Chris Drury n’a pas l’intention de montrer ses cartes à Kent Hughes.
Alors que les Rangers de New York viennent de perdre Igor Shesterkin pour le reste de la saison et doivent également composer avec l’absence de Joonas Korpisalo, le directeur général affirme ne pas être du tout inquiet de la situation devant le filet.
Un discours qui risque de faire grincer des dents à Montréal, où plusieurs espèrent voir les Rangers appeler le Canadien pour Samuel Montembeault.
Drury joue la carte du calme, mais derrière cette déclaration, une question demeure : les Rangers sont-ils réellement prêts à sacrifier des actifs pour sauver leur saison?
La situation est pourtant catastrophique. Shesterkin, qui représente une pièce maîtresse de l’organisation, ne reviendra pas cette saison.
Korpisalo doit également s’absenter pendant plusieurs semaines.
New York se retrouve donc avec Dylan Garand, un gardien de 24 ans qui n’avait disputé que cinq matchs dans la LNH avant de se retrouver propulsé sous les projecteurs. Derrière lui, il y a Callum Tung, qui n’a encore jamais joué dans la LNH.
Pourtant, Drury ne semble pas vouloir se précipiter sur le marché des transactions.
Pourquoi? Parce que le directeur général sait très bien qu’admettre publiquement son désespoir ferait grimper le prix de chaque gardien disponible.
Si Drury téléphone à Kent Hughes en reconnaissant que son équipe est dans le pétrin, le directeur général du Canadien comprend immédiatement qu’il possède un avantage dans les négociations.
Voilà pourquoi le dossier Montembeault pourrait devenir une véritable guerre de pouvoir entre les deux organisations.
Le gardien québécois représente une solution logique pour New York. Il connaît la LNH, possède de l’expérience dans un marché à forte pression et touche un salaire annuel de seulement 3,15 millions de dollars jusqu’à la fin de son contrat actuel.
Il est blessé pour encore une dizaine de jours, mais les Rangers et le CH auraient déjà eu des discussions à propos du Québécois.
Kent Hughes aurait alors une occasion en or de réclamer un autre choix de deuxième ronde, après la transaction de Jayden Struble à Nashville en échange d’une sélection de deuxième ronde.
Mais Drury vient de compliquer les choses en affichant publiquement son calme. S’il est réellement convaincu que Garand peut tenir le fort, il pourrait décider de conserver ses choix au repêchage et ses jeunes joueurs plutôt que de payer le prix demandé par Montréal.
Et si les Rangers avaient décidé de jouer la carte de la patience, même au risque de voir leur saison s’effondrer?
C’est un scénario qui mérite d’être considéré selon Elliotte Friedman, qui pense que l’objectif de Drury est de terminer au bas du classement de la LNH pour repêcher le plus haut possible.
Selon Friedman, Drury estime que sa formation n’a pas les moyens de rivaliser avec les meilleures équipes sans Shesterkin et veut « tanker ».
Il existe un autre élément qui rend cette négociation tendue : Jeff Gorton et Chris Drury ont une histoire qui remonte à l’une des périodes les plus tumultueuses de l’histoire récente des Rangers.
En mai 2021, Gorton et le président John Davidson ont été congédiés par le propriétaire James Dolan. Drury, qui occupait alors un poste de directeur général adjoint dans l’organisation, a ensuite pris les commandes comme directeur général.
Tout le monde sait que Drury a joué dans le dos de Gorton et a réussi à convaincre Dolan de tourner la page sur Gorton et Davidson.
Gorton n’a certainement pas oublié cette rupture. Il a quitté New York dans des circonstances difficiles, avant de reconstruire sa carrière à Montréal. Aujourd’hui, il est président du CH aux côtés de Kent Hughes, et son ennemi se retrouve de l’autre côté de la table.
Clairement, c’est Kent Hughes qui négocie avec Drury au moment où l’on se parle.
Mais le DG du CH n’a aucune raison de lui faciliter la tâche. Si les Rangers veulent Montembeault, ils devront offrir une compensation qui reflète leur besoin. Un choix de deuxième ronde serait le minimum pour le Canadien, et Hughes veut même voir si New York est prête à ajouter un autre élément.
Le problème pour Drury, c’est que le marché des gardiens autonomes est horrible. Matt Murray, James Reimer et Petr Mrazek font partie des options évoquées, mais ils sont tous finis à la corde.
Montembeault est vraiment la seule solution. À moins que Chris Drury fasse son cinéma devant les journalistes parce qu’il veut Dobes.
Avec Jacob Fowler qui vient d’enchaîner deux départs convaincants, dont une victoire de 1-0 contre Detroit avec 29 arrêts, la hiérarchie devant le filet est en train de changer à Montréal. Fowler représente le gardien que le Canadien souhaite protéger à long terme, tandis que Dobes est en train de devenir une pièce de valeur dans une transaction majeure.
Renaud Lavoie a d’ailleurs évoqué la possibilité que Dobes soit inclus dans une éventuelle offre pour Connor McDavid cet été si Edmonton exige un gardien.
On parle de trois choix de première ronde, Michael Hage, Alexander Zharovsky et Jakub Dobes.
Ouch.
Kent Hughes doit donc éviter de mélanger les deux dossiers. Montembeault pourrait rapporter un choix de deuxième ronde des Rangers, tandis que Dobes pourrait intéresser une équipe dans le cadre d’une transaction beaucoup plus ambitieuse.
Pour l’instant, Drury affiche son calme. Il ne veut pas donner l’impression qu’il est acculé au pied du mur, et il sait que Hughes possède un avantage considérable dans les négociations.
Chris Drury peut prétendre qu’il n’est pas inquiet.
Mais si les défaites s’accumulent, la pression changera rapidement de camp.
À New York, les médias peuvent te congédier du jour au lendemain si l’équipe « choke ». Et le fait d’avoir un bon choix au repêchage parce que tu as terminé au bas du classement ne sera pas une excuse pour calmer le feu.
Drury veut garder le contrôle de son dossier. Hughes, lui, attend. Il sait que cette crise devant le filet des Rangers devient une occasion en or pour le Canadien.
Qui cèdera en premier? On met un petit deux sur Drury. On sent la panique dans sa sortie publique.
