300 000 dollars et un appartement payé: le rêve brisé de Jonathan Drouin

300 000 dollars et un appartement payé: le rêve brisé de Jonathan Drouin

David Garel
Le 2026-07-22

Pauvre. Jonathan Drouin.

Il est temps d’accepter que le meilleur choix n’est plus la LNH.

Pour sa santé mentale, sa famille, ses proches... pour sa propre personne..

Il arrive un moment, dans une carrière, où il faut arrêter de courir après un rêve qui ne veut plus de vous.

Et si ce moment était finalement arrivé pour Jonathan Drouin?

À 31 ans, l’ancien troisième choix au total attend toujours un contrat de la LNH. Les jours passent. Les camps d’entraînement approchent. Les offres ne se matérialisent pas. Plus le temps avance, plus une réalité s’impose : les 32 directeurs généraux semblent avoir rendu leur verdict.

Le talent de Jonathan Drouin n’a jamais été remis en question.

C’est tout le reste qui inquiète.

Sa carrière est devenue une succession de nouveaux départs qui se terminent de la même façon. À Montréal, on attendait une vedette. Après quelques éclairs de génie, l’histoire s’est terminée dans la douleur.

Au Colorado, jouer aux côtés de Nathan MacKinnon lui a permis de relancer sa carrière pendant un certain temps, mais cette renaissance n’a pas duré.

Puis est venue l’occasion offerte par Patrick Roy à Long Island. Encore une fois, un entraîneur qui croyait sincèrement pouvoir rallumer la flamme. Encore une fois, une organisation qui lui a tendu la main. Et encore une fois, l’expérience s’est soldée par une immense déception.

Lorsque même Patrick Roy, qui avait convaincu Mathieu Darche de te signer, finit par tourner la page, le message est cinglant.

Roy fut congédié peu de temps après, le coeur brisé en mille morceaux.

Et l'un de ces morceaux était le pauvre Drouin.

Le véritable point de rupture est ensuite arrivé à Saint-Louis. Les Blues n’avaient pourtant pris aucun risque en faisant son acquisition à la date limite des transactions dans l’échange qui a envoyé Brayden Schenn aux Islanders.

Drouin était du bois mort pour eux.

On pouvait croire qu’une nouvelle organisation allait tenter un dernier pari sur un joueur dont le talent n’a jamais été remis en question.

Mais quelques mois plus tard, le verdict est tombé : les Blues ont préféré racheter la dernière année de son contrat de 4 millions de dollars plutôt que de lui donner une autre chance.

Dans la LNH, un rachat de contrat envoie toujours un message sans pitié. Une équipe accepte de payer un joueur pour qu’il ne fasse plus partie de son alignement.

Pour Jonathan Drouin, c’est le signal le plus clair que le marché ne le voit plus comme un joueur capable d’occuper un rôle important dans cette ligue.

Est-il encore un joueur de la LNH tout simplement?

Plusieurs DG vous répondront que non. Trop fragile mentalement. Trop faible physiquement. Trop propice à retomber dans une dépression majeure.

À un certain point, il faut accepter que la LNH est passée à autre chose.

Et contrairement à ce que plusieurs pourraient croire, ce ne serait peut-être pas une mauvaise nouvelle.

Au contraire.

À notre avis, Jonathan Drouin gagnerait énormément à tourner lui aussi la page.

Depuis plusieurs années, il a eu le courage de parler publiquement de son anxiété et de son combat pour retrouver un équilibre. Ce n’est pas un secret. Il a traversé des périodes extrêmement difficiles sous les projecteurs de Montréal, et il a lui-même expliqué à quel point cette pression avait affecté sa vie.

Pourquoi continuer à s’imposer un environnement où chaque mauvaise soirée devient un débat national?

Pourquoi continuer à vivre avec l’incertitude permanente d’un contrat précaire, d’un essai professionnel ou d’une autre aventure ratée qui pourrait se terminer quelques semaines plus tard?

L’Europe offre exactement le contraire.

Un rythme de vie différent.

Moins de matchs.

Moins de pression médiatique.

Des déplacements beaucoup moins exigeants.

Une qualité de vie exceptionnelle.

En Suisse notamment, plusieurs anciens joueurs de la LNH racontent à quel point ils ont retrouvé le plaisir de jouer. Les organisations offrent un appartement, un véhicule et des conditions de vie extrêmement avantageuses.

Les aspects fiscaux sont également très intéressants, au point où certains des meilleurs salaires européens se rapprochent, une fois tous les avantages considérés, du salaire minimum de la LNH.

Empocher 300 000 dollars, impôts payés, avec un appartement et une voiture payée, pour jouer au hockey, disons que a se prend bien.

Surtout, Jonathan Drouin pourrait enfin retrouver quelque chose qui semble lui avoir échappé pendant une bonne partie de sa carrière : la paix.

Il n’aurait plus besoin de prouver qu’il est le troisième choix au total de 2013, à porter le poids de comparaisons éternelles.

Il pourrait simplement jouer au hockey.

Et retrouver le sourire.

Au fond, la plus grande erreur serait peut-être de s’acharner à vouloir convaincre une ligue qui semble avoir déjà rendu son jugement.

Parfois, accepter qu’un chapitre est terminé n’est pas un aveu d’échec.

C’est une façon de reprendre le contrôle de sa carrière et de sa vie.

Jonathan Drouin a encore largement le talent pour être l’une des vedettes du hockey européen. Il pourrait y connaître plusieurs belles saisons, jouer un rôle offensif important, évoluer dans un environnement beaucoup plus serein et offrir une stabilité à sa famille.

Il n’y a aucune honte à cela.

La véritable victoire, aujourd’hui, ne serait peut-être pas de décrocher un autre contrat précaire dans la LNH.

La véritable victoire serait de choisir un endroit où le hockey redevient un plaisir plutôt qu’un combat quotidien.