Jakub Dobeš venait de vivre une soirée qui rappelle une vérité impitoyable de la LNH : le statut de héros peut disparaître beaucoup plus rapidement qu’il est arrivé.
Après des séries qui l’ont propulsé sous les projecteurs, un nouveau contrat lucratif et un été où son nom a beaucoup circulé, le gardien du Canadien a connu à Pittsburgh une performance qui soulève forcément des questions.
Dès la deuxième période, Dobeš n’avait tout simplement pas son meilleur visage.
Les retours de rondelle se sont accumulés et son contrôle n’était pas au rendez-vous.
Sur le deuxième but des Penguins, la rondelle a simplement traversé Dobeš sur un tir qui n’était pourtant aucunement voilé, une séquence particulièrement difficile à expliquer pour un gardien de son calibre.
Plus tard dans la rencontre, une autre situation est venue ajouter à son malaise lorsqu’il a été incapable de geler la rondelle avec sa mitaine et s’est ensuite retourné vers les arbitres en manifestant sa frustration.

Le plus intéressant se trouve toutefois dans les propos de Martin St-Louis après la rencontre.
On lui a demandé directement s’il avait pensé à changer de gardien après les deux premières périodes. Sa réponse mérite d’être retenue :
« C’est toujours des questions que tu te poses. On a parlé à Marco, et on est restés comme ça. »
Le Canadien a donc réellement discuté de la possibilité de procéder à un changement devant le filet avant de décider de laisser Dobeš poursuivre.
Cette situation prend une dimension différente lorsqu’on repense à l’évolution du gardien au cours des derniers mois.
Dobeš avait été l’une des grandes révélations des séries, gagnant énormément de confiance au moment où Montréal en avait le plus besoin.
Son parcours lui a permis de s’établir dans l’esprit des partisans et son contrat signé cet été est venu confirmer que l’organisation comptait sérieusement sur lui.
Le jeune gardien qui devait encore constamment faire ses preuves venait soudainement d’obtenir la reconnaissance et la sécurité financière qui accompagnent un poste important dans la LNH.
Son nouveau statut a aussi alimenté beaucoup de discussions pendant l’été.
Cette semaine, on avait notamment soulevé des questions sur ses fréquentations et son mode de vie, avec une image de jeune joueur qui profite désormais pleinement de la notoriété et des avantages qui viennent avec son succès.
Impossible de dire que cette réalité personnelle explique sa mauvaise soirée à Pittsburgh.
Ce serait aller beaucoup trop loin. Mais le contraste avec son discours d’avant-saison devient particulièrement intéressant.
Dobeš avait justement livré une réponse qui démontrait qu’il comprenait très bien la fragilité de son statut :
« Ce serait injuste d’arriver ici et de prétendre que c’est mon poste. Il y aura toujours quelqu’un qui le voudra. Il faut toujours continuer de se prouver. »
Quelques mois plus tard, cette phrase résonne différemment. Les séries sont passées, le contrat est signé et les attentes sont maintenant beaucoup plus élevées.
Les joueurs du Canadien ont d’ailleurs utilisé un vocabulaire qui colle parfaitement à cette situation.
Nick Suzuki a reconnu que Montréal était devenu « un peu complaisant en deuxième, en pensant peut-être qu’on était trop bons ».
Lane Hutson a expliqué que l’équipe s’était éloignée de ce qui fonctionnait au début du match, en voulant trop jouer avec la rondelle au lieu de rester directe. Le problème était donc loin d’être uniquement celui de Dobeš.
Montréal s’est tiré dans le pied à répétition et Pittsburgh en a profité sans aucune pitié.
St-Louis a lui aussi reconnu cette réalité : « J’ai vu qu’on se tirait dans le pied. Je ne peux pas te dire. C’est des erreurs individuelles, surtout avec la rondelle. On est un peu têtu. »
Le Canadien a offert une deuxième période catastrophique, mais un gardien dans une telle situation doit également être capable de calmer la tempête. Dobeš n’a pas réussi à le faire cette fois.
La bonne nouvelle, c’est que Montréal n’a jamais abandonné et a réussi à revenir d’un déficit de 5-1 pour arracher un point.
La mauvaise nouvelle, c’est qu’une telle remontée ne doit pas faire oublier la manière dont le match a complètement dérapé en deuxième période.
Personne ne demande à Jakub Dobeš d’être parfait à chaque soir. Une mauvaise performance arrive même aux meilleurs gardiens.
Le véritable test commence maintenant.
Après les séries, après le contrat et après un été où son nouveau statut a beaucoup fait parler, Dobeš doit démontrer qu’il possède encore cette faim qui l’avait amené jusqu’à son rôle de héros.
La LNH ne récompense pas longtemps ceux qui pensent que leur place est garantie.
Le Canadien aura besoin du Jakub Dobeš affamé des séries… pas d’un gardien qui commence à croire que la vie de rockstar lui appartient déjà.
Ouch…
