Le départ de Jayden Struble vers Nashville laisse un vide dans le vestiaire du Canadien, mais il soulève aussi une question beaucoup moins confortable pour Montréal : comment un défenseur qui a rendu de fiers services à l’organisation a-t-il fini par devenir un joueur dont l’équipe pouvait se départir?
Martin St-Louis a choisi ses mots avec soin après la transaction.
L’entraîneur n’a pas cherché à rabaisser son ancien défenseur, mais ses explications permettent de comprendre pourquoi le Canadien a finalement décidé de tourner la page.
« Je pense qu’on est rendu à un point où on ne pouvait pas lui donner ce qu’il mérite davantage. »
Cette déclaration mérite qu’on s’y attarde.
St-Louis reconnaît que Struble avait besoin d’une meilleure occasion de poursuivre son développement, et Nashville pourrait lui offrir ce que Montréal n’arrivait plus à lui garantir.
Derrière cette explication diplomatique se cache une réalité bien connue dans la LNH : lorsqu’un joueur n’arrive plus à obtenir un rôle suffisamment important, il devient parfois préférable pour les deux parties de se séparer.
Le malaise vient surtout du décalage entre les paroles de Martin St-Louis et la réalité sportive de Jayden Struble.
D’un côté, l’entraîneur affirme que le défenseur mérite une meilleure occasion de poursuivre son développement et reconnaît qu’il possède les qualités nécessaires pour jouer dans la LNH.
De l’autre, Montréal a fini par l’échanger parce que l’organisation ne semblait plus capable de lui offrir un rôle suffisamment important.
Le Canadien se retrouve donc dans une situation délicate : si Struble obtient davantage de responsabilités à Nashville et réussit à s’imposer, certains vont se demander pourquoi Montréal n’a pas réussi à lui faire une place.
Ce n’est pas la preuve d’un conflit personnel entre St-Louis et son ancien défenseur, mais c’est une séparation qui soulève des questions sur la gestion de son développement et sur les décisions prises pour sa brigade défensive.
Le malaise est là : Struble était jugé assez bon pour mériter une véritable occasion dans la LNH, mais cette occasion devait finalement venir d’une autre organisation.
Struble n’a pourtant pas traversé son passage à Montréal sans apporter sa contribution.
Le défenseur a disputé de bonnes séquences, accepté des responsabilités variables et tenté de s’imposer dans une brigade défensive où la concurrence ne cesse d’augmenter.
Son énergie et son engagement lui ont permis de gagner la confiance du personnel d’entraîneurs à certains moments, mais maintenir cette place sur une base régulière représentait un défi de plus en plus difficile.
Le problème, c’est que le Canadien ne peut pas distribuer des minutes simplement pour récompenser les services rendus.
Une équipe qui veut progresser doit déterminer quels joueurs peuvent lui offrir le meilleur rendement dans les rôles disponibles.
Dans le cas de Struble, les occasions de s’installer durablement dans l’alignement n’ont pas toujours produit les résultats espérés, et la direction devait finir par prendre une décision.
La transaction devient donc compréhensible sur le plan sportif, même si elle reste difficile sur le plan humain.
Arber Xhekaj a d’ailleurs expliqué que le départ de son coéquipier l’avait pris par surprise et qu’il avait trouvé la nouvelle particulièrement difficile à encaisser.
Les deux défenseurs étaient devenus proches au fil des dernières saisons, au point de partager des habitudes et des moments importants loin de la patinoire.
Xhekaj a raconté que les joueurs s’étaient réunis avec Struble pour souper la veille de son départ. Il a aussi rappelé que son ancien partenaire aimait provoquer des débats dans le vestiaire et qu’il allait manquer au groupe.
« C’est difficile de perdre un gars comme ça. »
Le témoignage de Xhekaj montre que Struble avait gagné sa place dans le vestiaire, même si son statut sur la glace demeurait moins stable.
Dans le hockey professionnel, ces deux réalités ne vont pas toujours de pair.
Un joueur peut être apprécié de ses coéquipiers, travailler sérieusement et contribuer à la vie du groupe sans réussir à convaincre suffisamment longtemps pour obtenir un rôle permanent.
C’est précisément ce qui rend cette séparation délicate.
Le Canadien ne se débarrasse pas nécessairement d’un joueur rejeté par ses coéquipiers ou par son entraîneur.
St-Louis a plutôt expliqué que Struble méritait une meilleure possibilité de grandir comme défenseur, une occasion que l’organisation n’était plus en mesure de lui offrir de la même façon.
« Je pense que c’est un défenseur de la LNH. Il va avoir une meilleure occasion de faire progresser son jeu. »
Ces paroles ne ressemblent pas à une condamnation de Struble.
Elles ressemblent davantage à la reconnaissance d’une impasse.
Montréal dispose maintenant de plusieurs défenseurs qui se disputent les places disponibles, tandis que le retour de Kaiden Guhle ajoute une autre pièce importante à l’équation.
Dans une brigade où les rôles doivent être répartis avec précision, conserver tout le monde devient impossible.
Le départ de Struble permet aussi à Xhekaj de regarder sa propre situation avec lucidité. Le défenseur sait que son amitié avec un coéquipier ne garantit rien quant à son avenir dans l’alignement.
Il a d’ailleurs expliqué qu’il ne voyait pas la transaction comme un vote de confiance personnel et qu’il devait continuer à mériter sa place chaque jour.
Voilà la réalité qui attend les joueurs de Montréal. Les relations humaines comptent, les amitiés se développent et certains départs font mal, mais la compétition ne disparaît jamais.
Struble aura maintenant la possibilité de repartir à neuf avec Nashville, tandis que le Canadien devra démontrer que cette décision améliore réellement sa brigade défensive.
Martin St-Louis a voulu présenter le départ comme une occasion de développement pour son ancien joueur.
Reste à voir si Struble réussira ailleurs à devenir le défenseur régulier qu’il n’a jamais complètement réussi à être à Montréal. Si Nashville lui offre les minutes qu’il recherchait, le Canadien devra vivre avec cette comparaison.
Misère…
