Pendant longtemps, Félix Séguin a choisi de ne pas répondre.
Chaque saison amenait son lot de critiques cinglantes, de commentaires méchants, de montages vidéo pour le ridiculiser., de captures d’écran pour se moquer de lui.
Même quand Séguin essayait d'être "cool" pour impressionner les jeunes, il se faisait ramasser:
Ses expressions tournées en dérision, ses appels de but qui divisait, des tournures de phrase maladroite, des moments viraux humiliants: tout semblait alimenter une machine qui ne s’arrêtait jamais.

Cette fois, le descripteur des matchs du Canadien à TVA Sports a décidé de raconter sa version des faits.
Et son message est clair.
Il refuse désormais que quelques publications sur les réseaux sociaux définissent l’ensemble de sa réalité.
« J’ai une carapace incroyable », affirme-t-il sans détour au podcast "Sans détour".
Hum. Vraiment? Pourquoi il avait affirmé dans une entrevue à La Presse, à quel point il était affecté par les critiques?
Il devient tout d'un coup moins arrogant.
Au début de sa carrière, reconnaît-il, les critiques le blessaient davantage. Aujourd’hui, après près de 25 ans de métier, environ 1 800 matchs de la LNH décrits, 12 finales de la Coupe Stanley et deux Jeux olympiques, il dit avoir développé le recul nécessaire pour continuer d’avancer.
« Les critiques que j’écoute, c’est celles de ma garde rapprochée, de mes patrons, de mes amis. »
Pour le reste, il refuse désormais de laisser des inconnus dicter son état d’esprit.
« Ceux qui sont cachés derrière leur téléphone, puis là, ils sont pissous, puis ils t'envoient des insultes ou quoi que ce soit. Aucune importance. C'est aucune importance. Je continue et je vais de l'avant.»
Wow. La manière qu'il l'énonce est tellememt baveuse (à voir dans l'extrait vidéo suivant):
Pourquoi être aussi méprisant?
C’est une stratégie de survie.
Disons que Félix Séguin sait mieux que quiconque ce que représente l’exposition quotidienne au Québec.
Décrire les matchs du Canadien, c’est accepter que chaque mot soit analysé, que chaque hésitation fasse l’objet d’une compilation et que chaque soirée difficile puisse devenir un sujet de conversation nationale.
Au fil des années, plusieurs de ses interventions sont devenues virales... pour les mauvaises raison.
Le pauvre Félix jure que ces moqueries ne racontent pas toute l’histoire.
Selon lui, les réseaux sociaux donnent souvent l’impression qu’une poignée de voix représente l’ensemble du public.
Or, dans sa vie quotidienne, il dit vivre une réalité complètement différente.
Pendant les séries éliminatoires, lorsqu’il a décidé de rouvrir son compte Instagram afin de montrer les coulisses de son métier, il affirme avoir reçu « des centaines et des centaines » de messages positifs.
Des encouragements.
Des remerciements.
Des questions de jeunes qui rêvent d’exercer le même métier.
Des parents qui lui demandent de parler à leurs enfants.
À l’épicerie, à la station-service, au Centre Bell, à la garderie de ses enfants ou sur les terrains de baseball, il raconte vivre beaucoup plus de rencontres positives que négatives.
Pourquoi, alors, retient-on surtout les critiques?
Félix Séguin utilise une image qui l’a marqué... avec son enfant.
Son enfant revient de l’école avec une note de 90 %.
Au lieu de célébrer sa réussite, on lui demande pourquoi il n’a pas obtenu 100 %.
Selon lui, c’est exactement ce qui se produit sur les réseaux sociaux.
Le cerveau humain s’accroche naturellement au 10 % négatif et oublie complètement le 90 % positif.
@sansrestriction Félix Séguin jase de la haine sur les réseaux sociaux. 🎙️ Commentateur à commentateur. Sa voix, tout le Québec la connaît. Son histoire? Beaucoup moins. Cette semaine à Sans Restriction, on reçoit Félix Séguin, la voix des Canadiens à TVA Sports, pour une conversation comme on en entend rarement. 🏒 Il revient sur les plus grands moments de sa carrière : la pression de décrire des matchs devant des millions de téléspectateurs, le but de Lehkonen un soir de Saint-Jean, le mythique « Ô Canada! Ô McDavid! » de la Confrontation des 4 nations et ce fameux but de Newhook en match numéro 7… qu’il a bien failli manquer. Mais surtout, il nous ouvre la porte sur l’homme derrière le micro : son rêve d’enfant, son incroyable marathon de Boston, sa famille, les critiques, son départ de RDS vers TVA Sports et les rencontres qui l’ont marqué avec les plus grandes légendes du hockey. Une entrevue authentique, drôle, inspirante et remplie d’émotions. 🎧 Disponible dès maintenant sur YouTube, Spotify, Apple Podcasts et toutes les plateformes d’écoute. 👇 Quel est le moment de Félix Séguin qui vous a le plus marqué au fil des années?
♬ son original - sansrestriction
Après cet extrait vidéo, les réactions ont tellement été violentes:
"Le problème c'est que la note de Félix c'est 10%. Est-ce qu'on focus sur le 10% positif? Pense pas lol".
"Désolé pour toi mais tu peux pas compétitionner contre le fabuleux Pierre Houde".
"Cest pas sa faute ,y'est juste excessivement mauvais, son timbre de voix marche pas".
Ouch. Pas de pitié... même si Félix la cherche...
Séguin pousse même la réflexion plus loin.
Il rappelle l’exemple de Mike Matheson, hué par une partie des spectateurs au Centre Bell.
Même si quelques centaines ou quelques milliers de personnes se manifestaient dans un amphithéâtre de plus de 21 000 sièges, le discours public devenait rapidement : « la foule a hué Mike Matheson ».
Pour lui, cette façon de généraliser ne reflète pas toujours la réalité.
Il croit que le même phénomène existe autour de son propre travail.
Une minorité très bruyante finit parfois par occuper tout l’espace.
« C'est quoi le pourcentage là? Tu sais quoi,exemple, une soirée, ça va mal, là, puis tu les comptes, là, 1000 commentaires négatifs. Là, tu le vois rentrer, tu fais 1, 2,3, 4. C'est beaucoup 1000. 1000 sur 2 millions qui regardent une game! »
Sérieux Félix? Au lieu de se remettre en question et de voir ce qu'il peut améliorer, il se cache derrière la pitié d'être attaqué par des méchants qui lui veulent du mal.
À l’époque, il parlait ouvertement du poids des critiques, de la difficulté de vivre avec les réseaux sociaux, des nuits blanches où il remettait ses performances en question et de la pression énorme qui accompagne son rôle de voix du Canadien.
On le trouvait alors humain et on voulait pratiquement le consoler.
Aujourd’hui, le message est tout le contraire tellement il est "cocky" dans l'entrevue.
Les critiques? Elles n’ont plus d’importance.
Les insultes? Il les balaie du revers de la main.
Les commentaires négatifs? Une poignée de personnes cachées derrière un écran.
Quand, en réalité, c'est la majorité du Québec qui n'est plus capable de le sentir.
Cette nouvelle posture donne parfois l’impression d’un homme qui refuse de reconnaître qu’une partie importante des débats entourant son travail ne provient pas seulement des réseaux sociaux, mais aussi de téléspectateurs qui expriment sincèrement leurs préférences.
Oui, les réseaux sociaux amplifient tout.
Oui, une minorité peut faire énormément de bruit.
Mais dans le cas de Séguin, c'est la majorité qui le critique soir après soir.
Trop simpliste de prétendre que toutes les critiques sont malveillantes ou qu’elles ne méritent aucune réflexion.
Lorsqu’un descripteur devient lui-même un sujet de discussion pendant un match, il est normal que des questions soient posées.
Ce ne sont pas uniquement des trolls qui en parlent.
Ce sont aussi pratiquement tous les amateurs de hockey au Québec.
Ce qui surprend surtout dans cette entrevue, c’est le peu de remise en question.
Félix Séguin parle longuement de sa préparation, de son professionnalisme, de son parcours, de ses 1 800 matchs de la LNH, de ses 12 finales de la Coupe Stanley et de ses deux Jeux olympiques.
Comme s'il se vantait... pour se protéger...
Plus Félix Séguin répète que tout va bien et que les critiques ne représentent presque rien, plus il risque de donner l’impression qu’il n’écoute plus une partie de son auditoire.
Or, ce n’est pas parce qu’un commentaire est négatif qu’il est forcément malveillant.
À vouloir réduire toute cette contestation à quelques internautes cachés derrière un téléphone, Félix Séguin prend le risque de passer à côté d’une réalité beaucoup plus complexe.
Cette entrevue montre un homme convaincu d’avoir trouvé la bonne façon de gérer la pression.
Tant mieux pour lui.
Mais elle montre aussi un homme qui semble beaucoup moins disposé qu’avant à reconnaître que certaines critiques peuvent être fondées.
Son assurance est de l'arrogance.
Son absence de remise en question pue au nez.
