Kent Hughes doit avoir honte. Daniel Brière vient de montrer ce que signifie avoir du courage.
Pendant que Kent Hughes répète qu’il ne veut pas briser sa structure salariale, qu’il refuse de surpayer et qu’il préfère attendre le bon moment, Daniel Brière vient de rappeler à toute la LNH qu’un directeur général doit parfois avoir le courage de provoquer le chaos.
L’offre hostile déposée à Leo Carlsson est complètement folle.
Cinq ans.
18 millions de dollars par saison.
Le double... d'Ivan Demidov...

Même si tout le monde sait que les Ducks d’Anaheim vont égaler l’offre. Ce n’est même pas le débat.
Le véritable génie de Daniel Brière est ailleurs.
Il vient de placer Pat Verbeek dans une position pratiquement impossible.
Avant cette offre hostile, Anaheim contrôlait parfaitement son avenir financier. L’organisation disposait d’une énorme marge de manœuvre pour prolonger tranquillement Leo Carlsson, Cutter Gauthier, sans oublier qu'il doit penser à son prodige Beckett Sennecke, qu'il devra prolonger dès l'été prochain.
Tout vient d’exploser.
En égalant cette offre, Leo Carlsson devient immédiatement le joueur le mieux payé de la LNH à 18 millions de dollars par saison.
Et maintenant, comment le clan de Cutter Gauthier peut-il accepter un contrat à huit ou neuf millions?
Impossible.
Son agent va immédiatement déposer le contrat de Carlsson sur la table.
Le prix vient de changer.
Daniel Brière ne vient pas seulement de compliquer la vie des Ducks pour Leo Carlsson.
Il vient peut-être de faire augmenter de plusieurs millions de dollars le prochain contrat de Cutter Gauthier.
N’oublions jamais le contexte.
C’est Cutter Gauthier qui avait refusé de jouer pour Philadelphie.
C’est Daniel Brière qui avait été obligé de l’échanger à Anaheim contre Jamie Drysdale dans une transaction que tout le monde considère comme un vol largement à l’avantage des Ducks.
Aujourd’hui, Brière vient de prendre une forme de revanche.
Même si Anaheim égale l’offre, les Ducks ressortent perdants.
Ils devront vivre pendant cinq ans avec un contrat de 18 millions de dollars sur leur masse salariale et négocier ensuite avec un Cutter Gauthier dont les demandes viennent inévitablement de grimper.
Quel gestebrillant de Brière. Au point que certains DG pensent que Verbeek va prendre les 4 choix de 1re ronde.
C’est un coup d’échecs.
Un coup destiné à faire mal.
Pendant ce temps, à Montréal, Kent Hughes regarde passer le train.
Pourtant, le Canadien possédait lui aussi les outils pour déposer une offre hostile majeure.
Il a les choix.
Il a l’espace sous le plafond salarial.
Il a plusieurs cibles qui font rêver.
Connor Bedard
Jason Robertson
Cutter Gauthier
Trevor Zegras
Leo Carlsson
Adam Fantilli
Connor McMichael
Mavrik Bourque
Cole Perfetti
Alexander Nikishin
Jamie Drysdale

Mais encore une fois, Hughes refuse de jouer avec le feu. Même s'il pouvait soumettre une offre hostile pour Adam Fantilli qui met dans le trouble les Blue Jackets.
La justification est toujours la même. Selon le journaliste de Radio-Canada, Martin Leclerc, on ne veut pas froisser le vestiaire
« Par ailleurs, les membres du jeune noyau du CH n'ont probablement pas laissé tous ces millions sur la table dans l'espoir de financer les arrivées de joueurs qui toucheront six, sept ou huit millions de plus qu'eux par année. Ça créerait assurément du ressentiment si ça finissait par arriver. » écrit le journaliste de manière cinglante.
Il ne veut pas faire exploser sa hiérarchie salariale.
Il ne veut pas froisser son jeune noyau.
Il ne veut pas qu’un nouveau venu gagne beaucoup plus que Nick Suzuki, Cole Caufield, Juraj Slafkovsky ou Ivan Demidov.
Cette philosophie est compréhensible.
Mais jusqu’où?
Parce qu’à force de vouloir protéger sa structure salariale, Kent Hughes risque surtout de s’empêcher d’améliorer son équipe.
La LNH est en train de changer.
Les salaires explosent.
Les directeurs généraux les plus agressifs utilisent désormais les offres hostiles comme de véritables armes stratégiques.
Les Blues l’ont fait.
Les Devils l’ont fait.
Maintenant, les Flyers viennent de pousser le concept à un niveau complètement fou.
Et Montréal?
Montréal continue d’attendre.
Le paradoxe devient frappant.
Kent Hughes a probablement l’une des meilleures structures salariales de toute la LNH.
Mais cette même structure commence peut-être à devenir une prison.
Parce que chaque fois qu’un joueur d’élite devient disponible, la réponse semble déjà connue.
« Il coûtera trop cher. »
« Ça briserait notre hiérarchie. »
« Ça enverrait le mauvais message dans le vestiaire. »
À un certain moment, il faut aussi accepter qu’une équipe aspirant à la Coupe Stanley doit parfois prendre des risques.
Daniel Brière vient de le démontrer.
Même si son offre est égalée, il aura semé le chaos chez un rival.
Même s’il ne met jamais la main sur Leo Carlsson, il pourrait avoir changé l’avenir financier des Ducks pour les cinq prochaines années.
Voilà ce qu’on appelle un directeur général qui ose.
Et c’est précisément ce courage que plusieurs reprochent aujourd’hui à Kent Hughes de ne pas avoir.
N'ayons pas peur des mots. Cette offre hostile de 18 millions de dollars est la plus grande défaite de Kent Hughes depuis son arrivée à Montréal.
Daniel Brière vient de prouver qu’il existe une autre façon de bâtir une équipe : oser.
Le Canadien possède l’espace sous le plafond, les choix et les ressources pour jouer dans la cour des grands, mais refuse systématiquement de prendre ce genre de risque.
Pour ne pas froisser ses "veudettes" qui sont sous-payés.
Dans une ligue où les directeurs généraux les plus audacieux changent le destin de leur organisation, Kent Hughes donne de plus en plus l’impression d’être spectateur plutôt qu’acteur.
Il perd des plumes... jour après jour...
