Tout le monde rit de Kent Hughes sur les réseaux sociaux pour sa transaction envoyant Sean Farrell à Anaheim pour Sasha Pastujov.
Mais selon le DG du Canadien, Montréal vient de voler un talent brut que les Ducks ont abandonné trop vite.
En fouillant un peu, on découvre rapidement que Kent Hughes n’a peut-être pas simplement échangé un espoir contre un autre.
Il vient peut-être de miser sur l’un des plus grands « projets inachevés » de la cuvée 2021.
Parce qu’il fut un temps où Sasha Pastujov était considéré comme un talent offensif de premier plan.
Les Ducks pensaient avoir réalisé un vol en le sélectionnant 66e choix au total (3e ronde).
Anaheim voyait en lui un véritable artiste offensif.
À 17 ans, Pastujov dominait déjà le prestigieux Programme national américain (USNTDP), le même programme qui a produit Jack Hughes, Auston Matthews, Matthew Tkachuk, Clayton Keller, Cole Caufield, Trevor Zegras et une multitude de vedettes de la LNH.
Il dirigeait carrément l’équipe au chapitre des points.
Les recruteurs étaient unanimes sur un aspect de son jeu.
Avec la rondelle sur son bâton, il était électrisant.
Son intelligence offensive faisait tourner les têtes.
Sa vision du jeu était décrite comme exceptionnelle.
Plusieurs dépisteurs le plaçaient parmi les meilleurs passeurs de tout le repêchage 2021.
Il voyait des lignes de passe que les autres ne voyaient même pas.
Il distribuait la rondelle avec une facilité déconcertante.
Son tir était également considéré comme sous-estimé.
Les recruteurs lui reprochaient même… de trop souvent vouloir faire la passe plutôt que de décocher.
Son instinct était de fabriquer un jeu spectaculaire avant de penser à lancer.
À cette époque, certains analystes allaient très loin.
Ils affirmaient qu’une équipe pourrait le sélectionner aussi haut que le 12e rang.
La plupart le situaient quelque part entre les 16e et 24e choix du repêchage.
Son style rappelait même Matthew Tkachuk car possédait ce même mélange de vision du jeu, d’intelligence offensive, de robustesse autour du filet et de capacité à créer de l’offensive avant tout avec son cerveau.
Le parallèle était audacieux, pour ne pas dire ridicule.
Mais il démontre à quel point Pastujov était estimé.
Puis…
Tout s’est compliqué.
Depuis son année de repêchage jusqu’à aujourd’hui, tous les rapports de recruteurs racontent exactement la même histoire.
L’attaque?
Élite.
Le jeu de puissance?
Élite.
Les mains?
Élite.
Le tir?
Très au-dessus de la moyenne.
La vision?
L’une des meilleures de sa génération.
Mais il existe une ombre qui revient dans chacun des rapports.
Son coup de patin.
En 2021, plusieurs recruteurs parlaient déjà d’un joueur qui manquait d’explosivité.
Sa première accélération inquiétait.
Sa foulée était jugée trop large.
Son rayon de virage était parfois trop grand.
Il manquait d’agilité lorsque le rythme augmentait.
Et plus il gravissait les échelons…
Plus cette faiblesse devenait importante.
Le problème?
Même avec ce défaut…
Il n’a jamais cessé de produire.
Après avoir explosé avec Guelph et Sarnia dans la OHL, où il a cumulé 98 points en 60 matchs, Pastujov est arrivé chez les Gulls de San Diego avec la réputation d’un fabricant de jeux exceptionnel.
Sa première saison professionnelle fut encourageante.
Puis est arrivé un immense coup dur.
Au début de la saison 2024-2025…
Anaheim l’a rétrogradé dans la ECHL.
Pour plusieurs jeunes joueurs, un tel recul détruit complètement la confiance.
Pas pour Pastujov.
Au contraire.
Il a complètement dominé à Tulsa.
Puis il est revenu dans la Ligue américaine avec une confiance retrouvée.
Résultat?
Il a explosé.
Il est devenu le joueur offensif des Gulls.
Il a remporté le titre de joueur du mois de janvier dans la Ligue américaine.
Le premier dans toute l’histoire des Gulls.
Il a terminé la saison avec 45 points en seulement 43 matchs, soit une moyenne de 1,05 point par rencontre.
Chez les joueurs de moins de 23 ans de toute la Ligue américaine, personne ne faisait mieux.
Même Matthew Poitras, pourtant considéré comme un excellent espoir chez les Bruins, produisait à un rythme inférieur.
La saison suivante?
Pastujov a encore livré la marchandise.
57 points, dont 21 buts, en 71 rencontres.
Encore une fois…
Il était l’arme offensive numéro un de San Diego.
Et pourtant…
Toujours pas de véritable audition dans la LNH.
C’est probablement l’aspect le plus incompréhensible de son parcours.
Pendant des mois, les recruteurs spécialisés répétaient tous sensiblement la même chose.
« Il est temps de lui donner une chance. »
« Anaheim doit enfin voir ce qu’il peut faire dans la LNH. »
« Son contrat arrive à échéance, il faut l’évaluer au plus haut niveau. »
Mais cette chance n’est jamais réellement arrivée.
Les Ducks ont continué d’attendre.
Au point où plusieurs analystes parlaient carrément d’une occasion ratée.
Ils étaient convaincus que Pastujov avait largement prouvé qu’il était trop fort pour la Ligue américaine.
Son problème n’était plus sa production.
Son problème était qu’on refusait simplement de le tester.
L’histoire personnelle du jeune Américain rend son parcours encore plus intéressant.
Le hockey est une véritable affaire de famille chez les Pastujov.
Son père a grandi en Russie.
Ses deux frères aînés ont joué ensemble à l’Université du Michigan.
Lui a choisi une autre route.
Il voulait bâtir sa propre identité et écrire sa propre histoire.
Lorsque les Ducks l’ont envoyé dans la ECHL, il aurait pu tout abandonner mentalement.
Au contraire.
Il a lui-même expliqué que cette période avait complètement changé sa carrière.
Il attribue son retour spectaculaire à ses parents, à ses frères et à son entourage, qui l’ont empêché de perdre confiance.
Encore aujourd’hui, tous ceux qui ont travaillé avec lui parlent d’un joueur extrêmement résilient.
Ryan Carpenter, un vétéran de plus de dix saisons chez les professionnels, est même allé jusqu’à l’héberger chez lui durant la saison.
Carpenter répétait constamment que Pastujov contrôlait uniquement ce qu’il pouvait contrôler : travailler, produire et continuer à progresser, peu importe les décisions de l’organisation.
Cette mentalité explique probablement pourquoi il n’a jamais cessé de remplir la feuille de pointage.
Aujourd’hui, Kent Hughes récupère donc un joueur de seulement 23 ans qui possède encore plusieurs qualités extrêmement recherchées.
Un ailier gaucher de près de six pieds.
Un joueur capable de faire la différence sur l’avantage numérique.
Un fabricant de jeux naturel.
Un passeur de très haut niveau.
Un attaquant qui a démontré, année après année, qu’il pouvait produire offensivement partout où il passe.
Le pari est évident.
Le Canadien croit probablement que le développement de Pastujov n’est pas terminé.
Que son histoire n’est pas encore écrite.
Oui, son patin demeure la grande interrogation.
Tous les rapports de recruteurs le répètent depuis cinq ans.
Son rythme de jeu devra continuer de s’améliorer s’il veut devenir un joueur régulier dans la LNH.
Mais il existe un autre paradoxe impossible à ignorer.
Chaque fois qu’on annonçait que son manque de mobilité finirait par le rattraper…
Il répondait avec des points.
Kent Hughes vient peut-être simplement d’acquérir un espoir oublié.
Ou peut-être vient-il de récupérer un ancien prodige offensif que les Ducks n’ont jamais véritablement pris le temps d’évaluer.
Dans quelques années, cette transaction sera peut-être considérée comme un simple échange d’espoirs.
Mais si le Canadien réussit enfin à faire ce qu’Anaheim n’a jamais fait, donner une véritable chance à Sasha Pastujov au plus haut niveau, cette acquisition pourrait être beaucoup plus importante que tout le monde ne l’imagine aujourd’hui.
