Zachary Bolduc fait ce qu’il faut pour gagner des responsabilités chez le Canadien de Montréal, mais les occasions continuent de lui échapper pendant que Juraj Slafkovsky conserve une place privilégiée.
Les deux attaquants ne vivent pas le même début de saison, et la différence entre leurs rôles commence à soulever une question dérangeante : à Montréal, est-ce vraiment le rendement qui détermine les responsabilités?
Les chiffres du dernier match contre les Red Wings de Détroit donnent matière à réflexion.
Slafkovsky a obtenu 22 minutes et 10 secondes de temps de glace, contre seulement 15 minutes et 48 secondes pour Bolduc.
Plus de six minutes d’écart entre deux joueurs dont les performances récentes alimentent des discussions bien différentes.
Ce décalage ne prouve pas que les deux attaquants sont en conflit, mais il peut nourrir de la frustration lorsque l’un multiplie les efforts pour se démarquer pendant que l’autre peine à retrouver son rythme.
Pour Bolduc, la question est simple : que doit-il faire de plus pour obtenir une véritable occasion de grimper dans la hiérarchie?
Sa soirée contre Détroit lui a donné de nouveaux arguments.
Bolduc a marqué lors de la séance de tirs de barrage, a reçu la troisième étoile et a également vécu la déception d’un but refusé qui aurait pu changer le cours de la rencontre.
Malgré les circonstances, il a continué à contribuer et à démontrer qu’il pouvait faire une différence lorsque l’occasion se présentait.
Ce rendement rappelle pourquoi le Canadien a voulu mettre la main sur lui.
Repêché au premier tour par les Blues de Saint-Louis, Bolduc avait montré des choses intéressantes au début de sa carrière dans la LNH.
Son arrivée à Montréal devait lui permettre de poursuivre sa progression et de trouver une place importante dans l’alignement.
Or, pour s’installer durablement parmi les attaquants les plus utilisés, il doit obtenir des responsabilités qui correspondent à ses performances.
Pendant ce temps, Slafkovsky traverse encore une période d’adaptation en début de saison.
Ce n’est pas nouveau.
Son gabarit imposant et son style de jeu peuvent demander du temps avant de produire les résultats attendus, mais ses difficultés actuelles deviennent plus préoccupantes lorsqu’elles se répètent.
Il perd des rondelles, peine à gagner certaines batailles et ne parvient pas toujours à transformer sa présence physique en avantage offensif.
La question commence à se poser : est-ce que Juraj Slafkovsky n’a pas tout simplement connu une saison au-dessus de son véritable niveau l’an dernier?
Plusieurs le pensent, et son début de campagne ne fait rien pour calmer les doutes.
Après cinq matchs, l’attaquant slovaque n’a récolté qu’un maigre point, avec un seul but à sa fiche, alors que le Canadien attend beaucoup plus de celui qui doit s’imposer comme un joueur dominant du top 6.
Pendant ce temps, Eaton Cowan repêché en première ronde par les Leafs en 2023 a déjà amassé trois buts et deux passes pour cinq points en six rencontres, avec une moyenne de seulement 14 minutes et 36 secondes de temps de glace par match.

La comparaison soulève des questions, surtout lorsque Slafkovsky bénéficie de responsabilités nettement plus importantes sans parvenir à produire au même rythme.
À Montréal, on mise encore sur son potentiel et son gabarit, mais à un moment donné, les attentes doivent se traduire en résultats.
Le problème est particulièrement visible en avantage numérique.
Depuis l’absence d’Ivan Demidov, le Canadien a perdu une partie de sa créativité sur le flanc droit.
Slafkovsky doit contribuer à reprendre le contrôle de cette zone, mais ses prises de décision et son incapacité à surprendre régulièrement les défenseurs compliquent la tâche de l’unité.
Il ne suffit pas d’être grand et puissant pour devenir une menace sur l’avantage numérique.
Il faut aussi distribuer la rondelle rapidement, reconnaître les ouvertures et forcer les défenseurs à réagir.
Lorsque les décisions tardent, l’attaque devient plus prévisible et les coéquipiers disposent de moins d’espace pour créer des occasions.
Bolduc représente une option intéressante pour insuffler une autre dynamique à cette unité.
Il joue avec confiance, semble mieux choisir ses moments et profite de ses occasions pour se faire remarquer.
Lui confier une place sur la première vague ne garantirait pas une transformation immédiate de l’avantage numérique, mais il mérite au minimum que cette possibilité soit sérieusement considérée.
C’est ici que Martin St-Louis se retrouve devant un choix délicat.
L’entraîneur doit accompagner la progression de Slafkovsky, un ancien premier choix au total dont le Canadien attend beaucoup, tout en récompensant les joueurs qui répondent aux attentes.
La patience est nécessaire avec un jeune attaquant, mais elle ne devrait pas signifier que son rôle demeure protégé quelles que soient ses performances.
Slafkovsky porte une responsabilité particulière en raison de son statut.
Le Canadien le voit comme un attaquant de premier trio capable d’utiliser sa taille pour créer de l’espace, produire offensivement et peser sur les matchs.
Cette vision reste défendable, mais elle doit finir par se traduire sur la glace. Son potentiel ne peut pas devenir une garantie permanente de temps de jeu supérieur.
Pour Bolduc, l’écart entre les responsabilités accordées et les résultats obtenus risque de devenir une source de frustration.
Il ne peut pas décider du nombre de minutes que lui confie son entraîneur, ni de la place qu’il occupe sur l’avantage numérique.
Il peut seulement continuer à bien jouer et espérer que ses performances auront un effet sur les décisions du personnel d’entraîneurs.
Il serait toutefois injuste d’affirmer que Bolduc éprouve personnellement de la rancœur envers Slafkovsky sans disposer d’éléments qui le démontrent.
La frustration dont il est question ici découle surtout de la situation sportive et de la comparaison entre leurs rôles.
Rien ne permet de conclure à une querelle entre les deux coéquipiers.
Le Canadien doit maintenant trouver le bon équilibre.
Slafkovsky a besoin de retrouver son rythme, tandis que Bolduc doit pouvoir constater que ses efforts peuvent lui ouvrir des portes.
Si Martin St-Louis veut réellement faire jouer les meilleurs joueurs selon leur rendement, les décisions concernant le temps de glace et l’avantage numérique devront refléter cette volonté.
À Montréal, le potentiel compte, mais les résultats doivent finir par compter davantage. Sinon, la frustration risque de grandir autour d’une hiérarchie que les performances commencent à remettre en question.
Ouch…
