Une simple réponse d’Ivan Demidov a provoqué quelques rires devant les journalistes du Canadien ce matin… sauf que le jeune Russe, lui, n’avait absolument pas envie de faire rire personne.
Son visage disait même tout le contraire.
La scène s’est produite lorsque Demidov a été questionné sur l’arrivée de Chris Kreider, le nouveau vétéran du Canadien qui s’est retrouvé sur le premier trio avec Nick Suzuki et Cole Caufield pendant l’entraînement.
Pour un jeune joueur qui cherche encore ses mots en anglais, la question n’était pas exactement la plus facile. Demidov a tout de même tenté de répondre sérieusement, en cherchant une comparaison pour expliquer l’impression que lui donne Kreider.
Sa réponse, traduite dans l’idée, ressemblait à ceci : Kreider lui rappelait un « vieux Slafkovsky ».
Une formulation maladroite en anglais, certainement, mais qui avait une logique dans la tête de Demidov.
Le jeune attaquant voulait expliquer que Kreider lui faisait penser à Juraj Slafkovsky avec davantage d’expérience, comme une version plus âgée et plus accomplie du gros ailier slovaque.
Quelques journalistes ont ri.
C’est précisément à ce moment que la scène est devenue inconfortable.
Demidov a rapidement compris que sa réponse avait été interprétée comme une blague.
Son expression a changé et son malaise était difficile à manquer.
Celui qui, habituellement, possède cette énergie contagieuse devant les caméras avait soudainement l’air de chercher une porte de sortie.
On venait de transformer une tentative de réponse sérieuse en petite plaisanterie autour de Kreider et de Slafkovsky… alors que ce n’était visiblement pas du tout son intention.
La situation est devenue encore plus révélatrice lorsqu’on lui a demandé s’il avait répété cette comparaison directement à Kreider ou à Slafkovsky.
Demidov a eu cette réaction presque immédiate qui disait essentiellement : non… on passe à autre chose.
Et franchement, c’est ici que les journalistes auraient peut-être pu prendre deux minutes pour réfléchir.
@tsn Ivan Demidov had a funny way of describing his new teammate, Chris Kreider. 😅
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Personne ne demande aux médias de traiter Demidov comme un enfant incapable de supporter une question difficile.
Le jeune homme est une vedette professionnelle et il doit apprendre à composer avec la pression montréalaise. Mais il faut aussi se rappeler ce qu’il vient de vivre.
À peine âgé de 20 ans, Demidov a quitté la Russie après avoir grandi et joué dans la KHL, l’une des meilleures ligues de hockey au monde, pour venir s’installer dans un nouveau pays, apprendre une nouvelle langue et commencer sa carrière dans la LNH.
Et pas n’importe où.
À Montréal.
La Mecque du hockey, une ville où son arrivée avait été attendue comme celle d’un sauveur, avec le surnom de « Demigod » qui lui colle déjà à la peau.
Deux années ont complètement bouleversé son quotidien.
Il a quitté sa famille et ses repères, traversé une frontière culturelle immense et débarqué dans une organisation où chaque geste est observé, analysé et commenté.
Malgré tout ça, Demidov a réussi à devenir l’un des joueurs les plus attachants du Canadien. Son sourire, son énergie et son plaisir évident de jouer au hockey ont rapidement séduit les partisans.
Même son anglais, encore imparfait, fait partie du personnage que les Montréalais ont appris à apprécier.
C’est justement pour cette raison qu’il faut faire attention à la manière dont on interprète ses réponses.
Aujourd’hui, Demidov essayait simplement de s’exprimer.
Sa comparaison avec Slafkovsky était peut-être mal formulée, mais elle n’avait rien d’une attaque envers son coéquipier ou le nouveau vétéran.
Au contraire, tout indique qu’il cherchait à complimenter Kreider en expliquant que son expérience lui rappelait ce que pourrait devenir Slafkovsky avec les années.
Le danger, avec une entrevue dans une langue qu’on ne maîtrise pas encore parfaitement, c’est qu’une phrase peut sortir croche sans que l’idée derrière soit croche.
Puis imaginez maintenant Demidov qui retourne dans le vestiaire après cette entrevue et qui commence à se demander ce que Kreider et Slafkovsky vont penser de lui.
Dans sa tête, il peut très bien se dire qu’il vient peut-être de créer une situation embarrassante avec deux coéquipiers qu’il devra revoir quelques minutes plus tard.
Pendant ce temps, Kreider et Slafkovsky vont probablement en rire cinq secondes et passer à autre chose.
C’est justement ce qui rend cette scène un peu triste.
Demidov n’avait pas besoin de vivre ce petit malaise.
Les journalistes ne voulaient probablement pas le mettre dans l’embarras, mais leurs réactions ont transformé une tentative honnête de communiquer en moment gênant pour un jeune joueur qui fait déjà assez d’efforts pour trouver sa place.
Chantal Machabée et l’organisation peuvent aussi retenir quelque chose de cette scène.
Demidov adore parler, adore interagir avec les gens et possède une personnalité rare.
Il faut toutefois lui laisser le temps de construire ses phrases et de prendre confiance dans une langue qui n’est pas la sienne.
Aujourd’hui, son visage disait clairement une chose… il n’était pas en train de faire une blague.
Il essayait simplement de parler de hockey.
Misère…
