par punition. Pas parce qu’il est tout croche depuis un certain temps.

Mais surtout parce qu’il est… exempté du ballottage.

Et dans un ménage à trois, l’homme exempté devient toujours le sacrifié facile.

Jacob Fowler aussi est exempté, mais comment expliquer aux fans du CH, qui adorent Fowler comme s'il était le fils de la province, que c'est lui qui sera sacrifié si Dobeš s'effondre encore?

Dobeš le comprend mieux que quiconque. Ce soir, il joue un match qui pourrait redéfinir la hiérarchie pour les semaines à venir.

Car dès que le CH reviendra à Montréal, quelqu’un devra descendre. Et Montembeault est protégé à cause de son contrat (3,15 M$ par année jusqu'en 2027) et le fait qu'il doive passer par le ballottage.

Si Fowler continue de représenter l’avenir du club, alors on se demande vraiment quelle est la place de Dobeš dans le futur rapproché du Canadien de Montréal..

Ce soir, Dobeš n’arrive pas seul sur la glace. Le marché des transactions le regarde.

Le bruit court depuis une semaine que plusieurs équipes de la LNH l’ont ajouté à leur liste prioritaire.

Edmonton, qui a dit non à Montembeault , mais qui a ouvert la porte à Dobeš alors que l'équipe veut un gardien en attendant le rétablissement de Tristan Jarry. Le nom de Marc-André Fleury circule à Edmonton, mais la réalité est qu'ils ont besoin d'un jeune gardien pour construire en vue de l'avenir.

Vegas, qui se noie dans les performances inquiétantes de Carter Hart et Akira Schmid, et qui verrait en Dobeš un jeune gardien à développer.

Le Mammoth de l'Utah aurait aussi démontré un intérêt.

Et si, parmi toutes les équipes qui observent Jacob Dobeš ce soir, la plus attentive, et peut-être la plus désespérée, était justement celle qui se trouve de l’autre côté de la glace?

La Caroline traverse une crise de gardiens comme on n’en voit presque jamais dans une organisation qui se croit prétendante à la Coupe Stanley : Pyotr Kochetkov est déjà perdu pour la saison après une chirurgie, Frederik Andersen, pourtant en santé, s’enfonce dans la pire séquence statistique de sa carrière avec un taux d’efficacité catastrophique et une incapacité à gagner; et même si Brandon Bussi joue les miraculés depuis son arrivée, personne à Raleigh n’ose croire qu’il pourra tenir un rôle de numéro un pendant quatre mois.

Le club nage pourtant dans près de 13 millions de dollars d’espace sous le plafond salarial, mais le marché des gardiens établis est mince, cher, et imprévisible.

Dans ce contexte, Dobeš devient soudainement un profil presque idéal : jeune, exempté de ballottage, déjà l'expérience dans un marché intense comme Montréal, capable de voler un match lorsqu’il est en confiance et, surtout, disponible à un coût raisonnable comparé aux vétérans instables que la Caroline continue d’étudier.

Pour les Hurricanes, qui n’ont plus le luxe d’espérer qu’Andersen retrouve miraculeusement sa forme ou que Bussi reste parfait éternellement, Dobeš représente ce que la direction recherche désespérément : une option intermédiaire crédible, capable de jouer dès maintenant sans plomber la masse salariale, mais aussi un pari développé à long terme si elle souhaite sortir enfin de ce cycle d’incertitudes devant le filet.

Ce soir, Dobeš n’affronte pas seulement les Hurricanes. Il affronte les recruteurs, les directeurs généraux, les analystes qui se demandent si le jeune gardien tchèque pourrait devenir un projet intéressant à moyen terme.

Et quand un gardien intéresse autant, c’est rarement bon signe pour son avenir dans l’organisation qui le possède.

L’avenir du Canadien se dessine autour de Jacob Fowler. Et qu’en parallèle, le club, à force de vouloir sauver Samuel Montembeault du désastre et du ballottage, vient de replacer le vétéran au cœur du plan à court terme, surtout qu'on veut un gars d'expérience pour guider Fowler.

Voilà pourquoi la tension monte autour de Dobeš. Le public l’a souvent moqué parce qu'il a pleuré après une défaite, maissurtout depuis qu’il a mal réagi à la question d’un journaliste (Martin McGuire) en lui reprochant de créer la pression qui le rattrape aujourd’hui.

Ce soir, il a tout à gagner… et tout à perdre. Parce qu’un grand match ce soir pourrait convaincre Montréal de renvoyer Fowler à Laval pour lui donner une charge de travail massive. Mais un mauvais match pourrait précipiter son exil en début d'année.

Que ce soit via transaction... ou la ligue américaine sans ballottage, la Caroline va décider de son avenir s'il s'écroule devant nos yeux.