Une punition peut parfois faire beaucoup plus de dégâts qu'un but encaissé.
Alexandre Texier a offert un exemple particulièrement coûteux contre le Mammoth de l'Utah… et cette séquence soulève une question importante pour Martin St-Louis ... jusqu'où peut-on laisser passer les erreurs d'indiscipline sans imposer de véritables conséquences?
La situation de Texier est difficile à défendre.
En zone offensive, l'attaquant tente de provoquer une action avec la rondelle, mais perd le contrôle de la séquence. Son adversaire prend alors l'avantage et Texier doit rapidement se replier.
Plutôt que d'accepter qu'il vient de se faire battre et de poursuivre son effort défensif, il finit par entourer le joueur adverse et lui retenir le bâton avec sa main.
Résultat : une punition évitable contre une formation de l'Utah particulièrement dangereuse en avantage numérique, alors que Montréal possédait une avance de deux buts.
Ce genre de geste devrait provoquer une réaction immédiate derrière le banc.
Une mauvaise passe ou une perte de rondelle peuvent arriver à n'importe quel joueur.
Le hockey est un sport d'erreurs.
Mais lorsqu'un attaquant se fait battre en zone offensive et choisit de commettre une infraction pour tenter de réparer sa propre erreur, il vient de prendre une décision qui met toute son équipe dans le trouble.
À ce niveau, les conséquences peuvent être énormes.
C'est précisément ici que la philosophie de Martin St-Louis mérite d'être examinée.
Depuis son arrivée derrière le banc du Canadien, l'entraîneur a bâti une relation de proximité avec ses joueurs. Il veut les responsabiliser, leur donner confiance et les accompagner dans leur développement.
Cette approche peut fonctionner, particulièrement avec un groupe jeune qui doit apprendre à gagner. Mais la confiance ne devrait jamais devenir une protection contre les conséquences des mauvaises décisions.
Que devrait-il arriver lorsqu'un joueur commet une punition aussi évitable dans un moment aussi important?
Est-ce qu'il doit retourner immédiatement sur la glace comme si rien ne s'était passé?
Est-ce qu'il doit perdre quelques présences? Dans certaines circonstances, le laisser sur le banc pendant une bonne partie de la troisième période pourrait envoyer un message beaucoup plus efficace qu'une discussion après la rencontre.
Il ne s'agit pas de réclamer une punition exemplaire pour chaque infraction.
Certaines pénalités sont le résultat d'une bataille perdue, d'une mauvaise lecture ou d'une situation où le défenseur n'a tout simplement plus d'autre option.
Mais les gestes d'indiscipline commis pour compenser une erreur individuelle sont différents. Ils doivent être traités comme tels.
Autrement, les joueurs finissent par comprendre que leur temps de glace ne sera pas réellement affecté, même lorsqu'ils prennent des décisions qui mettent le résultat en danger.
Les propos de St-Louis avant le match contre Toronto prennent alors une signification particulière. Lorsqu'on l'a questionné sur le momentum du Canadien et sa bonne fiche, il a rappelé que rien n'était acquis.
« On aime notre fiche, mais on joue à la game à soir, la puck à drop, la fiche, ça ne veut rien dire. Il faut aller chercher ça. »
Il a également insisté sur l'importance des détails, de l'engagement et du jeu collectif.
Difficile de prétendre vouloir construire une équipe disciplinée si certaines erreurs évitables ne sont pas suivies de conséquences concrètes.
Le problème ne concerne pas uniquement Alexandre Texier. Juraj Slafkovsky peut lui aussi se retrouver dans des situations où il se fait battre et doit ensuite gérer difficilement son adversaire.
Arber Xhekaj possède une intensité qui peut devenir une arme, mais il doit apprendre à reconnaître les moments où cette agressivité nuit à son équipe.
Ce sont trois joueurs qui ont des qualités importantes, mais qui doivent améliorer leur jugement dans certaines situations.
Le Canadien ne peut pas se permettre de multiplier les punitions coûteuses tout en espérant que son avantage numérique et son talent offensif viendront toujours réparer les dégâts.
Nick Suzuki représente justement un contraste intéressant. Le capitaine ne cherche pas à compenser chaque erreur par un geste désespéré.
Son intelligence de jeu lui permet généralement de reconnaître les situations dangereuses et de prendre de meilleures décisions sous pression.
Personne ne demande à Texier, Slafkovsky ou Xhekaj de jouer exactement comme Suzuki, mais les exigences collectives doivent s'appliquer à tout le monde.
Martin St-Louis doit donc trouver un équilibre entre sa proximité avec ses joueurs et son autorité comme entraîneur-chef.
Être un entraîneur apprécié ne signifie pas devoir protéger constamment ses joueurs contre les conséquences de leurs décisions.
Au contraire, leur rendre service peut parfois vouloir dire leur retirer du temps de glace pour leur faire comprendre qu'une mauvaise décision peut coûter cher à toute l'équipe.
Alexandre Texier a commis une erreur contre l'Utah. Maintenant, la vraie question concerne la réaction de son entraîneur.
Si le Canadien veut devenir une équipe capable de traverser les séries éliminatoires, il devra apprendre à éliminer ces cadeaux offerts à l'adversaire.
Ouch…
