Alexandre Carrier pensait-il pouvoir forcer la main de Kent Hughes en sortant publiquement dans les médias anglophones?
Le défenseur québécois tombe de haut. Alors qu’il espérait obtenir un contrat de 25 millions de dollars sur cinq ans, le Canadien ne semble absolument pas pressé de lui dérouler le tapis rouge.
Montréal aurait d’autres priorités et ne voudrait pas lui accorder les cinq millions de dollars par saison qu’il réclame. Le message est clair : Carrier est apprécié, mais il n’est pas question de lui donner tout ce qu’il veut.
La sortie publique du défenseur dans The Gazette, où il a confirmé n’avoir eu aucune discussion contractuelle avec la direction, risque de faire jaser.
Interrogé par Stu Cowan après l’entraînement de jeudi, Carrier a répondu simplement qu’il n’y avait pas eu de discussions et qu’il espérait continuer à s’améliorer et à gagner des matchs.
Sur papier, rien de scandaleux. Un joueur répond à une question sur son avenir, et c’est tout.
Mais dans le contexte actuel, cette déclaration soulève des questions. Carrier sait que son contrat arrive à échéance à la fin de la saison. Il sait également que le Canadien a déjà commencé à régler certains dossiers contractuels et qu’il devra bientôt décider quels joueurs il souhaite conserver à long terme.
En confirmant publiquement que les négociations n’ont pas commencé, il expose une situation qui n’est certainement pas idéale pour lui.
Son message peut être interprété comme une façon de rappeler à la direction qu’il attend des nouvelles. Si son intention était de mettre de la pression sur Kent Hughes, il devra toutefois comprendre une chose : le Canadien n’a aucune obligation de lui offrir immédiatement une prolongation de contrat.
Et surtout, Hughes ne changerapas son approche simplement parce que le dossier fait maintenant parler.
Carrier gagne actuellement 3,75 millions de dollars par saison. À 30 ans, le défenseur droitier arrive à un moment important de sa carrière, puisqu’il peut espérer obtenir une prolongation de plusieurs années ou tester le marché des joueurs autonomes à l’été 2027.
TVA a évoqué des demandes de quatre ou cinq saisons à plus de cinq millions de dollars par année. Une entente de cinq ans à ce salaire représenterait un engagement de 25 millions de dollars.
Pour Carrier, ce serait une récompense juste près avoir démontré qu’il pouvait être un défenseur fiable dans la LNH. Depuis son acquisition en décembre 2024, il a contribué à stabiliser la brigade défensive du Canadien. Son intelligence, sa mobilité et son courage lui permettent de jouer un rôle important malgré un gabarit relativement modeste.
Dans sa tête, il peut aller chercher bien plus sur le marché des agents libres.
Il bloque des tirs, prend de bonnes décisions et facilite le travail de ses partenaires. Martin St-Louis apprécie vraiment son niveau de compétition, alors que ses coéquipiers reconnaissent sa capacité à se sacrifier pour l’équipe.
Personne ne prétend que Carrier est un mauvais défenseur. Bien au contraire. Il a prouvé qu’il pouvait rendre de précieux services au Canadien.
La question est de savoir si cette contribution justifie cinq millions de dollars par saison, et si Montréal considère que son avenir passe nécessairement par une prolongation à long terme.
Les intérêts des deux parties divergent de manière cinglante en ce moment.
Carrier estime qu’il mérite une augmentation qu'il juge minime (1,25 M$ de plus par année) et une sécurité financière pour les prochaines années.
Hughes doit, de son côté, tenir compte du plafond salarial, de la composition de sa brigade défensive (David Reinbacher doit avoir une place) et des autres contrats qu’il devra négocier. (Josh Anderson en particulier)
Le Canadien ne peut pas distribuer des augmentations simplement parce qu’un joueur a bien fait son travail. Chaque décision doit s’inscrire dans un plan d’ensemble.
Le dossier Carrier n’est d’ailleurs pas le seul sur le bureau de Hughes.
Le Canadien compte plusieurs joueurs dont l’avenir devra être déterminé au cours des prochains mois. Josh Anderson souhaite rester à Montréal, Phillip Danault pourrait également faire partie des discussions, alors que Kirby Dach et Samuel Montembeault se trouvent eux aussi dans la dernière année de leur contrat et seront échangés.
Dans le cas de Chris Kreider, il ne reviendra pas, lui qui est fini à la corde.
La direction doit donc choisir ses priorités. Montréal n'est même pas proche de discussions contractuelles avec Carrier, et Anderson ne serait pas non plus rendu à cette étape, même si en terme de priorité, il passe avant le pauvre Québécois.
Carrier a beau être un défenseur droitier précieux, il ne détient pas le monopole des besoins de l’organisation. Il vient de l'apprendre de façon cinglante.
Hughes estime qu’une prolongation à cinq millions par année n’est pas justifiée, et va tenter de signer Carrier à rabais.
On parle d'un objectif qui se situe entre 4 et 5 M$ par année.
Le facteur familial pourrait-il jouer en faveur de Montréal?
Carrier est originaire de Varennes et semble bien installé dans la région montréalaise. Sa conjointe, la docteure Alicia Lessard, exerce la médecine à Montréal. et le couple a accueilli une petite fillem Olivia, durant l’été.
Ces attaches personnelles sont importantes. Elles peuvent rendre Montréal particulièrement attrayante pour le défenseur, qui n’aurait pas à déplacer sa famille ni à bouleverser la carrière professionnelle de sa conjointe.
Réjean Tremblay a d’ailleurs évoqué la possibilité que le Canadien profite de cette situation pour tenter de conserver Carrier pour des peanuts.
Ouch.
Le simple fait que le défenseur ait des raisons personnelles de vouloir rester à Montréal signifie qu’il acceptera automatiquement une offre moins généreuse aux yeux de Kent Hughes, le DG "requin".
S’il croit pouvoir obtenir cinq millions de dollars par saison sur le marché, il pourrait décider d’attendre et de voir ce que les autres équipes sont prêtes à lui proposer. Sa famille et ses attaches québécoises pèseront peut-être dans la balance, mais elles ne feront pas disparaître ses intérêts professionnels.
Hughes devra donc trouver un équilibre entre ce que le joueur apporte à l’équipe et le prix qu’il est prêt à payer pour le conserver.
Carrier n’est pas intouchable
Le défenseur a gagné le respect de ses coéquipiers et de son entraîneur. Sa contribution est réelle, et le Canadien aurait de bonnes raisons de vouloir le garder.
Cela ne signifie pas qu’il doit obtenir automatiquement cinq millions de dollars par année pendant cinq saisons.
Le marché déterminera une partie de sa valeur. Ses performances cette saison auront également leur importance. Si Carrier continue de jouer à un niveau élevé, il renforcera sa position dans les négociations. Si son rendement diminue ou si le Canadien estime qu’il dispose déjà de solutions suffisantes à droite, la situation pourrait changer.
La sortie dans The Gazette ne garantit donc rien au défenseur. Elle a peut-être attiré l’attention sur son dossier, mais elle ne force pas Hughes à agir.
Le directeur général a déjà démontré qu’il pouvait négocier des prolongations en cours de saison lorsque les circonstances s’y prêtaient. Il l’a fait avec Lane Hutson, Mike Matheson et Alexandre Texier en 2025-2026. S’il veut régler le dossier Carrier rapidement, il connaît le chemin.
Pour le moment, il n’y a toutefois aucune indication que le Canadien soit prêt à lui accorder les conditions qu’il pourrait rechercher.
Carrier a peut-être voulu rappeler à la direction qu’il attend une réponse. Hughes pourrait lui rappeler que les décisions se prennent au bureau du directeur général, pas dans les pages d’un journal.
Le défenseur québécois reste un joueur utile et apprécié. Mais si ses attentes salariales dépassent ce que le Canadien juge raisonnable, son avenir à Montréal ne sera pas garanti.
À 30 ans, Carrier devra éventuellement choisir entre la sécurité d’un contrat avec le Canadien et la possibilité d’obtenir une meilleure offre ailleurs. De son côté, Hughes devra décider si un défenseur fiable vaut un engagement de 25 millions de dollars.
Pour l’instant, Montréal ne semble pas pressé. Et si Carrier espérait accélérer les choses en exposant publiquement l’absence de discussions, il risque surtout de découvrir que Kent Hughes n’a aucune intention de négocier sous la pression.
