Congédiement déguisé à RDS: le public sous le choc

Congédiement déguisé à RDS: le public sous le choc

David Garel
Le 2026-06-07

Le départ d’Hélène Pelletier laisse un drôle de sentiment.

Le public ressent le vide l'incompréhension. Et surtout, un sentiment que quelque chose ne tourne pas rond du côté de RDS.

Dimanche après-midi, au terme de la finale masculine de Roland-Garros, l’une des figures les plus respectées de l’histoire de la télévision sportive québécoise a annoncé son départ. Sans tambour ni trompette. Sans grande campagne d’adieux. Sans véritable explication.

“Ça m’a fait un immense plaisir de partager mon amour du sport avec vous pendant 37 ans.”

Puis c’était terminé.

Pour plusieurs téléspectateurs, le choc a été instantané.

On ne parle pas ici d’une employée parmi tant d’autres. On parle d’une pionnière. D’une femme qui était présente lors du lancement même de RDS en 1989. D’une ancienne joueuse professionnelle qui a contribué à bâtir la crédibilité de la station à une époque où très peu de femmes obtenaient ce genre de rôle dans les médias sportifs.

On parle surtout de la voix du tennis québécois.

Pendant des décennies, Hélène Pelletier a accompagné les amateurs à travers les Internationaux des États-Unis, Wimbledon, Roland-Garros et les Internationaux d’Australie. Elle faisait partie du décor. Elle était l’une des rares personnalités de RDS qui traversaient les générations.

Et pourtant, son départ donne l’impression d’avoir été réglé en quelques minutes.

C’est là que les questions commencent.

Car Hélène Pelletier n’a jamais dit qu’elle prenait sa retraite.

Au contraire.

Elle a clairement indiqué qu’elle quittait RDS, mais qu’elle ne prenait pas sa retraite.

Cette précision veut tout dire.

Quand une personne de 37 années de service quitte volontairement le marché du travail, le mot retraite apparaît généralement très rapidement dans la conversation. Ici, ce n’est pas ce qui s’est produit.

Elle quitte RDS.

Point.

Et forcément, dans le contexte actuel, plusieurs observateurs font immédiatement le lien avec tout ce qui secoue le Réseau des sports depuis des mois.

Les chiffres sont inquiétants.

Les revenus diminuent.

Les abonnés disparaissent.

RDS a perdu environ 100 000 abonnés en une seule année. Les revenus ont reculé à environ 140 millions de dollars. Plus inquiétant encore, RDS a enregistré une perte de plus de 20 millions de dollars avant impôt. En ajoutant RDS Info, les pertes combinées approchent les 28 millions de dollars.

Pour une station qui était autrefois l’une des chaînes spécialisées les plus rentables au Canada, c'est la panique totale.

Et les mauvaises nouvelles ne s’arrêtent pas là.

À partir de la saison prochaine, RDS passera de 60 à 45 matchs des Canadiens de Montréal par saison. Quinze matchs de moins. Quinze occasions de moins de générer des revenus publicitaires. Quinze occasions de moins de rentabiliser la programmation.

Pire encore, on raconte que RDS perd 500 000 dollars par match.

Pendant ce temps, les négociations entourant les droits francophones nationaux de la LNH continuent avec TVA Sports qui devrait garder les séries éliminatoires.

Ouch.

RDS est au fond du troul

Chaque salaire compte.

Chaque décision compte.

C’est pourquoi le départ d’Hélène Pelletier ne survient pas dans le vide.

Depuis quelques mois, plusieurs figures historiques quittent l’organisation. Alain Crête est parti. Michel Y. Lacroix est parti. Gaston Therrien a quitté lui aussi. Maintenant, c’est au tour d’Hélène Pelletier.

Crête, Lacroix et Therrien ont affirmé prendre leur retraire. Déjà là, on se demandait s'il s'agissait d'une retraite forcée.

Alors vu la voix de Pelletier, qui était pas mal sèche avec l'annonce de son départ, il est clair que ce n'est pas son choix.

Le fait qu'elle précise ne pas prendre sa retraite est une flèche envoyée à ses employeurs à TVA Sports.

Évidemment, personne ne peut affirmer qu’il s’agit d’un congédiement déguisé.

Personne ne peut prétendre connaître les discussions qui ont eu lieu derrière les portes closes.

Mais ce que plusieurs remarquent, c’est la manière.

La rapidité de l'annonce sans pré-avis.

L’absence d’explications.

L’absence d’un véritable grand départ à la hauteur de sa contribution.

Après 37 ans de loyaux services, après avoir marqué l’histoire du tennis au Québec, après avoir contribué à bâtir l’identité même de RDS, plusieurs s’attendaient à davantage qu’une annonce de quelques secondes à la fin d’une retransmission.

C’est ce qui crée aujourd’hui ce malaise.

Ce n’est pas nécessairement le départ.

C’est la façon dont il s’est produit.

Et surtout le moment où il se produit.

Dans une entreprise en santé, une légende reçoit une célébration.

Dans une entreprise qui traverse une crise, une légende reçoit parfois simplement une porte de sortie.

Lorsqu’une institution comme RDS perd coup sur coup plusieurs de ses figures historiques pendant qu’elle accumule les pertes financières, perd des abonnés et lutte pour son avenir, les départs cessent d’être perçus comme de simples coïncidences.

Ils deviennent des symboles.

Pauvre Hélène. Nos pensées sont avec elle.