Commotion à TVA Sports: Michel Bergeron perd sa bataille

Commotion à TVA Sports: Michel Bergeron perd sa bataille

Par David Garel le 2026-05-09

Le Tigre perd sa bataille.

Michel Bergeron qui rêvait au congédiement de Martin St-Louis il y a quelques mois, avoue sa défaite.

Ishh...

Lui qui, pendant des mois, a détruit Martin St-Louis sans la moindre pitié, voilà qu’il commence à parler d’une équipe capable de gagner la Coupe Stanley.

Oui, oui. Le même Michel Bergeron qui trouvait le coach du Canadien trop mou, trop soft, trop gentil, trop inexpérimenté. Le même qui répétait qu’il n’avait « pas d’affaire là », qu’il apprenait le métier « sur le dos du Canadien », et qu’on aurait dû aller chercher Patrick Roy.

Et là, tout d’un coup, on sent presque de l’admiration.

Sacré Michel Bergeron.

Parce qu’il faut se souvenir de ce qu’il disait, exactement.

Dès l’arrivée de Martin St-Louis derrière le banc des Canadiens de Montréal, Bergeron avait pratiquement déclaré la guerre au nouvel entraîneur.

Pour lui, c’était inconcevable qu’un entraîneur sans expérience dans le junior, dans la Ligue américaine ou comme adjoint dans la LNH puisse hériter du poste le plus prestigieux du hockey.

« C’est un manque de respect pour les gars qui ont fait leurs classes! », lançait-il.

Dans sa tête, Martin St-Louis arrivait de nulle part. Un ancien grand joueur? Oui. Un grand cerveau hockey? Peut-être. Mais un entraîneur de la LNH? Absolument pas.

Pendant des mois, le Tigre a répété le même refrain.

Martin était trop soft.

Trop proche de ses joueurs.

Trop pédagogique.

Pas assez sévère.

Quand Josh Anderson traversait ses moments difficiles, Bergeron réclamait pratiquement une humiliation publique.

« Le moment est venu de dire : “Ce soir, tu regardes le match de la passerelle.” »

Selon lui, St-Louis manquait complètement d’autorité. Il reprochait au coach de protéger ses vétérans, de ne pas envoyer Anderson dans les gradins, de ne pas imposer la peur dans le vestiaire.

Finalement... Anderson est l'un des héros des séries.

Et quand ça allait mal? Bergeron ne se gênait jamais.

Après certaines défaites gênantes, il parlait carrément d’un entraîneur dépassé par les événements.

« Ce gars-là n’a pas d’affaire dans la LNH », répétait-il pratiquement.

Il voyait Patrick Roy partout.

À chaque mauvaise séquence, chaque mauvaise décision, chaque alignement discutable, Roy revenait dans la conversation comme une espèce de sauveur mythique qui allait venir brasser la baraque.

Dans l’univers de Bergeron, Martin St-Louis n’était jamais la solution.

Toujours le problème.

Mais ce qui rend le revirement actuel honteux, c’est le niveau de contradiction.

À un moment donné, Bergeron reprochait à St-Louis d’être trop souriant avec les médias, trop relax, trop “buddy-buddy”.

Puis, quelques mois plus tard, il lui reprochait exactement le contraire.

Lors de sa chronique à TVA Sports, après une victoire du Canadien, Bergeron se disait consterné parce que Martin St-Louis avait l’air… trop sérieux.

« Après le match contre les Oilers, je m’attendais à voir Martin avec le sourire, la cravate de travers, fier de ses gars. Mais non! Toujours sérieux, toujours en train d’expliquer comment ça marche. Mais les gens veulent juste un peu d’émotion, un peu de vie! »

Là, on décroche.

Parce qu’il faut se brancher à un moment donné.

Quand Martin riait avec les médias, Bergeron le trouvait trop léger.

Quand il restait calme, il était trop froid.

Quand il protégeait ses joueurs, il était trop soft.

Quand il exigeait davantage, il devenait trop intense.

Quand il expliquait le processus, il faisait du pee-wee.

Quand il gagnait? Il ne célébrait pas assez.

Comment veux-tu gagner ce combat-là? Surtout que Michel Bergeron en perd des bouts. Il semble perdre la mémoire en direct.

Comme s'il ne se rappelle pas de ce qu'il disait la veille.

Aujourd'hui, quand il regarde le Canadien, il parle maintenant d’émotion, de passion, de vestiaire uni.

En entendant le fameux discours d’avant-match de Martin St-Louis capté par les caméras, Bergeron semblait presque ému.

« Moi, une grande partie de ma carrière, ça a été ça. La passion, l’émotion. À un moment donné, il faut oublier les X et les O. »

Pardon?

On parle du même Martin St-Louis qui, selon Bergeron, ne savait pas motiver ses joueurs?

Le même coach qui ne comprenait soi-disant pas le tempo émotionnel de la LNH?

Tout à coup, Bergeron reconnaît que St-Louis « sait ce que ça prend pour préparer son équipe pour gagner ».

Regardons Nick Suzuki maintenant.

Michel Bergeron a mené une véritable croisade contre son capitaine.

Il disait qu’il n’était pas un vrai leader.

Qu’il n’avait pas le feu sacré.

Qu’il n’était pas assez passionné.

Qu’il ne parlait pas français.

Qu’il n’avait pas le profil d’un capitaine des Canadiens de Montréal.

Pire encore, lorsque Suzuki avait refusé le Championnat du monde pour récupérer après une saison exténuante, Bergeron avait explosé.

« Fatigué de quoi? »

Puis il s’était moqué ouvertement du fait que Suzuki se retrouvait dans un hôtel ultra luxueux en République dominicaine avec sa fiancée (maintenant femme) Caitlin Fitzgerald, au Amanera, un resort où les chambres avoisinaient les 4000 dollars la nuit.

Pour Bergeron, c’était une insulte.

Comment un capitaine pouvait-il refuser Équipe Canada… pour aller relaxer dans un palace tropical?

Il comparait même Suzuki à Sidney Crosby et Alexander Ovechkin, disant que les vrais grands joueurs répondaient présents au Championnat du monde.

Et pourtant?

Nick Suzuki est allé aux Jeux olympiques.

Il va gagner le Selke.

Encore une fois, exactement le contraire du scénario prédit par Bergeron.

Quand on lui demande si ce Canadien pourrait aller jusqu’au bout?

Michel Bergeron ne rit plus.

Il ne balaie plus l’idée du revers de la main.

Il répond :

« Absolument. »

Même contre une équipe comme la Caroline?

« Absolument. »

Imaginez la scène.

Tout ce que Michel Bergeron critique depuis deux ans est exactement ce qui fait aujourd’hui le succès des Canadiens de Montréal.

Le leadership tranquille de Suzuki.

La patience de Martin St-Louis.

Le développement des jeunes.

L’importance du collectif.

Voilà peut-être la plus grande revanche de Martin St-Louis.

Forcer son plus grand détracteur à embarquer, presque malgré lui, dans un train qu’il a passé des années à vouloir faire dérailler.

Parce qu’à écouter Michel Bergeron aujourd’hui, une chose saute aux yeux.

Le Tigre a tout perdu.

Et il le sait...