Stéphane Waite est encore en train de faire parler de lui, et cette fois, c’est Jacob Fowler qui se retrouve dans sa mire.
Alors que le jeune gardien du Canadien de Montréal impressionne et donne aux partisans une raison de croire qu’ils tiennent enfin leur gardien d’avenir, l’ancien entraîneur des gardiens du Tricolore évoque déjà la possibilité de le retourner dans la Ligue américaine.
Pardon?
Il fallait le faire. Fowler est le gardien de l'heure dans la LNH, les amateurs commencent à s’enthousiasmer et Waite arrive avec son scénario catastrophe.
On ne lui demande pas de déclarer Fowler meilleur que Carey Price, de lui remettre le trophée Vézina ou de garantir qu’il sera le gardien numéro un du Canadien pendant les dix prochaines années.
On lui demande simplement de reconnaître ce qui se passe sous ses yeux et de laisser le jeune homme profiter de son occasion.
Waite n'accepte pas qu'on compare Fowler à son chouchou Price.
« Pour moi, oui. C’est facile à répondre aujourd’hui, avec le début de saison qu’il y a. Mais encore là, ce n’est même pas garanti. Le hockey change tellement vite. Dans deux semaines, Dobes va avoir retrouvé son aplomb, Sam (Montembeault) va revenir. Et puis peut-être que Fowler va avoir eu deux mauvais matchs et peut-être qu’on va dire : écoute, pour l’instant, Fowler, on va le renvoyer. »
Voilà. Deux mauvais matchs et Fowler pourrait retourner à Laval. C’est le scénario que Waite met lui-même sur la table alors que le jeune gardien sauve la saison du CH jusqu'a maintenant.
Le plus irritant, c’est que cette intervention ne survient pas dans un vide. Depuis qu’il a quitté le Canadien, Waite a multiplié les commentaires controversés sur les joueurs du CH.
Jonathan Drouin a fait les frais de ses anecdotes, Jakub Dobeš a été la cible de critiques sur son attitude et Samuel Montembeault a lui aussi reçu des commentaires cinglant. Aujourd’hui, Fowler se retrouve à son tour au centre du mépris de Waite.
À force de revoir ces épisodes, une question se pose : pourquoi les interventions de Waite finissent-elles si souvent par susciter des réactions aussi vives?
Est-ce simplement parce qu’il ose dire ce que d’autres n’osent pas dire, ou parce que sa manière de présenter ses opinions donne parfois l’impression qu’il préfère enfoncer un joueur plutôt que de contribuer à son évaluation?
C'est absolument la 2e option.
Pendant ce temps, Jakub Dobeš fait aussi les frais des déclarations de Waite. Le jeune gardien a une personnalité bien à lui. Il affiche sa confiance, il sourit, il provoque parfois ses adversaires et il ne cherche pas à cacher ses émotions.
Waite a décidé de s’attaquer directement à l’attitude de Dobeš.
« Il y a une ligne entre être confiant et être baveux. Cette ligne-là, il ne faut pas la traverser. À un moment donné, ça va te revenir dans la face. »
Il a également avancé que cette attitude pouvait irriter certains de ses propres coéquipiers.
« Il y a probablement des coéquipiers qui n’aiment pas ça. Parce qu’à un moment donné, ça crée des étincelles et ça met de l’huile sur le feu. »
Selon Waite, Jakub Dobes n'a aucun mérite pour s'être rendu en finale de conférence avec le CHé
« On a gagné en 2010 avec un gardien recrue et mauvais, Antti Niemi, comme on l'a fait avec Dobeš. »
Le message est clair : une équipe peut remporter des matchs malgré un gardien de bas étage, grâce à la qualité de la formation qui l’entoure.
Cinglant.
Samuel Montembeault a lui aussi été la cible de commentaires sans oitié de la part de Waite. L’ancien entraîneur des gardiens a notamment réagi aux propos du Québécois pendant le camp d'entraînement, où il se vantait de ses statistiques.
Montembeault énumérait le nombre d'arrêts et les buts accordés après chaque sortie, comme s'il voulait rappeler à ses dirigeants qu'il avait un bon camp d'entraînement.
Waite avait alors répondu sur les ondes de Cogeco :
« En huit ans avec Carey Price, il ne m’a pas parlé une fois de ses statistiques », a-t-il lancé.
« Je veux rien savoir de tes stats, Sam. Gagne des games ! Puis concentre-toi sur les bonnes affaires, les stats vont venir. »
Ouch.
Waite a choisi de lui répondre avec une formule sèche, en prenant Carey Price comme point de comparaison. Il voulait clairement rabaisser Sam.
C’est dans cette ambiance toxique qu’il faut revenir aux propos les plus récents de Waite sur Fowler.
Waite semble jaloux des succès de Fowler, car Waite n'accepte pas qu'on amène le nom de Carey Price dans la conversation.
De vouloir l'envoyer à Laval est d'un mépris sans nom.
Le problème avec Stéphane Waite, ce n’est pas qu’il critique les joueurs
Bien sûr qu’il en a le droit. Il a été entraîneur des gardiens de l’organisation, il possède une expérience considérable et ses connaissances peuvent contribuer au débat. Une émission sportive a besoin d’opinions différentes, y compris de critiques sévères lorsque les performances ne sont pas à la hauteur.
Mais cette liberté vient avec une responsabilité. Il ne doit pas l'utiliser pour exposer les joueurs sous un jour embarrassant.
On dirait qu'il veut rabaisser les joueurs.
rmettent de constater que son style d’intervention est devenu un sujet de discussion en soi.
Cogeco doit faire attention.
Si les interventions de Waite deviennent à chaque fois une succession de petites phrases controversées, méprisantres et mesquines, le public abandonnera la station.
Les plaintes et les critiques concernant Waite ont été évoquées publiquement, mais leur nombre exact et les suites que Cogeco demeurent inconnus.
Le réseau tente de cacher la controverse sous le tapis.
Jacob Fowler est le gardien numéro un incontestable du Canadien. Il devra traverser des périodes difficiles, prouver sa constance et démontrer qu’il peut assumer les responsabilités qui viennent avec ce poste.
Mais il ne jouera plus jamais à Laval.
Les amateurs du Canadien ont passé suffisamment d’années à chercher des réponses devant le filet pour avoir le droit de se réjouir lorsqu’un jeune gardien leur donne une raison d’espérer.
Stéphane Waite peut continuer à exprimer son mépris. Il peut critiquer la technique de Fowler, remettre en question les décisions de l’organisation et expliquer pourquoi il estime que Dobeš et Montembeault vont reprendre leur place.
Mais ses analyses seront beaucoup plus utiles si elles reposent sur des éléments précis plutôt que sur des scénarios de renvoi ou des jugements qui alimentent inutilement la controverse.
Le Québec en a assez de son mépris.
