Le vestiaire des Sabres de Buffalo commence à ressembler dangereusement à celui d’une équipe... au fond du trou...
On comprend le réflexe de vouloir tourner la page rapidement après une mauvaise soirée. Tous les joueurs parlent toujours de « mémoire courte » en séries éliminatoires.
Le prochain match. La prochaine présence. La prochaine bataille. Sauf qu’à écouter parler les Sabres depuis leur humiliation de 6 à 2 au Centre Bell, on n’a pas l’impression d’entendre une équipe qui regarde vers l’avant.
On dirait plutôt un groupe encore secoué, qui cherche à comprendre ce qui lui est tombé dessus.
Et le plus inquiétant pour Buffalo, c’est le ton.
Les Canadiens de Montréal étaient supposés être les négligés de cette série. L’équipe plus jeune. L’équipe supposément moins profonde. Celle qui devait se faire manger par les gros gabarits des Sabres.
Pourtant, après trois matchs, ce sont les joueurs de Buffalo qui parlent comme un groupe qui regarde déjà dans le rétroviseur.
Lindy Ruff est devenu la risée de la toile québécoise après avoir lui-même admis que son équipe avait pris les Canadiens pour acquis.
« C’est un méchant bon club. Tu ne peux rien tenir pour acquis. Si on ne le réalise pas maintenant, on ne le réalisera jamais », a lancé l’entraîneur-chef.
Quand un entraîneur utilise ce genre de phrase au troisième match d’une série, il envoie un message énorme à son vestiaire. Vous vous pensez bons... mais vous êtes pourris...
On parle quand même d’un écart minuscule au classement général. Trois petits points de différence. Deux victoires de plus seulement pour Buffalo en saison régulière.
Pourtant, en écoutant certains commentaires avant cette série, on aurait cru que les Sabres affrontaient une équipe de repêchage.
Aujourd’hui, le discours a complètement changé.
Après avoir vu le Centre Bell exploser, vu les Canadiens dicter le rythme pendant deux matchs consécutifs et vu leurs propres vedettes sombrer, les Sabres ont commencé une séance d’autocritique publique qui frôle l’aveu d’impuissance.
Tage Thompson doit regretter ses paroles sur la foule du Centre Bell, lui qui n’a pas caché à quel point le Centre Bell les avait atteints mentalement.
Tout le monde le traite de "soft" depuis ses propos qui faisaient tellement pitié.
« Leur amphithéâtre était en feu. Ça te dégonfle un peu. On a été trop émotifs. On n’a pas respecté notre plan », a reconnu le gros centre des Sabres.
Dé-gonflés.
C’est lui qui a utilisé le mot.
On parle d’une équipe censée aspirer à une longue présence en séries, menée par des joueurs supposément prêts pour ce moment.
Pourtant, après un seul match au Centre Bell, le message qui sort du vestiaire ressemble davantage à celui d’un groupe qui cherche des explications psychologiques à son effondrement.
Alex Tuch n’a pas été plus tendre envers sa formation.
L’attaquant vedette a carrément parlé d’un match « auto-infligé », admettant que les Sabres se sont pratiquement battus eux-mêmes.
« Nous devons être meilleurs. On doit se regarder dans le miroir et revenir à notre identité », a-t-il dit.
Quand les leaders commencent à parler comme ça, c’est rarement bon signe.
Encore plus quand les chiffres racontent une histoire inquiétante.
Le premier trio de Buffalo, censé dominer la série, est complètement neutralisé. Thompson et Tuch affichent ensemble un différentiel combiné de moins-13 en trois matchs contre les Canadiens.
Pendant ce temps, Nick Suzuki, Cole Caufield, Juraj Slafkovský, Ivan Demidov et toute la profondeur montréalaise font mal de partout.
Même Lindy Ruff semblait à court d’explications après le match.
Lui qui critiquait les coups de bâton de Jakub Dobeš il y a quelques jours, qui semblait vouloir influencer les arbitres publiquement, a fini par reconnaître une réalité bien simple : le Canadien pousse son équipe dans ses retranchements.
« Leur agressivité, on la sent. Ils provoquent ces erreurs. Je leur donne du crédit », a fini par concéder Ruff.
Et ça, c’est probablement le bout le plus révélateur.
Buffalo ne parle plus seulement de corriger des détails. Buffalo parle du Canadien.
Du bruit du Centre Bell.
De l’intensité.
De la pression.
Du gardien.
Des émotions.
Comme une équipe qui tente encore de comprendre pourquoi le plan ne fonctionne plus.
Le plus ironique dans tout ça? Les Sabres refusent encore d’utiliser l’inexpérience comme excuse.
« On joue au hockey depuis longtemps. On doit être meilleurs », a lancé Zach Benson.
Ruff a été encore plus direct.
« Ce n’est pas une question d’expérience. C’est notre niveau de compétition contre le leur. »
Et quand ton propre entraîneur admet publiquement que l’autre équipe compétitionne plus fort que toi en plein milieu d’une série… ce n’est jamais un bon signe.
Surtout quand tu tires déjà de l’arrière 2-1.
Le problème pour Buffalo, c’est qu’on n’a pas l’impression d’entendre une équipe fâchée.
On entend surtout une équipe atteinte.
Une équipe qui regarde beaucoup vers le bas.
Une équipe qui semble encore coincée dans ce qui s’est passé dimanche soir.
Et en séries éliminatoires, le pire endroit où tu peux vivre mentalement, c’est dans le match d’hier.
Un vestiaire de perdants... qui parle comme des perdants...
Canadiens en 5...
