Cutter Gauthier accueilli par des chants haineux : les Américains humiliés dans leur guerre contre le Canada
Cutter Gauthier. Getty Image

Cutter Gauthier accueilli par des chants haineux : les Américains humiliés dans leur guerre contre le Canada

André Soueidan
Le 2026-10-25
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Les partisans canadiens seraient des mauvais perdants, des frustrés incapables de respecter les joueurs américains et des pleurnichards qui ne digèrent pas leur défaite contre les États-Unis?

Parfait. Maintenant, il faudrait peut-être expliquer ce qui s’est passé à Philadelphie samedi, lorsque les partisans des Flyers ont accueilli Cutter Gauthier avec des huées et des chants hostiles.

Visiblement, quand les Américains s’en prennent à un joueur, c’est de la passion.

Quand les Canadiens font la même chose, certains y voient une crise nationale.

Bienvenue dans le merveilleux monde du double standard américain!

Samedi, Gauthier retrouvait les partisans des Flyers pour une nouvelle visite à Philadelphie depuis son départ controversé.

Le jeune attaquant des Ducks d’Anaheim avait refusé de signer avec les Flyers avant d’être échangé en janvier 2024 contre le défenseur Jamie Drysdale et un choix de deuxième ronde.

Depuis, une partie des partisans de Philadelphie ne lui a jamais pardonné. Le résultat?

Des huées, des insultes et le fameux chant « Fuck you Cutter », repris par une foule qui n’avait manifestement pas oublié cette histoire.

Les images circulent maintenant, et elles sont particulièrement savoureuses pour quiconque a suivi les commentaires de certains internautes américains après le retour de Brady Tkachuk à Ottawa.

Mercredi, l’ancien capitaine des Sénateurs faisait son retour dans la capitale canadienne avec les Panthers de la Floride après avoir demandé à quitter Ottawa.

La foule ne lui a pas exactement déroulé le tapis rouge.

Les partisans l’ont hué pendant les réchauffements, ont conspué sa vidéo hommage et ont multiplié les chants, allant de « On n’a pas besoin de toi » à « Va te faire foutre, Brady », sans oublier les moqueries sur ses capacités intellectuelles et les fameux crayons.

La soirée a été particulièrement hostile.

Ottawa a finalement écrasé la Floride 5 à 1, et Tkachuk a dû encaisser les réactions d’une foule qui se sentait abandonnée par son ancien capitaine.

Après la rencontre, pourtant, l’attaquant a reconnu la passion des partisans et a pris leur accueil avec le sourire. On peut difficilement prétendre qu’il s’agissait d’un joueur incapable de comprendre la culture sportive.

Mais sur les réseaux sociaux, certains commentateurs américains ont décidé d’en faire une affaire beaucoup plus grande.

Pour eux, ces chants démontraient que les Canadiens étaient de mauvais perdants, particulièrement depuis la défaite du Canada contre les États-Unis en finale olympique.

Certains y ont même vu une explication au fait que des joueurs américains hésiteraient à évoluer au Canada.

Sérieusement? Une foule hue un joueur qui a quitté son équipe et voilà que tout un pays doit passer devant le tribunal de l’opinion américaine?

Le plus drôle, c’est que Philadelphie vient de fournir une réponse grandeur nature à ces donneurs de leçons. Les partisans des Flyers n’ont pas accueilli Gauthier avec des fleurs parce qu’il est américain.

Ils ne lui ont pas offert une ovation simplement parce qu’il appartient au pays qui a remporté l’or olympique. Ils lui ont fait comprendre qu’ils n’avaient pas digéré son départ.

Exactement comme les partisans d’Ottawa avec Brady Tkachuk.

Et c’est parfaitement normal dans le sport professionnel.

Quand un joueur tourne le dos à une organisation, demande à partir ou devient le symbole d’une rupture avec une ville, les partisans ont le droit d’exprimer leur mécontentement.

Ils achètent des billets, remplissent les gradins et investissent une partie de leur vie émotionnelle dans leur équipe. Personne n’est obligé d’applaudir un joueur simplement pour protéger son ego.

Les amateurs de soccer européen pourraient d’ailleurs expliquer deux ou trois choses à ces critiques.

Dans plusieurs stades, les chants hostiles font partie d’une culture de rivalité bien installée, parfois beaucoup plus intense que ce qu’on entend dans les arénas de hockey nord-américains.

Cette tradition a évidemment ses limites, notamment lorsqu’elle bascule dans le racisme, les menaces ou la violence.

Mais huer un joueur qui a quitté son équipe? Ce n’est pas une invention canadienne.

Le problème n’est donc pas que des partisans américains huent Cutter Gauthier. Ils ont le droit d’être furieux contre lui, tout comme les amateurs d’Ottawa avaient le droit d’être déçus par Brady Tkachuk.

Le problème, c’est de prétendre que le comportement des Canadiens révèle un défaut national, puis de célébrer exactement le même comportement lorsque les coupables portent les couleurs de Philadelphie.

Ces critiques voudraient-elles que les partisans canadiens déroulent un tapis rouge à chaque joueur américain qui traverse la frontière?

Qu’on leur serve un café, qu’on leur remette une médaille et qu’on leur chante des louanges pendant qu’ils quittent leur équipe?

Le hockey ne fonctionne pas comme ça.

Les États-Unis ont leurs rivalités, leurs partisans en colère et leurs joueurs détestés.

Le Canada aussi. La différence, c’est que certains internautes américains semblent convaincus que leurs propres réactions sont toujours justifiées, tandis que celles des Canadiens prouvent leur infériorité.

Les vidéos de Philadelphie viennent de leur offrir un miroir. Le spectacle est plutôt gênant.

Ouch…