Critique noire de Martin St-Louis: José Théodore tient des propos pénibles
José Théodore et Martin St-Louis. Cogeco

Critique noire de Martin St-Louis: José Théodore tient des propos pénibles

David Garel
Le 2026-10-08

José Théodore n’a pas pris de gants blancs pour parler du Canadien de Montréal. L’ancien gardien du Tricolore a envoyé un message particulièrement dur à Martin St-Louis et à son équipe, en remettant directement en question la façon dont le club est dirigé sur la glace.

Après trois matchs, il estime que le Canadien n’a pas suffisamment progressé dans un aspect pourtant présenté comme une priorité pendant la saison morte : le jeu collectif défensif.

« On est un peu trop axé sur le fun », a lancé Théodore sur les ondes du 98,5 FM. Une phrase qui fait mal, surtout quand on sait à quel point Martin St-Louis a mis de l’avant une culture axée sur le plaisir, la liberté et la confiance envers ses joueurs.

Selon l’ancien gardien, le problème n’est pas que les joueurs aiment jouer ensemble. C’est plutôt que cette philosophie semble prendre trop de place, au détriment des sacrifices nécessaires pour gagner dans la LNH.

Théodore a également été très clair sur ce qu’il attend de l’équipe : « Tout le monde doit en donner un peu plus. Il va falloir que le Canadien retourne à la table à travail et que les jeux de base fondamentaux soient beaucoup plus fluides, plus naturels et mieux intégrés. »

Voilà qui remet directement en question le travail de St-Louis. Le Canadien ne peut pas prétendre vouloir passer à l’étape suivante si ses joueurs continuent de commettre les mêmes erreurs, de prendre des risques inutiles avec la rondelle et de négliger les détails qui font la différence contre les meilleures formations. Le talent est là, mais le talent ne suffit pas lorsqu’une équipe ne sait pas protéger son territoire.

Le début de saison est d’ailleurs difficile à défendre. Après trois rencontres, Montréal avait accordé 13 buts, sans compter celui inscrit dans un filet désert contre la Caroline. La défensive se retrouve parmi les pires de la ligue dans plusieurs catégories importantes, notamment les buts accordés, les tirs concédés et les buts anticipés. Pour une équipe qui voulait franchir un nouveau palier cette saison, c’est un signal inquiétant.

Le plus problématique, c’est que l’organisation avait justement insisté sur l’importance d’améliorer son jeu défensif pendant l’été. L’embauche de Derek Lalonde devait notamment aider St-Louis à corriger les lacunes dans ce département.

Or, après quelques matchs, les mêmes problèmes sont déjà visibles : des revirements coûteux, des batailles individuelles perdues, des passes risquées et une incapacité à fermer le jeu lorsque la pression augmente.

Théodore ne critique donc pas simplement une mauvaise soirée. Il remet en question une approche qui, à ses yeux, ne permet pas au Canadien de jouer de la bonne façon. Une équipe peut être divertissante, produire de belles séquences et compter sur des jeunes talentueux. Mais si elle ne fait pas les sacrifices nécessaires sans la rondelle, elle finira par payer le prix.

Le revers de 6-4 contre les Hurricanes a d’ailleurs exposé plusieurs de ces lacunes. Montréal a accordé trop d’occasions, a perdu des batailles importantes et a laissé la Caroline dicter le rythme pendant de longues séquences. Les Hurricanes n’ont pas eu besoin de produire un match parfait pour exploiter les erreurs du Canadien. Ils ont simplement joué avec davantage de discipline et de cohésion.

C’est précisément ce qui rend les propos de Théodore aussi sévères. Martin St-Louis veut que ses joueurs prennent des initiatives, qu’ils soient créatifs et qu’ils aient confiance en leurs moyens. Mais cette liberté doit s’accompagner d’une responsabilité collective.

Lorsqu’un joueur tente un jeu risqué au mauvais moment, les quatre autres doivent souvent en subir les conséquences. Et lorsque ces erreurs se répètent, ce n’est plus seulement une question de talent individuel : c’est tout le système qui doit être remis en question.

Le Canadien doit aussi comprendre que la maturité ne consiste pas uniquement à reconnaître ses erreurs après une défaite. Elle consiste à les éviter lorsque le match est encore en jeu. Les joueurs peuvent affirmer qu’ils savent ce qu’ils doivent corriger, mais les paroles ne valent pas grand-chose si les mêmes problèmes réapparaissent dès la rencontre suivante.

La jeunesse de l’équipe peut expliquer certaines difficultés. Elle ne peut toutefois pas servir d’excuse éternelle. Les joueurs doivent apprendre à reconnaître les situations où le jeu simple est la meilleure option, à envoyer la rondelle en fond de territoire plutôt que de forcer une passe dangereuse et à accepter qu’un sacrifice défensif puisse être aussi important qu’un geste spectaculaire en attaque.

C’est là que St-Louis doit faire passer son message. Son travail ne consiste pas seulement à entretenir une bonne ambiance dans le vestiaire et à permettre à ses jeunes joueurs de s’exprimer. Il doit aussi leur inculquer les habitudes nécessaires pour gagner, même lorsque le match devient difficile et que les solutions offensives se font rares.

Théodore vient de rappeler une vérité que le Canadien ne peut plus ignorer : une équipe ne gagne pas simplement parce qu’elle a du plaisir à jouer ensemble. Elle gagne lorsqu’elle accepte de faire les choses moins glamour, de défendre avec acharnement et de privilégier le résultat collectif aux statistiques individuelles.

Martin St-Louis doit maintenant démontrer que sa philosophie peut produire autre chose qu’un spectacle agréable. Le Canadien veut devenir une équipe capable de rivaliser avec les meilleures formations de la LNH. Il doit commencer par prouver qu’il sait défendre, limiter les erreurs et jouer avec la discipline nécessaire pour gagner.

José Théodore a lancé l’avertissement. Des propos pénibles, mais nécessaires.

Au personnel d’entraîneurs et aux joueurs de démontrer qu’ils l’ont entendu.