Alexis Lafrenière est en train de faire parler toute la LNH. Le Québécois a encore frappé aujourd’hui avec un but et une passe contre les Canucks, portant sa récolte à huit points en sept matchs, dont cinq buts.
Il se retrouve à égalité au neuvième rang des pointeurs de la ligue. Pas mal pour un joueur que certains avaient déjà commencé à enterrer, comme si les Rangers de New York avaient gaspillé leur premier choix au total en 2020.
Pendant qu’on cherchait encore les raisons de douter de lui, Lafrenière est en train de rappeler à tout le monde pourquoi il était considéré comme l’un des plus grands espoirs de sa génération.
Le plus ironique dans cette histoire, c’est qu’à Montréal, son nom a longtemps été associé au mot « flop ».
Quand les discussions autour d’un possible échange avec Juraj Slafkovsky ont commencé à circuler, plusieurs ont immédiatement défendu le Slovaque. Le raisonnement était simple : Slafkovsky avait connu une saison de 30 buts et 73 points en 82 matchs, il mesure 6 pieds 3 pouces, pèse environ 225 livres et possède des qualités physiques que Lafrenière n’a jamais eues.
On affirmait que Laffy n'avait rien d'extraordinaire et qu'il était moyen partout.
Le Canadien avait donc raison de miser sur son propre premier choix au total, pendant que les Rangers pouvaient bien garder leur Québécois.
Aujourd’hui, le portrait commence sérieusement à changer.
Slafkovsky connaît un début de saison atroce. Le problème dépasse largement sa maigre récolte d’un seul but. Il peine à contrôler la rondelle, multiplie les séquences où il ralentit le jeu et devient un véritable boulet lorsque le Canadien tente d’installer son avantage numérique.
On attend d’un joueur de son gabarit et de son talent qu’il impose sa présence, qu’il attaque le filet et qu’il fasse payer les défenseurs adverses.
Pour l’instant, il donne plutôt l’impression de chercher son jeu à chaque présence. Après une saison de 73 points, le voir repartir aussi péniblement est une véritable déception.
Son nouveau surnom? Monsieur Revirement.
Lafrenière, lui, est en train de prendre son envol. Il marque, il prépare des buts et il accumule les points à un rythme qui le place parmi les meilleurs attaquants de la ligue depuis le début de la saison.
Le Québécois n’a pas soudainement appris à jouer au hockey en octobre. Il a toujours eu le talent, les mains et les instincts offensifs. I
Il lui fallait continuer à progresser et trouver le moyen de transformer son potentiel en production régulière. À voir ce qu’il accomplit actuellement, les Rangers récoltent peut-être enfin les dividendes de leur patience.
Le dossier est d’autant plus croustillant que le Canadien a réellement tenté de mettre la main sur Lafrenière. Selon les informations qui ont circulé autour des discussions entre les deux organisations, Montréal aurait proposé David Reinbacher, mais New York aurait refusé cette avenue et demandé Slafkovsky.
Kent Hughes n’aurait pas voulu céder son imposant attaquant slovaque. À l’époque, cette décision paraissait parfaitement défendable.
Slafkovsky sortait d’une saison productive, son potentiel physique était évident et le Canadien venait de lui consentir un contrat à long terme. Pourquoi échanger un joueur de 21 ans qui venait de récolter 73 points?
Sauf qu’une décision peut sembler logique au moment où elle est prise et devenir beaucoup moins confortable lorsque les résultats changent.
C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. Lafrenière est à égalité avec huit points en sept rencontres, tandis que Slafkovsky cherche désespérément son rythme.
Les partisans qui affirmaient que Montréal avait eu raison de refuser l’échange doivent maintenant regarder les deux joueurs sur la glace et se demander si le Canadien n’a pas laissé passer une occasion de miser sur un talent québécois capable de devenir une véritable force offensive.
Il ne faut pas non plus réduire Slafkovsky à ses premières semaines de la saison. Son gabarit, sa puissance et sa capacité à protéger la rondelle demeurent des atouts importants.
Lorsqu’il joue avec confiance, il peut devenir un attaquant très difficile à contenir. Mais ces qualités ne lui donnent pas un laissez-passer permanent. Un premier choix au total qui touche 7,6 millions de dollars par saison doit produire, surtout lorsqu’il évolue avec Nick Suzuki et Cole Caufield. Le Canadien ne peut pas se contenter de rappeler son potentiel chaque fois que son jeu devient inquiétant.
Pendant ce temps, Lafrenière est en train de transformer une vieille étiquette en carburant. Celui qu’on présentait comme une déception à New York se retrouve maintenant sous les projecteurs pour les bonnes raisons.
Le plus cruel pour le Canadien, c’est que cette histoire aurait pu prendre une tout autre direction. Si Slafkovsky avait démarré la saison en force pendant que Lafrenière peinait à produire, les partisans auraient célébré la décision de Kent Hughes et Jeff Gorton. Aujourd’hui, les rôles sont inversés, et le Québécois des Rangers est en train de voler la vedette dans toute la LNH.
Lafrenière est en feu. Slafkovsky est méconnaissable. Et Montréal doit déjà vivre avec une question qui risque de revenir souvent si cette tendance se poursuit : le Canadien a-t-il refusé de céder le bon joueur?
