On pensait que Martin St-Louis avait peut-être compris la leçon de la série perdue contre la Caroline en finale de conférence.
On pensait qu’après avoir vu son équipe se faire complètement étouffer sans que les ajustements nécessaires arrivent, il allait retenir quelque chose de cette expérience.
Visiblement, non.
Le Canadien se retrouve encore une fois avec une combinaison défensive qui soulève de sérieuses questions, et St-Louis revient avec une recette qui ressemble dangereusement à celle qui a déjà montré ses limites... encore contre les Hurricanes.
Caufield - Suzuki - Kreider
Slafkovsky - Newhook - Dach
Bolduc - Danault - Texier
F. Xhekaj - Evans - Anderson
Matheson - Dobson
Hutson - Carrier
Struble - Xhekaj
Le problème n’est pas simplement la composition de l’alignement. Le problème, c’est ce que cet alignement dit des décisions prises derrière le banc.
Noah Dobson connaît un début de saison extrêmement difficile. Mike Matheson vient lui aussi de connaître un match très pénible. Pourtant, plutôt que de profiter de l’occasion pour réorganiser les duos et essayer de stabiliser sa défensive, St-Louis conserve Matheson avec Dobson.
Pendant ce temps, Lane Hutson demeure avec Alexandre Carrier.
C’est précisément ici qu’on se demande : à quoi sert Martin St-Louis s’il ne réagit pas lorsque quelque chose ne fonctionne pas?
Hutson et Dobson ont déjà démontré qu’ils pouvaient très bien fonctionner ensemble. Ils ont été réunis à plusieurs reprises la saison dernière et les résultats étaient nettement plus encourageants.
Hutson apporte la mobilité, la créativité et la capacité à faire progresser la rondelle. Dobson possède les qualités pour compléter ce genre de partenaire.
Alors pourquoi ne pas essayer?
Pourquoi continuer de placer Hutson avec Carrier et laisser Matheson avec Dobson lorsque ce dernier traverse un début de saison aussi compliqué?
La question devient encore plus inquiétante lorsqu’on regarde la troisième paire.
Struble - Xhekaj.
Deux défenseurs qui peuvent apporter de la robustesse, oui. Mais défensivement, c’est une combinaison qui comporte énormément de risques.
Le Canadien vient de vivre des séquences où cette paire a donné des sueurs froides à ses partisans. Arber Xhekaj doit déjà gagner la confiance de son entraîneur dans son propre territoire et Jayden Struble doit lui aussi démontrer qu’il peut être fiable avec la rondelle et dans ses décisions.
Les placer ensemble revient à mettre deux joueurs qui ont encore des choses à prouver dans une même unité.
Et c’est exactement ce qu’on reprochait à St-Louis contre la Caroline.
Le problème n’était pas seulement que Montréal perdait. Le problème était que les mêmes difficultés se répétaient, que les mêmes joueurs se retrouvaient dans les mêmes situations et que les ajustements tardaient à venir.
St-Louis continuait de croire en sa recette alors que l’adversaire avait déjà compris comment la neutraliser.
C’est là que le rôle d’un entraîneur devient primordial.
Un entraîneur n’est pas simplement là pour annoncer les trios avant le match et effectuer quelques changements pendant la rencontre. Son travail consiste aussi à reconnaître qu’une combinaison ne fonctionne pas, à identifier pourquoi elle ne fonctionne pas et à avoir le courage de la modifier.
C'est bien beau les leçons de vie à deux cennes qui vont séduire les mononcles et les matantes du Québec, mais St-Louis a un capital de sympathiqe qui le protège des critques.
Les médias se couchent devant Dieu St-Louis. Au final, est-il vraiment un bon stratège?
Rod Brind’Amour l’a démontré avec la Caroline. Il pouvait avoir confiance en son système tout en modifiant ses décisions lorsque les circonstances l’exigeaient.
St-Louis, lui, donne parfois l’impression inverse : lorsqu’il croit à quelque chose, il s’y accroche jusqu’au bout.
Par orgueil... par ego...
Et le Canadien n’a pas les moyens de fonctionner comme ça.
Cette équipe possède maintenant beaucoup trop de talent offensif pour accepter de perdre des matchs à cause d’une structure défensive qui se fragilise derrière.
Au moins, Florian Xhekaj obtient enfin son premier match avec Evans et Anderson. St-Louis n'aurait jamais eu le courage. Il est obligé de l'insérer à cause de la blessure de Demidov et du fait que Kapanen n'est pas prêt encore.
Mais la défensive, elle, risque encore de s'effondrer ce soir.
Le débat n’est même pas de savoir si Matheson est un mauvais défenseur ou si Dobson est soudainement devenu inutile. Ce n’est pas ça. Le problème est de constater que certaines combinaisons fonctionnent moins bien que d’autres et de continuer à les utiliser malgré tout.
Le Canadien manque peut-être toujours d’un véritable défenseur droitier de type « stay-at-home », mais cette lacune ne disparaîtra pas en répétant les mêmes combinaisons.
Et surtout, elle ne disparaîtra pas si Martin St-Louis refuse de faire des expériences.
Qu’est-ce que Martin St-Louis apprend de ses erreurs?
Rien. Car il commet à nouveau la même bourde monumentale.
La Caroline aurait dû lui servir de leçon.
Un entraîneur doit accepter qu’il s’est trompé. Il doit parfois casser une combinaison qu’il aime, changer un rôle, déplacer un joueur et prendre le risque de créer quelque chose de meilleur.
Sinon, à quoi sert-il?
Le talent de cette équipe mérite mieux qu’un entraîneur qui s’accroche à ses idées lorsque la réalité lui demande de bouger.
Martin St-Louis doit réagir. Pas demain. Maintenant.
