Louis Morissette doit des excuses à Jakub Dobeš.
Tout le monde se souvient de ses commentaires.
« Des fois, il fait 12 matchs et tout le monde vire fou. “As-tu vu la save?” Il avait juste à moins bouger, il l’avait dans le chest. »
« Ce n’est pas un gardien. Il a l’air de rien, mais il est toujours à la bonne place. Il n’a pas de chest. »
Comme si ce n’était pas assez, il s’est même moqué de son physique.
« Il est gros. Il est gros. Il est plus gros que gros. »
« Il gagne le match, oui… mais je vois des risques inutiles pour un professionnel. »
Le commentaire le plus dur est toutefois arrivé lorsqu’il a raconté avoir parlé à un de ses contacts.
« J’ai appelé un chum. Dans deux ans, il n’est plus dans la Ligue nationale. »
À ce moment-là, le procès était déjà fait.
Jakub Dobeš était devenu le gardien « tout croche », incapable de jouer techniquement, incapable de survivre dans un marché comme Montréal.
Le beau-frère de Morissette, José Théodore, partageait lui aussi plusieurs de ces moqueries envers le pauvre Dobes.
Il répétait que le Tchèque était beaucoup trop brouillon devant son filet. Après sa sortie émotive au New Jersey où il avait pleuré après une défaite, il remettait même en question sa capacité mentale à supporter la pression de la LNH.
José Théodore multipliait les commentaires méprisants sur un gardien trop désorganisé et trop vulnérable mentalement.
Théo l'avait traité de "soft" qui n'allait pas survivre dans la LNH car un gardien de la LNH n'a pas le droit de pleurer.
Et plusieurs se rappellent encore de sa phrase assassine après un tir de barrage, lorsqu’il avait lancé que « le métro de Montréal aurait pu passer entre ses jambes ».
Des paroles tellement méchantes de la part de Théo.
Puis les faits sont arrivés.
Les séries éliminatoires incroyables.
Les statistiques avancées le plaçant au top du top de la LNH.
Les matchs volés.
Et surtout…
La signature de ce nouveau contrat.
Jakub Dobeš vient de signer une prolongation de trois ans d’une valeur de plus de 16 millions de dollars, avec un salaire annuel moyen de 5 357 575 $.
Kent Hughes vient littéralement de confirmer qu’il croit en lui comme l’un des gardiens d’avenir de l’organisation.
Puis est arrivé le revirement que personne n’attendait.
José Théodore.
Celui qui avait été parmi les plus méprisants.
Celui qui riait de sa technique et qui doutait même de sa force mentale.
Il a eu l’humilité de reconnaître publiquement son erreur.
« En bon Québécois, il m’a fermé la gueule. »
Il a ensuite expliqué qu’il s’était trompé.
Qu’il avait sous-estimé les ajustements techniques apportés avec Marco Marciano.
Qu’il avait sous-estimé sa stabilité devant le filet.
Et surtout…
Qu’il avait complètement sous-estimé sa force de caractère.
« Ce que j’ai sous-estimé, c’est sa force mentale. »
Voilà exactement ce qu’on attend d’un analyste.
Être capable d’admettre qu’on avait mal évalué un joueur.
Louis Morissette devrait aujourd’hui faire la même chose.
Lorsque son beau-frère José Théodore reconnaît publiquement s’être trompé, lorsque les statistiques avancées placent le gardien parmi les meilleurs et que Kent Hughes lui remet un contrat de plus de 16 millions de dollars, il devient difficile de continuer à soutenir qu’il ne s’agit pas d’un véritable gardien de la LNH.
Il y a même une ironie extraordinaire dans toute cette histoire.
Avec son salaire annuel moyen de 5 357 575 $, Jakub Dobeš rejoint pratiquement le plus important salaire annuel qu’a touché José Théodore durant sa carrière avec le Canadien. (5,5 M$)
Le gardien que plusieurs ridiculisaient il y a quelques mois vient de recevoir un vote de confiance historique de son organisation.
Comme quoi, dans le hockey, les moqueries prononcées trop rapidement finissent souvent par revenir frapper ceux qui les avaient rendus.
