Kent Hughes sera hanté à vie par William Trudeau.
Le Québécois sera ce soir au Centre Bell dans l’uniforme des Predators de Nashville pour affronter l’organisation qui l’a repêché en 2021.
Après quatre saisons complètes avec le Rocket de Laval sans obtenir un seul rappel avec Montréal, Trudeau a été échangé aux Rangers de New York en juin dernier en retour du “no-name” Brett Berard. Il n’a même pas eu le temps de s’installer dans l’organisation new-yorkaise avant d’être réclamé au ballottage par Nashville.
Quelques jours plus tard, il disputait son premier match dans la LNH.
Puis un deuxième.
Et il a suffisamment impressionné pour que les Predators continuent de lui faire confiance. En deux matchs, il a été utilisé un peu plus de 11 minutes par rencontre et a surtout joué un hockey simple, responsable et physique.
Brady Skjei a même reconnu qu’il avait été impressionné par son arrivée.
« Trudeau est arrivé ici et il a immédiatement démontré qu’il pouvait jouer. Il est simple, physique et efficace, et il avait vraiment l’air à sa place dès ses premières présences. »
Le coach Andrew Brunette a souligné son travail, sa combativité et son engagement envers ses coéquipiers.
« C’est un jeune défenseur qui travaille fort, qui se porte à la défense de ses coéquipiers et qui n’hésite pas à batailler. On est très heureux de l’avoir avec nous et on veut continuer à développer son jeu. »
Jonathan Marchessault est sur le derrière en voyant jouer son compatriote québécois.
« Il n’y a plus beaucoup d’histoires comme celle de William. Il a gravi les échelons un par un, sans jamais abandonner. Il joue avec hargne et il m’a impressionné par sa maturité depuis son arrivée. »
« Certains jeunes espoirs ont toutes les occasions de se faire valoir dès leur arrivée dans la LNH. Des joueurs comme William doivent travailler beaucoup plus longtemps avant d’obtenir leur chance. Parfois, tout ce qu’il leur manque, c’est une organisation qui croit en eux. »
Le plus ridicule pour le CH, c’est que Trudeau n’a jamais eu besoin de devenir un défenseur spectaculaire pour prouver qu’il pouvait jouer dans la LNH.
Il avait simplement besoin qu’une organisation lui fasse confiance.
Pendant ce temps, Montréal est en train de regarder une histoire semblable se développer sous ses yeux avec Luke Mittelstadt.
Le choix de septième ronde du Canadien en 2023 a connu une progression incroyable et son dernier camp d’entraînement aurait suffisamment convaincu l’organisation pour qu’on lui explique qu’il était en voie de devenir un défenseur de la LNH. Mittelstadt a ensuite été envoyé à Laval, alors qu'il était de loin supérieur à Arber Xhekaj et Jayden Struble.
Mittelstadt a tout simplement été en feu lors du premier week-end de la saison à Laval. Il a récolté trois mentions d’aide en deux matchs contre Syracuse. Il a notamment obtenu trois passes dans le deuxième match de la saison. Le gars mérite de jouer dans la LNH dès maintenant.
Et c’est ici que le cas Trudeau pue au nez.
Le Canadien ne peut plus simplement regarder la profondeur de son côté gauche et conclure qu’un jeune défenseur doit partir parce qu’il y a trop de monde devant lui.
Trudeau a justement été victime de cette réalité.
Il n’a jamais vraiment été considéré comme une priorité à Montréal. Pendant quatre saisons à Laval, il a accumulé 90 points en 260 matchs, dont trois saisons de plus de 20 points. Il n’a pourtant jamais obtenu le fameux appel qu’il attendait. Nashville lui a finalement offert cette occasion quelques jours après son arrivée au ballottage.
Et aujourd’hui, il arrive à Montréal avec quelque chose qu’il n’avait jamais eu avec le CH : une véritable chance.
Le Québécois rêve éveillé :
« Quand j’ai appris que Nashville me réclamait, tout s’est passé très rapidement. Quelques heures plus tard, j’étais déjà dans l’avion. »
« Une fois arrivé, j’ai simplement essayé de me concentrer sur ce que je devais apporter à l’équipe. J’ai appelé ma famille après mon premier entraînement et on a vécu ce moment ensemble. Beaucoup d’émotions en très peu de temps, mais c’était extraordinaire. »
La vérité est que Kent Hughes s’est fait avoir par la popularité d’Arber Xhekaj.
Le DG du CH a confondu popularité et valeur hockey. On n’a pas voulu se débarrasser d’Arber Xhekaj parce qu’il est populaire auprès des partisans, parce que le « Shérif » vend des chandails, attire l’attention et représente une identité de boxeur que les partisans adorent.
Pendant ce temps, William Trudeau, qui n’avait pas cette aura populaire autour de lui, a été sacrifié alors qu’il possédait justement plusieurs qualités recherchées chez un défenseur de la LNH.
Martin St-Louis n’a jamais considéré Xhekaj comme un défenseur de la LNH suffisamment bon pour lui donner une chance, alors que Trudeau était exactement le défenseur que le coach du CH aurait apprécié.
Fiable, bon coup de patin, bonne première passe. Tout le contraire de Xhekaj.
Comble du cauchemar pour le shérif : les Predators s’intéressaient à Xhekaj et Jayden Struble pour une transaction, mais maintenant que Trudeau vient de leur montrer ce qu’il peut faire, Nashville a lâché le dossier.
Pauvre Arber. Dans la niche de Martin St-Louis. Et maintenant rejeté à Nashville.
C’est cruel. Voilà le scénario parfait (ou le pire) pour démontrer le danger de gérer un alignement en fonction de la popularité d’un joueur plutôt qu’en fonction de sa véritable valeur hockey.
Montréal a laissé partir le meilleur défenseur du groupe simplement parce qu’il était moins populaire que le « Shérif ».
Kent Hughes a reçu une bonne leçon.
Montréal a déjà appris une fois que la congestion à gauche peut coûter un défenseur intéressant. Il ne faudrait surtout pas que Luke Mittelstadt devienne le deuxième William Trudeau.
