Kent Hughes en a assez: il perd patience dans le studio du 98,5 Sports
Kent Hughes. Capture d’écran-Cogeco

Kent Hughes en a assez: il perd patience dans le studio du 98,5 Sports

David Garel
Le 2026-10-07

Kent Hughes en a assez. Et pour une rare fois, le directeur général du Canadien a laissé transparaître beaucoup plus clairement ce qu’il pense réellement de son équipe, de ses décisions et surtout de la direction qu’il veut prendre.

Au lendemain d’une défaite qui l’a visiblement irrité, Hughes s’est entretenu avec Mario Langlois sur les ondes du 98.5 FM.

L’entrevue avait officiellement des allures de bilan de début de saison, mais certaines réponses du DG en disent beaucoup plus long. Derrière son discours posé, on sent un homme qui commence à être tanné de devoir constamment expliquer pourquoi il n’a pas effectué davantage de transactions.

Et surtout, Hughes a pratiquement confirmé une chose qui risque de faire grincer des dents à Montréal : Josh Anderson n’est pas à vendre simplement parce qu’il devient intéressant sur le marché.

La philosophie du DG est claire. Lorsqu’un joueur répond exactement au type de hockey que l’organisation veut bâtir, Hughes ne veut pas nécessairement profiter de sa meilleure valeur marchande pour l’échanger.

Même si le joueur aura 33 ans cette saison. Il a rappelé une anecdote particulièrement révélatrice concernant Anderson, à l’époque où celui-ci connaissait un excellent match à Boston à l’approche de la date limite des transactions.

Hughes lui avait alors téléphoné pour le calmer tellement il était inquiet.

« Inquiète-toi pas. Je t’appelle pour te dire que si tu joues de cette manière, tu peux t’assurer qu’à chaque fois que je t’appelle autour des dates limites, ce n’est pas pour te transiger. »

Le message est difficile à interpréter autrement : si Anderson continue de jouer comme Hughes veut le voir jouer, le DG ne cherchera pas à profiter de sa valeur pour l’expédier ailleurs.

C’est exactement le genre de décision qui a déjà fait grincer des dents chez les partisans. Anderson avait déjà connu une période où sa valeur était beaucoup plus élevée sur le marché, notamment lorsqu’il était à son sommet à Montréal, et Hughes avait choisi de le conserver. Aujourd’hui, le discours ne change pas vraiment.

Anderson est à Montréal pour rester.

Cette position est parfois malaisante alors que Hughes est régulièrement critiqué pour ne pas avoir suffisamment bougé son équipe. Depuis son arrivée, il a toujours défendu l’idée qu’il ne fallait pas gérer le Canadien en fonction d’une seule saison. Il l’a encore répété à Mario Langlois.

« La responsabilité, c’est de faire avancer la compagnie. Pas juste en 2027, mais à long terme. On ne vit pas dans le monde uniquement de la saison 2026-2027. On vit dans un monde où notre objectif, notre responsabilité, c’est de bâtir une équipe qui est capable de se compétitionner d’une année après l’autre. »

Cette réponse permet aussi de comprendre pourquoi Hughes refuse probablement certaines offres qui pourraient sembler intéressantes à court terme. Il ne veut pas simplement accumuler des transactions pour donner l’impression qu’il travaille. Il veut construire une équipe capable de rester compétitive pendant plusieurs années.

Mais il y a une autre phrase qui résume peut-être encore mieux son état d’esprit actuel.

Le Canadien est devenu une équipe extrêmement spectaculaire à regarder. Beaucoup de talent offensif, beaucoup de créativité, beaucoup de joueurs capables de faire des jeux. Mais cette approche commence à déranger Hughes lorsqu’elle ne s’accompagne pas de suffisamment de robustesse et de structure.

« Si tu me demandes si l’objectif c’est de bâtir une équipe qui ressemble aux Harlem Globetrotters, divertissante, mais qui est pas capable de gagner. Non, ce n’est pas l’objectif, pas du tout. »

Cette déclaration est cinglante. Hughes vient de reconnaître qu’il voit lui aussi le problème que plusieurs dénoncent depuis un certain temps : le Canadien doit devenir plus difficile à affronter.

On sent que le DG est en train de perdre patience.

Il ne veut pas d’une formation qui impressionne avec la rondelle, mais qui se fait brasser dès que le niveau d’intensité augmente.

Il est tanné de voir seulement des joueurs capables de produire des séquences spectaculaires, mais qui ont peur de se casser un ongle.

Il veut une équipe capable de gagner des matchs difficiles, particulièrement contre des formations comme la Caroline.

Et lorsqu’on lui demande pourquoi les Hurricanes causent autant de problèmes au Canadien depuis son arrivée, sa réponse est révélatrice de la façon dont il analyse son équipe.

« Depuis mon arrivée à Montréal, l’équipe, je dirais, “stylistiquement”, qu’on a le plus de misère à jouer, c’est la Caroline. La manière qu’ils jouent contre nous autres… On fait des ajustements pour jouer spécifiquement contre la Caroline comparativement à d’autres équipes. »

Hughes ne met donc pas simplement les difficultés sur le dos des défenseurs. Il parle de la gestion de la rondelle, des sorties de zone, des décisions prises partout sur la patinoire et de toutes ces petites choses qui ne se retrouvent pas nécessairement dans une feuille de statistiques.

Clairement, il visait Juraj Slafkovsky, qui connaît un début de saison atroce, surtout en possession de rondelle.

C’est aussi exactement ce qu’il a expliqué lorsqu’on lui a demandé ce qu’il aurait répondu à chaud après la dernière défaite.

« J’ai pas trouvé qu’on a bien joué dans toutes les facettes du jeu. On accorde quoi? Presque 40 lancers au net, mais je trouve que c’est pas juste la défensive, c’est la manière qu’on gère la rondelle, la manière qu’on sort de la zone. »

Hughes n’a donc pas envie de chercher un coupable unique. Son problème est beaucoup plus large.

C’est pour cette raison qu’il commence à être plus direct lorsqu’on lui parle de ses décisions.

Il ne veut pas échanger Josh Anderson simplement pour faire une transaction. Il ne veut pas transformer le Canadien en équipe de location permanente. Il ne veut pas sacrifier la construction à long terme pour répondre aux critiques qui viennent de l’extérieur.

Mais il vient aussi d’envoyer un avertissement très clair à son propre groupe.

Le Canadien n’a pas été construit pour être une attraction. Il a été construit pour gagner.

La défaite de la veille l’a visiblement irrité, mais son discours démontre surtout que Hughes est loin d’avoir abandonné sa vision.

Au contraire, il paraît de plus en plus convaincu que les prochaines décisions devront rapprocher le Canadien d’une équipe complète, plus robuste et beaucoup moins agréable à affronter.

Et Josh Anderson fait partie de cette vision.

Pas comme monnaie d’échange.

Comme morceau de l’identité « papier sablé » que veut construire le DG.