La famille de Claude Lemieux cherche maintenant des réponses.
Après des jours remplis de douleur, d’incompréhension et de témoignages bouleversants venant de partout dans le monde du hockey, une nouvelle décision vient donner une autre dimension à cette tragédie : la famille Lemieux a accepté que le cerveau de l’ancien joueur des Canadiens de Montréal soit remis à la science.
Son fils Brendan Lemieux l’a confirmé publiquement dans un message rempli d’émotion.
La famille a choisi de faire don du cerveau de Claude Lemieux à la banque de cerveaux UNITE de l’Université de Boston, plus précisément au centre spécialisé dans la recherche sur l’encéphalopathie traumatique chronique (CTE), afin d’aider les chercheurs à mieux comprendre les effets à long terme des impacts répétés à la tête et des traumatismes crâniens.
Dans son message, Brendan Lemieux explique que la famille espère que la vie de Claude pourra continuer d’aider les autres, même après son départ.

La famille a aussi donné la permission aux chercheurs de l’Université de Boston d’associer publiquement le nom de Claude Lemieux à ce don et aux résultats qui pourraient éventuellement être partagés selon leurs protocoles de recherche.
Mais les proches ont aussi tenu à préciser une chose importante : aucune conclusion ne doit être tirée pour le moment.
Aucun diagnostic n’a été établi.
Cette décision est avant tout un geste pour la science, pour les athlètes et pour les prochaines générations de familles qui chercheront des réponses.
Un geste immense dans un moment de douleur immense.
Et forcément, dans le monde du hockey, plusieurs ont immédiatement pensé à l’encéphalopathie traumatique chronique, cette maladie neurologique qui a été étudiée chez plusieurs anciens athlètes ayant subi de nombreux coups à la tête pendant leur carrière.
Enrico Ciccone en parlait justement avec beaucoup d’émotion dans les heures suivant le décès de Lemieux. L’ancien joueur de la LNH expliquait que son esprit était rapidement allé vers cette possibilité en repensant aux histoires d’autres joueurs qui ont vécu de grandes difficultés après leur retraite.
Mais encore une fois, personne ne peut affirmer aujourd’hui que Claude Lemieux en souffrait.
C’est précisément pour cette raison que la recherche existe.
Pour comprendre.
Pour avancer.
Pour trouver des réponses là où il n’y en a pas encore.
Et cette quête de réponses arrive alors que plusieurs proches racontent un homme beaucoup plus complexe que l’image publique du guerrier que les partisans connaissaient.
Le New York Post a publié un long portrait dans lequel Réjean Tremblay, qui a côtoyé Claude Lemieux pendant plus de 30 ans, explique que derrière le joueur intimidant, derrière celui qui faisait enrager ses adversaires, se cachait un homme beaucoup plus sensible qu’on pouvait l’imaginer.
Tremblay a révélé que certaines blessures émotionnelles avaient marqué Lemieux profondément.
“Il a toujours vécu ça comme une injustice, un lourd fardeau à porter”, a raconté le chroniqueur en parlant notamment du fait que Lemieux n’a jamais été admis au Temple de la renommée du hockey malgré ses quatre Coupes Stanley et son immense carrière en séries éliminatoires.
Pour Tremblay, ce sentiment de rejet allait plus loin qu’une simple déception sportive.
“Le sentiment de rejet était plus profond qu’on pouvait l’imaginer. Il l’a très mal pris.”
Ce thème du rejet revenait souvent dans la vie de Claude Lemieux.
Tremblay a rappelé cette fameuse histoire de 1985, lorsque Lemieux avait été rétrogradé dans la Ligue américaine. Le jeune attaquant avait tellement mal encaissé la décision qu’il avait brisé la vitre de sa voiture sous le coup de la colère avant de partir vers Sherbrooke.
Une fois arrivé, il avait refusé de s’installer confortablement dans l’appartement prévu pour lui.
Il voulait rester frustré.
Il voulait garder cette colère en lui.
Cette même colère qui allait devenir son carburant.
Quelques mois plus tard, il aidait les Canadiens de Montréal à remporter la Coupe Stanley.
C’est toute la contradiction de Claude Lemieux.
La rage qui l’a rendu grand sur la glace était peut-être aussi le reflet d’une sensibilité beaucoup plus profonde hors de la patinoire.
Même son retour au Centre Bell, quelques jours avant son décès, prend aujourd’hui une signification différente pour certains de ses proches.
Devant plus de 21 000 partisans, il avait porté le flambeau des Canadiens de Montréal. Il souriait. Il recevait une immense vague d’amour d’un public qui n’avait jamais oublié ses exploits.
Réjean Tremblay avance que cette soirée remplie d’émotions a fait remonter beaucoup de choses chez lui.
“C’est possible que cette vague d’amour ait déclenché une émotion trop intense.” explique-t-il comme raison possible.
Une hypothèse parmi d’autres.
Une tentative de comprendre l’incompréhensible.
Parce que ceux qui étaient autour de lui répètent la même chose : personne ne s’attendait à une telle tragédie.
Colombe Lacroix, proche de la famille Lemieux et veuve de l’ancien directeur général de l’Avalanche du Colorado Pierre Lacroix, a raconté à quel point les proches étaient dévastés.
Selon elle, Brendan Lemieux est complètement détruit par la perte de son père.
Et aujourd’hui, malgré toute cette douleur, la famille tente de transformer une tragédie en quelque chose qui pourrait aider d’autres personnes.
En offrant le cerveau de Claude Lemieux à la recherche, elle offre peut-être une partie des réponses que le hockey cherche depuis des années.
Claude Lemieux a passé sa carrière à se battre.
Pour ses équipes.
Pour ses coéquipiers.
Pour gagner.
Aujourd’hui, son dernier héritage pourrait être un combat différent : aider la science à mieux protéger ceux qui suivront.
